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MÉCANISME RÉGULATEUR DE LA TENSION ARTÉRIELLE

On sait que la T. À. est une force créée par la contraction ventriculaire cardiaque, entretenue par la réaction de la paroi vasculaire à la distension, réglée par la résistance des vaisseaux périphériques (capillaires) à l'écoulement du sang (Gallavardin). | |

Cette définition, en montrant les conditions multiples qui concourent à la production de la T. À., font du même coup prévoir les trois facteurs principaux de ses variations :

Etat du cœur.

Elasticité artérielle.

Résistance périphérique.

Mais à ceux-ci, il faut en ajouter un autre dont l’importance est capitale : c’est le système nerveux, qui, par ses ramifications nombreuses, tient sous sa domination le cœur, les artères, les capillaires,

Il est chargé de maintenir constamment en équilibre tout cet appareil cardio-vasculaire, sans cesse en proie aux perpétuelles et incessantes perturbations que réclament les exigences de notre organisme.

Cœur, artères, capillaires sont donc soumis au contrôle du système nerveux, qui, comme nous le verrons, entre en jeu sous l'influence de causes extrêmement variées,

De l’état de ces quatre facteurs : cœur, artères, capillaires, système nerveux, dépendent les modifications de la tension. À ceux-ci, nous devons en ajouter un cinquième, la masse sanguine.

Schématiquement, les facteurs régulateurs se résument en deux grands groupes

Les organes d'exécution, représentés par le cœur, les vaisseaux, la masse sanguine.

Les organes de commandement qui comprennent

a) Un facteur nerveux. —— Celui-ci est très important, car il tient sous sa domination le cœur, les artères, les capillaires. Sollicité automatiquement par les perturbations même de pression qu'il doit neutraliser, il règle les moindres fluctuations du système cardio-vasculaire.

Mais le facteur nerveux est-il autonome ou au contraire

est-il sous la dépendance du facteur humoral ?

b) Le facteur humoral, — Son importance ne le cède en rien au précédent. C'est qu'en effet les glandes endocrines, de par leurs sécrétions, peuvent influencer par des modifications humorales le système neuro-végétatif, D'autre part, celui-ci peut tenir sous sa domination certaines glandes endocrines comme les surrénales.

L'intrication si étroite de ces deux éléments, système neuro-végétatif, glandes endocrines, rendent ce problème si complexe qu'il est la plupart du temps impossible de faire la discrimination de ce qui revient à chacun d’eux. Nous les étudierons longuement dans un paragraphe spécial

($ 3). Mais, avant d'expliquer comment nous concevons

leur rôle dans la pathogénie de notre syndrome, nous résumerons brièvement, dans le paragraphe suivant, les différentes conceptions émises jusqu'à présent sur le mécanisme de l'hypotension artérielle permanente.

$ 2. — LES DIFFÉRENTES CONCEPTIONS DE L'HYPOTENSION ARTÉRIELLE PERMANENTE

Nous allons tout d'abord retracer rapidement les étapes successives des diverses conceptions auxquelles à donné lieu la pathogénie d’un tel syndrome.

On peut distinguer schématiquement trois phases dans la conception de cette pathogénie

La première est surrénale ;

La seconde chimique ;

La troisième neuro- endocriniénne:

1°) Théorie surrénale :

La plus ancienne en date, c’est la théorie de l’insuffisance surrénale, Grâce aux travaux du Professeur Sergent, qui montre qu'à côté de la maladie d’'Addison existe toute une série de formes d'insuffisance surrénale pures, sans mélanodermie, l'insuffisance surrénale prend droit de cité en pathologie. Elle se caractérise par de l’asthénie et de BR tension artérielle.

D'autre part, la constatation d’hyperplasie surrénale chez les hypertendus (Josué, Vaquez) fait supposer que l’atrophie de ces glandes doit entraîner de l'hypotension (asystolie surrénale de Josué). |

M. Sezary, qui étudie l'hypotension artérielle chez les tuberculeux, constate un désaccord entre la clinique et l’anatomie pathologique. En cas d’hypotension artérielle, il n°y

-a pas toujours hypo, mais parfois hyperépinéphrie, et Porak conclut que « l’hypotension artérielle ne peut être expliquée par une insuffisance de la fonction angio-tonique de la moelle surrénale ».

Alors que l'on discute sur les lésions organiques et sur

l'insuffisance fonctionnelle de la surrénale, une autre thé9-

rie commence à prendre naissance, c’est la théorie chimique.

2°) Théorie chimique

Contre cette théorie surrénale, s'élève alors une théorie chimique. Elle apparut, en 1908, avec les travaux de Desgrez, Chevallier, Gautrebet, Thomas. Ces auteurs tendent à montrer l’action vaso-dilatatrice des vaisseaux, — d'où l’hypotension artérielle — sous l'influence de la choline.

Morel la trouve dans le sang des hypotendus, alors que les sujets normaux n’en ont pas (1909).

Gautrelet édifie sa théorie des systèmes des glandes à choline, qu'il a réussi à trouver dans certaines glandes (thyroïde, ovaire, pancréas). La choline est considérée comme la substance antagonistede l’adrénaline. « Nous considérons dit Gautrelet, le système des glandes à choline (appareil cholinigène) comme antagoniste des glandes à adrénaline (appareil chromaffine). De la mise en jeu de ces deux systèmes, dépend la régulation de la pression artérielle ». Un revirement se fait avec Busquet et Pachon qui s'efforcent de montrer que l’hypotension est le fait d’une choline impure contenant de la muscarine.

Schaeffer, dans une revue très documentée, résume ainsi cette question si controversée. « Le moment nous paraît mal choisi pour fonder, sur des données aussi incertaines, une théorie humorale de la régulation de la pression artérielle, Rien ne nous autorise à considérer Ja choline comme un produit de sécrétion devant intervenir dans le mécanisme humoral, régulateur hypothétique de la circulation » (1909). |

De cette théorie de la choline, nous rapprocherons celle de l'Histamine soutenue par Dale, Laidlow (rgro) (x).

(1) La théori : de la choline semble reprendre un regain d'actualité (1927) avec Jes expériences de M. VILLARET ET JUSTIN-BESaxcoN sur l’action de l’arétylcholine,

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3°) Théorie neuro-endocrinienne.

Tandis que se déroulaient Les discussions sur la choline,

la théorie surrénale est peu à peu remise en honneur. Mais c'est surtout l’adrénaline vers laquelle sont. tournés tous les esprits. On cherche à la mettre en évidence expérimentalement. C'est la question de l’adrénaline physiologique.

MM. Gley et Quinquaud, s'appuyant sur des preuves expérimentales concluent que l’adrénaline ne joue aucun rôle physiologique, tant la quantité émise par les glandes leur apparaît insuffisante pour jouer un rôle appréciable. L’adrénalinémie est donc déchue de son rôle d’hormone. Elle n’est considérée que comme un déchet de l'organisme.

Ur peu plus tard, par une série d'expériences remarquables, MM. Tournade et Chabrol arrivent à une conclusion diamétralement opposée, en employant la technique de l’anastomose veineuse surréno-jugulaire. Ils démontrent ainsi l'existence d’une adrénaline physiologique, et son rôle dans le maintien du tonus cardio-vasculaire. Les résultats de telles expériences apparaissent considérables comme facteur régulateur de la tension artérielle. Ces expériences nous montrent ainsi l’étroite coordination qui existe entre le système neuro-végétatif et les glandes endocrines « l’adrénaline est la vassale du sympathique » (Tournade et Chabrol).

Plus récemment encore, M. Santenoise a montré expérimentalement l’étroite concaténation neuro-glandulaire entre le pancréas, le pneumogastrique et l'appareil thyroïdien.

D'autre part, l’étude approfondie des glandes endocrines

nous montre chaque jour la complexité de leur fonctionne-,

ment : elle nous montre aussi que certaines glandes se trouvent en corrélation fonctionnelle avec d’autres, que ce soit dans le même sens ou dans un sens opposé. C'est ainsi que peu à peu a pris corps la notion de la synergie pluri-glan-

en

— 120 — FA de dulaire. Cette notion actuellement indiscutable vient aussi augmenter la complexité d’un tel problème.

Tout en reconnaissant aux surrénales un rôle importan' certains auteurs estiment cependant qu'il ne saurait être exclusif : Hoxie incrimine, en outre, %es glandes génitales et la thyroïde, Martini et Pierach, lhypophyse. HR

Enfin, nous devons signaler les recherches de Roger, Kubota, de Wirth, de Scarpa, qui ont pu passagèrement provoquer de l’hypotension artérielle par injections d'extrait d'organes glandulaires (foie, rate, pancréas, ganglion lymphatique). |

Telles sont les diverses conceptions pathogéniques de l’hypotension artérielle ; nous allons maintenant étudier en. détail les facteurs qui contribuent à la créer, et que nous n'avons fait que citer au $

$ 3. ÉTUDE DES ORGANES DE COMMANDEMENT. LE FACTEUR HUMORAL. LE FACTEUR NERVEUX.

À) Le facteur humoral :

Tout naturellement, le premier facteur humoral auquel nous devions songer : c'étaient les glandes endocrines, et parmi elles avant toute autre : les surrénales. Cliniquement, nous avions devant nous, le tableau de l'insuffisance surrénale pure qui, avec l’asthénie et l’hypotension artériéile, nous y faisait immédiatement penser. Cependant nous ne pouvons prouver de manière formelle (nous ne pouvons que le supposer) que le syndrome d’hypotension artérielle permanente est une forme fruste ou peut-être une forme latente d'hypoépinéphrie.

Anatomiquement, il nous a été impossible de vérifier | ces hypothèses, n'ayant pas eu l’occasion’ de pouvoir pratiquer les autopsies chez ces sujets dont l'allure de la maladie est relativement bénigne.

Même si nous en avions eu la possibilité, on ne considère

plus actuellement qu'un syndrome d'insuffisance surrénale est nécessairement la conséquence d’une lésion surrénale. En effet, le Professeur Sergent (1) lui-même « pense que . la sécrétion surrénale, comme toutes les sécrétions et particulièrement comme toutes les sécrétions endocriniennes, ne dépend pas seulement de l'intégrité des cellules de la glande, mais aussi de l’activité des échanges circulatoires dans cette glande et de la régulation de ces échanges par l’innervation de l'organe. C’est pourquoi, les conditions qui peuvent troubler ces échanges circulatoires et cette innervation, soit par des influences générales, soit par influence locale, d'origine réflexe ou autre, sont capables d'engendrer l'hypoépinéphrie. aussi bien que l’hyperépinéphrie. Cest ainsi qu’il faudra s'attendre à trouve des syn-

“dromes surrénaux sans lésions surrénales bien apparentes. »

Ainsi se substituait à la lésion anatomique, la conception d’une insuffisance fonctionnelle de la glande surrénale, c'est-à-dire d'une perturbation physiologique. -

Il fallait la démontrer expérimentalement : grâce à leurs remarqual#es travaux, MM. Tournade et Chabrol ont réussi à prouver indubitablement l'existence si discutée de

- l’adrénalinémie physiologique par une anastomose surréno-

* __ jugulaire. Nous ne décrirons pas cette expérience désormais classique, mais nous ne saurions trop insister sur son im- ‘portance considérable, puisqu'elle résoud le problème si discuté de l’adrénalinémie, et qu’elle rend à l’adrénaline le rôle si important d'hormone qu'on lui avait refusé.

Or, les expériences du professeur d'Alger ont établi d’une manière catégorique le rôle de l’adrénaline dans le maintien du tonus cardio-vasculaire : l’hypoadrénalinémie entraînant un abaissement de la tension artérielle.

Tout de suite, pour bien montrer l’étroite corrélation entre les systèmes nerveux végétatif et endocrinien, nous in-

[2 . , ça) SenGenr : Les surrénales. Journ. Méd. Franç., juin 1925, p. 237.

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