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vaient deux ou trois taches de sang; sa camisole de nuit avait disparu.
Mie de M... raconte à Miss Allen la scène qui vient de se passer, elle lui dit avoir crù reconnaître le lieutenant de La Roncière. Personne n'avait rien entendu. A son père, la jeune fille dit qu’elle n'a pu reconnaitre le criminel à cause de l’obscurité ; à sa mère, elle affirme avoir reconnu La Roncière.
Le général et M"° de M..., avertis le lendemain, tiennent : l'attentat secret, Mlle de M... va au bal deux jours plus tard, elle y danse.
Les léèttres menaçantes continuent d'arriver ; la Jeune fille sort un jour de son cabinet de toilette tenant à la main un billet qu’elle vient d'y trouver ; elle délire : « Homme rouge! le papier !.. On assassine mon père et ma mère, s'écrie-t-elle. »
La justice s’en émeut. La Roncière est emprisonné, et les lettres signées de lui continuent d'arriver chez le général.
M. de M... chargea Odilon Barrot et Berryer de défendre sa cause, La Roncière choisit comme avocat Chaix d’Est-Ange.
Odilon Barrot et Berryer enfermèrent Chaix d’Est-Ange dans le dilemme suivant : Ou La Roncière est coupable, puisque Mike de M... affirme l’avoir reconnu, ou bien il faut admettre un complot, tout un ensemble de machinations, en vue de perdre l’accusé.
Entre ces deux alternatives, il y en avait une troisième, c'est que Mike de M... était hystérique, mais en 1835, on ignorait les caractères de la grande névrose ; et en eflet, dans le compte rendu du procès, on signale que Mlle de M... est sujette à des attaques de nerfs qui se prolongent pendant dix-huit heures. La Roncière fut condamné à dix ans de réclusion, il subit sa peine en entier ;
Mike de M... devint une des clientes les plus assidues de Charcot.
Je pense avec Liégeois, Legrand du Sault, Brouardel et bien d’autres, que le capitaine Laroncière était innocent ; tout dans le récit de Mlle de M... concorde à prouver l’innocence du prévenu ; elle seule a vu et entendu quelque chose ; la gouvernante qui dormait à côté, la porte de communication étant ouverte, ne s’est éveillée que par les gémissements de la victime ; la porte de communication était restée ouverte, quoi qu’en ait dit la jeune fille; puis, après l'arrestation du lieutenant, les lettres continuent
d'arriver. Mlle de M... est hystérique, somnambule, elle devient plus tard une des meilleures clientes de Charcot. Enfin dans quel but La Roncière aurait-il persécuté Mile de M...?.
Cette jeune fille a tout simplement été victime de ses hallucinations ; les recherches récentes sur l’hystérie prouvent la possibilité de telles simulations : QC IL faut les voir à l’œuvre (les hystériques), dit Richet, c’est à-dire jetées au milieu du monde extérieur, fécond en excitations de toutes sortes, afin de comprendre à
quelles extravagances, pour ne pas dire plus, elles peuvent se.
livrer. Le plus souvent, elles forment toute une série de fables pour tromper la justice. Celle-ci se lacère avec des ciseaux et prétend qu'on lui a fait des blessures, etc.»
Une jeune lingère de vingt ans, enceinte de huit mois, prétendait avoir été victime d’un odieux attentat.
« Je fus, disait-elle, envoyée par ma mère malade, chez le
médecin qui d'habitude la soignait. J'étais moi-même atteinte de
chlorose, et, plusieurs fois, le médecin m'avait auscultée et palpée ; je suivais, d’après ses conseils, un traitement fortifiant. Cette fois, à peine me vit-il entrer dans son cabinet, qu'il en ferma la porte au verrou; il me prit dans ses bras, me jeta sur un divan, et je demeurai toute étourdie. Je ne sais ce qui se passa, car j'étais troublée et presque évanouie, d’ailleurs son action fut rapide. Je fus quelque temps à me remettre, et sans m'être rendu un
compte exact de cette scène, je demeurai inquiète. Je revis le. médecin plusieurs fois depuis, mais il ne fut plus question de
rien. }»
« Ce récit, dit Gilles de la Tourette, est invraisemblable sur tous
les points. Une lingère de Paris, âgée de vingt ans, peut être mo-
deste et sage ; mais que penser de cette excessive naïveté, de cette
ignorance si complète du mal”? Si l’on admet d’ailleurs cette igno-. rance, on ne peut accepter ce demi-évanouissement qui permet
une perception incomplète des faits. Il faut ajouter que cette jeune fille n’avait jamais eu de syncope devant témoin. Elle ne parla Jamais à sa mère, ou à toute autre personne de cet évènement, et elle revint voir le médecin plusieurs fois sans qu'il ait, dit-elle, renouvelé ses entreprises. Ce récit, disons-nous, ne mérite aucune
créance. ».
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«La jeune lingère fut reconnue vierge, maïs le fait d’une vierge enceinte n'étant pas sans précédent, il n’excluait pas la grossesse : en effet, la jeune femme accoucha à terme. Tardieu fut chargé par la justice de cette délicate affaire et le juge rendit une ordonnance de non-lieu.
«Je suis demeuré convaincu, dit Gilles de la Tourette, que ia jeune fille avait subi volontairement des caresses lascives qui n'avaient pas été poussées assez loin pour qu’elle en fût alarmée au point de vue des conséquences qui pourraient en résulter : Que, forte de ces précautions, sûre d’être vierge, elle ne crut pas d’abord à sa grossesse ; qu’enfin, désabusée, elle imagina une fable pour se disculper. »
Sans être aussi sceptique que cet auteur, quant à la vertu possible d’une lingère, je crois avec lui que le demi-évanouissement décrit par la jeune fille ne doit nullement être rapporté à une influence hypnotique ; à ce compte, toutes les femmes un peu lascives se trouveraient, dans les bras d’un homme, fascinées et irresponsables. La plupart des femmes pourraient se prétendre violées parce qu’au moment de l’accomplissement du coït, elles sont inconscientes.
Voici encore une affaire analogue : une jeune fille mineure s'enfuit avec son amant, elle revient une quinzaine de jours plus tard et prétend que son amant l’a endormie et qu’elle ne s'est réveillée que quinze jours après, à Bologne, en Italie. Or, dans l'intervalle, elle avait écrit elle-même deux lettres à sa famille» disant que son départ était bien volontaire : le juge rendit une ordonnance de non-lieu.
- En un an, on vit au Palais, à Paris, quatre cas de telle simulation : « Il est à craindre, dit Gilles de la Tourette, en pareille
matière, que bientôt la principale mission de la justice ne soit plus
de rechércher les coupables, mais bien de protéger les innocents. »
On comprend l’importance d’une telle simulation, qui amène: rait, si elle restait inconnue, la condamnation d’un innocent ; mieux vaudrait mille’ fois que le jugé ignore la possibilité du viol des somnambules, s’il ne connaît en même temps la possibilité et li fréquence des dépositions imaginaires dont sont capables les hystériques. |
Supposons donc qu’une Jeune fille vienne se plaindre d’avoir été violée pendant le sommeil hypnotique, comment pourra-t-on déterminer si l’accusation est fondée ?
Il faudra d’abord examiner la plaignante et déterminer si elle est ou non hystérique. Après avoir constaté ce fait, on doit s’assurer si la plaignante est hypnotisable ; pour arriver à établir ce point, on ne devra négliger aucun des moyens hypnogènes connus, l’un d’entre eux réussissant quelquefois là où d’autres n’amènent aucun résultat. Il ne suffit pas de constater que le sujet est hypnotisable pour en déduire la possibilité du viol, il faut encore que ce sujet présente le somnambulisme véritable, avec perte de la conscience et de la sensibilité. Dans aucun cas, onne peut violer une femme en état somnambuloïde. me
Dans le cas où l’on aurait affaire à une hystérique bien caractérisée, non hypnotisable, il faudrait conclure immédiatement à la simulation ; si d’autre part on se trouvait en présence d’une plaignante non hystérique, présentant facilement le somnambulisme véritable, il serait fort Prop que l'accusation serait fondée. Mais si la plaignante était à la fois hystérique et hypnotisable, le problème serait bien plus difficile à résoudre ; on pourrait, dans ce cas, interroger la personne en somnambulisme, on obtiendrait peut-être de la sorte quelques renseignements, toutes restrictions faites, d’ailleurs, quant à la possibilité du mensonge. Dans ce der-
nier éas, on devra se tenir sur ses gardes, on ne parviendra à.
démèêler la vérité qu'en examinant attentivement tous les détails de l'affaire, sans jamais oublier que la plainte émane d’une hystérique, par conséquent d’une simulatrice possible.
Un des caractères les plus importants de la déposition des simu-
latrices, c’est qu’elles ont ass'sté à l’acte auquel le somnambulisme
ne leur permettait pas de résister; la femme qui a vraiment été violée én somnambulisme, ne se rappelle généralement rien, elle.
s'aperçoit qu’elle est enceinte, elle a remarqué qu'après son sommeil elle était mouillée aux parties, que ces dernières étaient douloureuses, mais elle n’assiste pas à l’acte comme la simulatrice le prétend.
Je crois qu’en déterminant les différents points dont je viens de parler, qu’en combinant les conclusions de cet examen médical
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avec celles de l’interrogatoire de la plaignante, on arrivera presque toujours à déterminer l’exactitude de l’accusation. Il faudra certainement beaucoup d'attention et beaucouc de bon sens pour arriver à des conclusions justes, mais le magistrat et le médecin au courant de la science sauront y arriver.
Tout ce que je viens de dire se rapporte au AT supposons maintenant que l’on arrête un voleur, un criminel, et que celui-ci, pour se disculper, allêgue qu'il a subi une suggestion; comment arrivera-t-on à savoir la vérité ?
Ici encore, il faudra déterminer si le sujet est hypnotisable, et, dans l’affirmative, s’il est susceptible de présenter un état hypnotique assez profond pour que sa résistance n'ait pas pu se manifester. Ces deux points étant établis, on ne pourra pas encore en conclure que le criminel a agi sous l'influence d’une suggestion ; pour être absolument sûr de son innocence, il faudra trouver lau. teur de la suggestion. À cet effet, on ne HAMqUers pas d'interroger le criminel en somnambulisme.
J'ai montré précédemment que souvent, dans les états somnambuliques véritables, ainsi que dans les états plus profonds, les sujets ne se rappellent pas les taits écoulés pendant un sommeil antérieur ; ce n'est donc que dans certains cas que l’on pourra obtenir des éclaircissements du criminel.
Et encore, dira-t-on, l’hypnotiseur habile aura eu soin de suggérer l’amnésie au réveil, de telle sorte que, dans aucun cas, Île sujet ne pourra le dénoncer.
Heureusement, il n'en est pas toujours ainsi, j'ai établi plus haut qu'un somnambule peut, malgré la défense de son hypnotiseur,
se rappeler pendant le sommeil ce qui s’est passé pendant un sommeil
antérieur ; grâce à ce fait, il arrivera que 13 somnambule puisse
- dénoncer le véritable coupable.
Il faut avouer que si l’on ne devait compter que sur ces excep-
tions pour arriver à la découverte de la vérité, on n’aboutirait que
relativement rarement à punir le coupable. Aussi Liégeois a-t-il cherché un moyen de faire dénoncer le coupable par le somnambule, il a réussi si souvent dans ses expériences, qu’il croit tenir un moyen presque assuré de déjouer la suggestion de l’amnésie. Ce procédé consiste à faire dénoncer l'auteur de la suggestion,
non pas directement, mais indirectement, par des actes dont il ne comprendra pas la signification, ou même par des démarches auxquelles on donne une apparence de protection et de détenss pour le criminel lui-même.
On lui dira : quand vous verrez entrer (l'auteur, quel qu’il soit, de la suggestion », vous ne pourrez vous empêcher de dormir pendant deux minutes.
On lui inspirera l’idée de se rendre chez l’auteur de la suggestion pour le protéger contre les agents de la force publique, de le prendre dans ses bras, de le couvrir de son corps. ou bien de le prévenir par lettre que des soupçons s'élèvent contre lui, ut 1l doit prendre des précautions. : eu Rae |
Quoique je pense qu’on peut arriver, par ces poor à COnnaître l’auteur de la suggestion criminelle, malgré l’amnésie suggérée, je crois, cependant, avec Bonjean, que dans bien des cas, un hypnotiseur habile pourra prévoir ces suggestions indirectes et se mettre à l’abri des poursuites Judiciaires.
Résumons ce qui vient d’être dit à propos d’un criminel pris en flagrant délit et qui allèguerait, pour se disculper, l'intervention d’une suggestion ; il faut tout d’abord déterminer si le sujet est hypnotisable, il an ensuite s'assurer qu'il peut manifester un sommeil assez profond pour ne pas avoir pu résister à la suggestion, il faut enfin trouver l’auteur de la suggestion criminelle; cet eflet, on interrogera en somnambulisme, le sujet qui pourra se rappeler le nom du vrai coupable, malgré l'amnésie suggérée. Dans le cas où il ne le pourrait spontanément, on parviendra souvent à faire dénoncer l’hypnotiseur par des questions et des suggestions indirectes.
Mais il est toute une catégorie d'individus qui ne pourront donner à la justice aucun éclaircissement, ce sont ceux qui ne se rappellent jamais, pendant leur sommeil, les faits écoulés pendant un. sommeil antérieur. Ces sujets existent, et bien qu'aucun auteur n’en ait signalé l'existence, je puis affirmer, pour en avoir rencontré plusieurs, qu’ils ne sont pas d’une rareté exceptionnelle. On aura beau les interroger de toutes les manières possibles, ils ne pourront répondre, le souvenir n’existant plus dans leur cerveau ; dans ces cas, la Justice devra chercher à connaître les relations de
l'accusé; en se basant d’une part sur l’axiome: 7$ fecit cui prodest, en s'enquérant des antécédents et de la moralité des personnes qui se trouvent en relation avec le sujet, je crois qu’elle ne tardera pas à mettre la main sur l'hypnotiseur malhonnète.
Les quelques mots que je viens de dire sur la manière dont la justice peut arriver à reconnaître si un délit a été commis sous Piñfluence de la Suggestiôn, et quel est l’auteur de cette suggestion, paraîtront peut-être sommaires : c’est qu'il est bien difficile de décrire, en une méthode générale, la manière de conduire les recherches dans tous les cas particuliers qui pourraient se présenter. Chaque cas particulier nécessite une conduite spéciale, en jurisprudence comme en mêdecine ; de même qu'il est impossible
… de décrire un traitement applicable à tous les individus atteints
d’une maladie, de même, il est impossible de tracer une ligne de conduite unique applicable à tous les procès se rapportant à l’hypnotisme. On peut établir des points de repère qui serviront de guides, mais on ne peut schématiser et ériger en méthode, la conduite du médecin ou du juge dans les procès dont nous parlons.
Les points de repère que j'indique suffiront, Je pense, dans la plupart des cas, à la découverte de la vérité, si, bien entendu, le
juge autant que le médecin expert possèdent ce que l’on peut
appeler le tact professionnel et des connaissances scientifiques suffisantes. | |
Il est un dernier point qui, bien que ne se rapportant pas directement au sujet que Je traite en ce moment, ne peut être passé sous silence depuis les événements de l'affaire de Jongh.
Peut-on obtenir d’un prévenu, plongé en somnambulisme, l'aveu de son crime, ou la dénonciation de ses complices ?
€ Il y aurait là, dit Liégeois, une sorte de piège tendu au malheureux qui se débat sous le poids des charges accumulées contre
lui ; sa situation est déjà assez terrible, elle doit trop affaiblir les
moyens de défense auxquels il pourrait recourir, pour qu’on y ajoute cette sorte de torture morale. Je ne puis reçonnaîlre à la
justice le droit d’annihiler la volonté du prévenu en supprimant
son libre’ arbitre. »
Cette solution, donnée en 1885, a été acceptée par tous Îles auteurs; je partage en tous points la manière de voir de Liégeois,
il y aurait, dans l’aveu arraché au coupable, quelque chose de semblable à la torture que pratiquaient nos ancêtres.
On ne doit cependant pas rejeter absolument le somnambulisme
pour éclairer la justice; si, par exemple, un prévenu réclame, pour prouver son innocence, l’interrogatoire en somnambulisme, on pourra et on devra même recourir à ce moyen.
Mais dans le cas où l’on pratiquerait cet interrogatoire, les réponses de l’accusé pourraïent-elles être considérées comme infaillibles ? È
Pour résoudre cette question, il me suffira de rappeler ce qui a été dit précédemment du mensonge possible des sujets hypnotisés : certains somnambules peuvent mentir si les questions qu’on leur pose se rapportent à des faits qu’ils sont habitués à nier.
Indépendamment du mensonge possible, il faut tenir compte de
la manière d'interroger, des suggestions que l’on peut involontairement provoquer en parlant à laccusé. RTE
Je suppose un homme innocent, accusé de meurtre ; les preuves: abondent, lui seul avait intérêt à la mort de la victime, il ne peut prouver un alibi; pour prouver son innocence, cet homme propose de se laisser hypnotiser, ce qu’on ne peut lui refuser, puisque c’est un moyen d'éclairer la justice. On endort l’accusé, le juge le questionne avec l’idée préconçue quil est coupable, il: l’interroge comme il le ferait dans son cabinet, en présence d’un individu éveillé.
«C’est bien vous, n’est-ce pas, qui avez assommé M. X...? — Non.
— Si, si, c’est vous, tout le prouve, avouez votre crime. — Eh bien, c’est moi.
Le juge ne se rend pas ne qu’il vient de suggérer à l’ ineul de s’avouer coupable.
Voici un fait intéressant, RE par Laurent, fait qui prouve
quelles précautions il faut prendre pour interroger un somnambule sans rien lui suggérer.
Un hystérique hypnotisable était accusé de complicité de sol sa
maîtresse avait volé un cheval et une voiture, elle l’avait chargé
de ramener l’attelage à la maison, lui disant qu’elle les avait achetés; telle-était du moins la version de l'accusé.
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Laurent le plonge en somnambulisme.
« On vous accuse de complicité de vol, dit-il.
— Je suis innocent.
— Vous saviez cependant que le cheval et la voiture avaient été volés.
— Non, non, je n’en savais rien.
— Vous le saviez.
— Je vous jure que non.
— Je vous dis que vous le saviez.
— Non, dit-il déjà plus mollement.
— Je vous asssure que vous le saviez; vous le saviez.
— Oui, je le savais.
— C'est sûr, vous le saviez ?
— Je le savais.
— Vous ne saviez pas que la NONER avait été volée.
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— Non, je vous dis que vous nen saviez rien.
— Non, je n'en savais rien. »
Laurent eut beau essayer, les réponses ne furent jamais que ce qu'il voulait qu'elles fussent. « J’ai beau lui ordonner de dire la vérité; la vérité pour lui, c'est ce que Je lui dirai,
- ce que je lui ferai croire. »
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Devons-nous pour cela dire, avec Arthur Desjardin et E. Laurent : « Le juge qui aurait recours à ce procédé d’inquisition devrait être flétri et dépouillé de sa robe ? »
Non, l’innocent, accusé d’un délit ou d’un crime, a le droit de réclamer ce mode d'investigation ; l’interrogatoire ne peut
être dirigé que par un homme parfaitement au courant de
la question; dans tous les cas, les résultats de cette enquête
ne pourront jamais être considérés comme des preuves irrécusables, mais seulement comme des présomptions qui, jointes à
- d’autres faits, pourront mettre la justice sur le chemin de la vérité.
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ÉCOLE DE PARIS
| Qu'est-ce que la personnalité ?
__ « Dans le langage philosophique, dit Littré, on appelle personnalité ce qui fait qu'un individu est lui et non pas un autre. »
. « L'homme sain de corps et d'esprit, dit Pitres (')}, a la . notion très exacte de sa personnalité. Il sait qui il est et qui - il a été; il a des idées, des penchants, des sentiments qui
(1) Pirres. Loc. cit., p. 209.
lui sont propres, il se sent lui et non un autre; il ne se méprend pas sur son identité. »
Pour Ribot (‘')}, la personnalité résulte de deux facteurs : la
constitution du corps avec les tendances et les sentiments qui la traduisent, et la mémoire.
D’après Richer (‘), le moi et la personnalité sont deux choses distinctes : la notion du moi résulte d'excitations extérieures, de ce qu'on voit, de ce qu’on entend ; la notion de personnalité dépend au contraire uniquement des souvenirs : « Le moi, dit-il, est un phénomène de sensibilité et d’innervation motrice; la personnalité est un phénomène de mémoire. »
Binet (‘) considère la personnalité comme résultant de la mémoire et du caractère : « Deux éléments fondamentaux dit-«
il, constituent la personnalité, c'est la mémoire et le caractère, »
Pour ce qui concerne les variations de personnalité pendant l'hypnose, on peut dire que le somnambule possède presque: toujours une personnalité double : l’une se rapportant aux faits
Phares a ts SP armé p "Le
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relatifs à son état de veille, l’autre comprenant son existence
somnambulique dont les souvenirs s’effacent au réveil et se“ reproduisent dans un sommeil ultérieur. C’est ce que Pitres
appelle variation par alternance ; il appelle variation par alié-
nation l’état dans lequel les sujets parlent d'eux-mêmes à Ia troisième personne, se croyant être amis de leur propre per-
sonne.
Ces deux variations de la personnalité peuvent se présenter spontanément chez les sujets hypnotisés, mais on peut Provo-" quer par suggestion des phénomènes analogues ; on peut sug-« gérer à une femme qu'elle est tour à tour général, médecin, avocat, juge, etc., et l’ensemble de ses actes se conformera
aussitôt à l'idée qu’elle se fait de ses différentes positions.
On peut encore, par suggestion, provoquer des variations de. personnalité par réversion, des amnésies partielles rétrogrades”
(1) Risor. Les maladies de la personnalité, Paris, 1885, p. 81. (2) Ricuer. L'homme et l'intelligence, Paris, 1884, p. 230. (3) Biner. Les allérations de la personnalité, Paris, 1892.
De : CN
avec réversion de la personnalité, ce ‘qué Pitres appelle ecmmésies. Si l’on affirme à une malade endormie qu'elle a tel âge, elle se met à penser et à agir comme si réellement elle
. avait l’âge indiqué. On peut ainsi provoquér chez les adultes
la réversion de leur personnalité à un âge quelconque, ils ne se souviennent absolument de rien de ce La ils ont 1ABUES depuis.
Aux changements de D ALES se rapporte encore ce que lon peut appeler la personnalité de l'écriture : Ferrari, Héricourt et Ch. Richet (‘) se basant sur cétte idée que l'écriture est sous la dépendance directe des états permanents ou passagers de la personnalité, au même titre que le geste en général, firent des expériences afin de s'assurer si un sujet endormi
auquel on suggérerait différentes personnalités ne présenterait
pas des modifications de l'écriture en rapport avec la personnalité suggérée. « Les mouvements qui agitent la main de l’homme qui prend une plume, disent ces auteurs, auraient la
mème origine, la même nature et la même signification que
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ceux qui déterminent ses allures générales, ou animent son visage pour lui constituer sa physionomie particulière. »
Les résultats ont confirmé leurs prévisions; on peut voir (pl. VII, fig. 29) l'écriture normale d’un étudiant ignorant de la graphologie; on lui suggère la personnalité d'Harpagon (fig. 30).
Voici- l'écriture d’une dame à laquelle on suggère la per-
4 sonnalité de Napoléon (pl. IX, fig. 31):
Le ie oise
Ferrari, Héricourt et Richet tirent de ces faits cette iT sion que les variations de l'écriture sont fonction des variations de la personnalité ; ils font encore remarquer que les variations de l'écriture reproduisent assez exactement, dans leurs traits généraux, les signes caractéristiques attribués par - les graphologues aux diverses personnalités suggérées.
Varinard a obtenu des résultats analogues : la fig. 32 (pl. X) représente l'écriture normale d'une personne ; la fig. 33 donne
(1) Ferrari, Héricourr et RicaeT. La RASOIR de r écriture (Rev.philosoph.) DES, p. 4141.