CHAPITRE HI
Les symptomes cardinaux
FATIGABILITÉ, LIPOTHYMIES ET SYNCOPES, ACROCYANOSE
14° - La fatigabilité
C’est à coup sûr le maître symptôme de l'hypotension artérielle permanente, car ellg n’est pas un accident passager comme la lipothymie ou la syncope : elle est, en quelque sorte, une particularité permanente de la vie des hypotendus. Certes, la plupart d’entre eux peuvent mener une vie réellement active, parfois même montrer une véritable suractivité, mais ils ne le peuvent qu'au prix d’une sensation nette de fatigue. Cette fatigabilité nous apparaît d’ailleurs sous des modalités très variables : c’est parfois une fatigabitité spontanée, survenant sans cause apparente. Elle peut se manifester à tous les moments de la journée, sans qu’il y ait d'heures de prédilection. Ainsi Mme M... (observ. r) partie à Cannes pour villégiaturer se plaint de fatigue l'après-midi, le soir. Elle est obligée de rester allongée plusieurs heures dé suite, bien que cependant on ne trouve
aucun surmenage physique ou intellectuel qui ait pu ètre la cause de son asthénie.,
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Assez fréquemment, nous avons été frappés de constater que cette fatigabilité se produisait surtout le matin, dès le réveil. Gette fatigabilité est ici particulièrement nette. Elle est d'autant plus frappante que, la veille, le sujet s’est couché de bonne heure et à passé une nuit excellente Sans insomnie. Il existe done un contraste paradoxal, remarquable par sa netteté, entre la précocité et l’intensité de cette fatigabilité et son apparition survenant après plusieurs heures d’un repos complet.
Tel est le cas de Mlle L..., interne des Hôpitaux (obs. 2), qui, dès son réveil, éprouve une sensation générale de lassitude, de fatigue, de courbature et, à un degré de plus, de brisement des membres. Malgré une suite excellente, sa fatigabilité est intense, son abattement est complet : cet état persiste pendant un quart d'heure, une demi-heure parfois, forçant la malade à rester étendue et l’empêchant de s’asseoir et de se lever. Ge n’est qu'au bout de 15 à 20 minutes que Mile L... peut vaincre cette fatigabilité et finalement sortir de son lit.
Au degré le plus marqué cas assez rare d’ailleurs — il est des hypotendus qui, bien souvent, évitent tout momuvement et sont obligés de passer une partie de leur journée étendus sur leur lit. Il en est ainsi de Mme F... (obs. à) qui, quoique absolument désœuvrée, est obligée de rester couchée ou de passer la journée assise,sur une chaise. Elle ne fait aucun effort et aucun travail : elle n’a même pas à s'occuper de son intérieur, et cependant sa lassitude est telle qu’elle est obligée de demeurer allongée de nombreuses heures.
À côté de cette fatigabilité spontanée, il existe une faligabilité d'effort.
Au premier abord, cette seconde modalité de la fatigabilité peut paraître un peu extraordinaire : l'effort, entraipant chez les sujets même normaux un certain deeré de fatisabilité qui varie avec lui ? mais, en cas d’hypotension artérielle permanente, cette fatigabilité est remar-
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quablement disproportionnée à l'effort qui l'a provoquée. C'est là le point capital et intéressant de la modalité de cette fatigabilité. En voici parmi tant d'autres un exemple typique et qui permettra de nous en rendre compte aisément : M. L... (obs. 4) doit à toutes forces s’allonger en rentrant de son travail sédentaire et nullement absorbant (le malade est employé de bureau) à cause d’un trajet en métro d’une demi-heure environ qué le malade est obligé d’effectuer debout, le plus souvent.
En effet, chez nos hypotendus, nous avons constaté fréquemment la difficulté pour de tels sujets, à supporter la station debout, le piétinement sur place ; très souvent, une promenade de courte durée, quelques courses légères dans Paris, suffisent pour qu'aussitôt, ils se sentent les jambes lourdes et brisées, nécessitant l'obligation presqué absolue de s'étendre. Mme B..., femme de médecin, étudiante ellemême, présente, au cours de véritables poussées d'hypotension constatées par son mari, une fatigabilité intense et excessive, en disproportion avec Feffort qu'elle a fourni. Ces poussées de fatigabilité sont intermittentes, mais elles ne surviennent pas spontanément. C’est à la suite d’un effort physique léger, d’un travail intellectuel un peu prolongé, que celte lassitude en quelque sorte, se déclanche, tant son apparition est brusque, et le désir de se reposer, impérieux.
Chez d’autres sujets, la fatigabilité est encore plus précoce, elle survient au cours de leur travail qu'ils sont obligés d'interrompre par de courtes périodes de repos, .et cependant leur travail est normal, nullement exagéré, mais il les épuise rapidement. 4
Un autre symptôme, satellite fréquent, presque constant, accompagne ce besoin absolu de repos : c’est un besoin de Sommeil impérieur. Celui-ci est des plus manifestes. Outre. le sommeil nocturne, de durée souvent exagérée puisque de tels sujets dorment de 10 à 12 heures par nuit, parfois même davantage (sommeil non réparateur, comme nous
avons vu plus haut) les hypotendus éprouvent encore, au : cours de la journée, un certain besoin de sommeil. Celui-ci est alors souvent de courte durée, mais il apparaît comme un besoin indispensable au malade, qui, sans lui, est absolument incapable de s’adonner à un travail quelconque témoin M. le docteur S... qui, pendant sa préparation de l'internat, ne put faire un travail un peu plus intensif dans l'après-midi, sans avoir, au préalable, dormi pendant 15 à °o minutes. Mille C..., étudiante en médecine, est également obligée d’entrécouper son travail dans l'après-midi, non seulement d’une période de repos, mais encore d’une période de sommeil de près d’une heure, avant de pouvoir reprendre ses études.
Cependant, il ne faudrait pas croire que ces sujets soient incapables d’un grand effort, et que leur hypotension paralyse en eux, en quelque sorte, toute activité. Un grand effort est possible de leur part, mais il ne peut être que d’une
durée très courte, et il ne l’est aussi qu'au prix d’une fatigue considérable, disproportionnée et qui se prolonge très longtemps.
Mme T... (obs. 5) que le moindre travail fatigue et qui, le matin au réveil, né peut arriver à quitter son lit tant elle est lasse, maloré cependant une nuit excellente, arrive néanmoins à veiller au chevet de son mari gravement malade, pendant quelques nuits. Malgré le repos qu'elle peut s’accorder pendant la journée, elle est obligée ensuite de demeurer étendue, jour et nuit, pendant plus d'une semaine ; «elle est alors l’objet de plusieurs syncopes en l’espace de quelques heures. Le médecin appelé lui trouve une tension maxima à 9.
Chez un grand nombre de nos malades atteints de fatigabilité, soit légère, soit très marquée, obligeant alors à éviter tout effort, tout travail, nous avons pratiqué, comme le conseille M. Sézary (x), l'épreuve du dynamomètre.
(x) Sézary : Le diagnostic des asthénies d’origine endocrinienne, Presse Méd., n° 8, 1922,
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Nous ne nous étendrons pas ici, dans ce chapitre de la symptomatologie, sur les conclusions tirées par M. Sézary de cette épreuve et sur les résultats qu'elle est capable, selon cet auteur, de fournir en faveur de l’origine endocrinienne ou non de cette asthénie. Nous dirons seulement que les chiffres atteints par la pression exercée au dynamomètre étaient soit normaux, soit le plus souvent au-dessous de la normale, mais que l'épuisement était lent à se produire contrairement à ce qui se passe dans l’asthénie d’origine endocrinienne.
Observations
. OBSERVATION I (D' LraN)
Mme M... en villégiature à Cannes, se sent si fatiguée, si déprimée, si lasse, que, croyant à une infection tuberculeuse naissante, elle appelle en consultation un médecin de Paris, spécialiste des voies respiratoires. On ne trouve aucune cause à cette fatigue, la malade n'ayant Le surmenage, aucune préoccupation, et l’examen complet ne révélant aucune lésion organique. La pression artérielle, par contre, est très abaissée, Sous l'influence d'un traitement par la strychnine, l’état de la malade s'améliore rapidement. Celle-ci ne se plaint que d’une légère dyspnée d’effort et de quelques palpitations. Elle se rend alors chez le docteur Lian, qui lui trouve un petit souffle méso-systolique, ayant tous les caractères d’un souffle extra-cardiaque.
La tension artérielle est de Mx 11 et Mn 7 avec un indice oscillométrique de ».