‹ L'hysterie de Sainte Therese. --Chapitre 23 sur 29 · JOS · texte numérisé non relu

JOS

Infirniièrfs soignantes

Filles de service .

Personnel prof»' fixe

Totaux

Si à ces 1.150 agents on ajoute les 252 de cette année on voit qu'il y a aujourd'hui plus de 1.i02 agents de tous grades pourvus d'un brevet ou d'un certificat démontrant qu'ils possèdent une bonne instruction primaire.

Au personnel antérieur à 1878, c'est-à-dire antérieur aux écoles dont l'instruction primaire était très souvent nulle, dont Tinstruction prolessionnelle consistait en une routine ])lus ou moins ignorante, les écoles ont permis de substituer un personnel possédant, dans une proportion qui va croissant d'année en année, une instruction primaire sérieuse et une instruction professionnelle de plus en plus complète. Les statisti([ues que nous avons données le démontrent sans qu'on puisse le contester. Ces résultats ont été reconnus publiquement dans un rapport à la Société médicale des hôpitaux. Dans les visites que vous avez faites aux hôpitaux, que certainement vous renouvellerez souvent, M. le Directeur, en vous mettant en contact avec les chefs de service, vous aurez certainement la confirmalion de lopinion que nous venons d'émettre. Mais il est un autre résultat de l'enseignement professionnel que nous ne pouvons apprécier, c'est celui qui a été obtenu par l'intermédiaire des garde-malades qui sont venues en grand nombre, depuis vingt cinq ans, profiter de l'enseignement professionnel, et par les mères de famille. C'est, qu'en^ffet, les écoles d'infirmières, œuvre essentiellement démocratique, comme il convient sous la République, n'ont pas été créées uniquement pour le personnel secondaire des liôpitaux, mais aussi pour les garde-malades et les mères de famille. Elles sont ouvertes indistinctement à toutes les personnes de bonne volonté.

En même temps que nous pcrfeclionnons régulièrement, avec nos amis, vos professeurs, l'enseignement professionnel, essentiellement praticiue, nous avons poursuivi V amélioration matérielle du personnel secondaire des hôpitaux. Nous avons signalé ï insalubrité des habitations, réclamé les chambres particulières, demandé une amélioration de la nourriture, la modification de l'habillement des infirmiers en été, le relèvement des salaires et des pensions de repos, dont nous avons pris l'initiative dès 1877 au Conseil municipal, une transformation radicale du scrrire de veille, le roulement de. service en service, la création dans tous les établissements-écoles d'abord.

d'une sallederéiinion. d'unol)iblioth()quecid\\n musée (\). Nous n'yinsis torons pua aujourd'hui puisque ce prog-vammc, que nous défendons (lepH-i.s 23 a)is, a ol)tenu un commencement de réalisation et que M. Mesureur est décidé, ainsi qu'il vient de vous l'annoncer, à le réaliser intégralement. Nousespérons pouvoir l'an prochain vous signaler les réfo mes accomplies.

Il ne nous reste i)lus qu'il vous donner quelques renseignements sur ïenscignement j^TofessloniioÀ et sur les progrès de la laïcisation en France.

A Paris, outre les quatre Écoles municipales, il existe des écoles départementales dans les cinci asiles d'aliénés. Déplus, nous devons citer les cours de l'Union des femmes de Fi-atice, des Dames françaises, de l'École professionnelle d'assistance aux malades^ de VEcole des gardesmalades, fondée en 187G, par le D'Duchaussoy.

D'après une note que nous devons à l'obligeance de M. Monod, directeur de l'Assistance publique au Ministère de r intérieur, il existerait des écoles ou des cours d'infirmières da s les villes suivantes: Dijon (Côte-d'Or}; Besançon (Doubs) ; Toulouse (Haute-Garoniie ; Béziers, Montpellier (Hérault) ; Saint-Etienne (Loire) ; Reims (Marne) ; Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; Lille (Nord) ; Lyon (Rhône); Rouen, Le llàvre, Dieppe, Fécamp, Lillebone (Seine-Inférieure). Ajoutons à cette liste: Alais, Clermont- Ferrand, Grenoble, Limoges, Nantes.

L'un des événements les plus importants de l'année au point de vue de ['Enseignement 2^^'ofcssionnel et aussi de la Laïcisation des établissements hospitaliers est la circulaire (2) de M. Combes, président du Conseil, ministre de l'intérieur, invitant les préfets à provoquer la création d'École.? d'Infirmières dans les villes où siège

(1) IjC roulcniciil se l'ait on f)ai'tic à la Salpcirièro. (•■cst-à-dirc que les élèves les plus avancées vont, par séries, pendant 13 jours, à la cuisine, à la lingerie, à rinfirmeric générale. Il faudrait aussi 13 jours aux aliénés en attendant mieux.

(•2) Voir le texte complet de celte circulaire dans notre volume intitulé /os Écoles d'infirmicrcs. 1902. ]>. 317.

soit une Faculté, soit une Ecole préparatoire de mécleciae, ce cfui répond à l'une de nos réclamations les plus persistantes. ]\I. ComJjes insiste sur la nécessité du Roulement de service en service, sur la constitution de Pensions de retraite^ sur la garantie que le Diplôme doit donner à celles qui le posséderont, sur la création de 6oi(rses d'études, la nécessité de placer les infirmières dans des conditions matérielles convenables, « On ne doit pas admettre plus longtemps, dit M. Combes, que les malades soient confiés aux soins d'un personnel dont les preuves d'instruction spéciale ne sont pas fournies. La justification d'aptitude, qui est exigée de ceux qui veulent enseigner, doit l'être avec autant de raisons au moins, de ceux qui s'offrent à soigner les malades. ...» C'est là, vous le voyez, le programme même des réformes que nous réclamons depuis un quart de siècle. Aussi en souhaitons-nous bien vivement la prompte réalisalion. Et elle est possible à bref délai, si^l. Combes y tient énergiquement la main.

Il se produit donc un mouvement sérieux en faveur de l'enseignement professionnel. Assurément ces cours offrent des inégalités, elles disparaîtront peu à pea. On arrivera à un programme uniforme, on pourra décerner des diplômes qui pourront un jour avoir une valeur à peu près égale, ainsi que cela a lieu dans l'instruction primaire pour le brevet de capacité et le brevet supérieur. Un jour viendra où l'on pourra exiger des infirmiers et infirmières le diplôme professionnel, de même que l'on exige des instituteurs et institutrices le brevet de capacité.

Un mot en terminant sur la laïcisation. D'abord les Établissements nationaux de bienfaisance. Nul doute que ]\I. Combes ne donne l'exemple en complétant la réforme commencée en 1888 par nos amis communs, Ch. Floquet et Léon Bourgeois, en laïcisant les trois établissements nationaux non laïcisés, la Maison nationale de Charenton, l'hospice des Quinze-Vingts et l'Institution des sourdesmuettes de Bordeaux. Passons à Paris et au département de la Seine.

Les dispensaires qui ont remplacé les jMaisons de secours des Bureaux de bienfaisance sont au nombre de 37 ; il en

reste cinq à laïciser. Tous les hôpitaux et hospices de Paris, sauf trois, sont desservis par un personnel laïque. Les hôpitaux non laïcisés sont l'Ilôlel-Dieu qui compte 32 religieuses et 198 laïques ; St-Louis avec 34 religieuses et26G laïques; Boucicautavec 8 religieuses et 70 laïques. Les Fondations, i)our la plupart, sont confiées, sur l'ordre des fondateurs à un personnel congréganiste. A ce propos, nous ne pouvons ({ue souhaiter, ainsi que nous lavons dit bien des fois, qu'une /oi vienne limiter la durée des conditions imposées par les /"oîidaieurs, car il n'est pas admi>sibleque les générations successives soient liées à perpétuité par une génération antérieure. Toutes les institutions doivent suivre l'évolution des idées, s harmoniser avec les mœurs.

Des établissements relevant de la préfecture de police, Yillers-Cotterets et Nanterre ont laïcs ; mais les infirmeries de Saint-Lazare, du dépôt de la Préfecture et de la Santé restent entre les mains des religieuses.

Enfin, en ce qui concerne la Prélecture de la Seine, tous ses établissements ont un personnel laïque, asiles d'aliénés, hospices départementaux, ambulances.

Il est à désirer vivement que la Préfecture de police complète la laïcisation des établissements d'assistance qui dépendent d'elle et ne demeure pas plus longtemps en arrière de la Préfecture de la Seine. Il appartient h M. CombesdintervenirauprèsdeM. le Préfet de police pour que cette anomalie disparaisse. A lui aussi de prendre les mesures nécessaires pour la laïcisation de l'Hôtel-Dieu et de Saint-Louis. Qu'il consulte le dossier de cette opération, qu'il jette un coup d'oeil sur l'histoire des Religieuses Augustines de Paris, et il n'hésitera pas (1).

Les Ecoles d'infirmières de Paris, vieilles de 25 ans, ont montré aux villes de province, la possibilité de laïciser leurs établissements hospitaliers. Elles leur ont donné le

(I) Noies sur l'Ancien IIôlcl-Dieu de Paris, relatives à la lutte des administrateurs laïques contre le pouvoir spirituel et aux abus et désordres coniniis par les religieuses et les chapelains, de 1505 à 1780. avec une préface par le D'' Bourneville. Volume in-8 de XXXII-\!3"2 pages et une eau-forte.

moyen de sulDstiluer un ))crsonnel laïque instruit aux religieuses ignorantes, et aussi dévoué qu'elles. La confiance leur venant ainsi qu'à vous, les laïcisations se multiplieront. A vous et à elles, il faut des garanties. A vous, salaires, habitations convenables, pensions de repos, considération morale; à elles, peu d'augmentation de dépenses, ce qui est possi])le. Car avec vous, personnel moins nombreux, en général, pas de parasites, ni de gaspillages, pour employer une expression modérée.

Parmi les laïcisations opérées en province nous devons citer celles de l'hôpital de Chàtillon-Coligny et de l'hôpital de Chaleau-lîenard dans le Loiret, des hôpitaux de Reims, do l'Asile d'aliénés de Châlons-sur-Marne. Citons aussi riiôpital de Longwy, l'Asile d'aliénés de Rodez que nous avons omis dans nos listes précédentes. Dans l'Yonne, les hôpitaux d'Âuxerre, Cravant, t-ft-Florentin, Brienon et St-Julien-du-Sault sont laïcisés ainsi que l'asile d'aliénés. Piaiipelons encore l'hôpital de Dun-sur-Auron, etc.

Dans un certain nombre de ces villes le personnel a été fourni par les élèves des hôpitaux de Paris. D'autres villes se préparent à laïciser leurs hôpitaux, Béziers, Beauvais, Cette, Evreux, Tournus, etc.. Cette liste est sans doute incomplète (li ; c'est à vous, surtout aux élèves libres, d'aider à la laïcisation en vous metlant à la disposition de ]M. le Ministre de l'intérieur et «les municipalités de province. En le faisant vous concourrez heureusement à la Défense de la République.

(1) Depuis 1887, nous demandons, chaque année, au Ministère de l'Intérieur de faire dresser et publier la liste des liôpitaux laïcisés, comme le Ministère de l'Instruction publique le fait pour les Écoles. Nous comptons sur M. Combes pour avoir cette statisticjue. Il convient, actuellement, si on vont réussir de ne pas se montrer trop exigeant auprès des municipalités de province, de se contenter de la création de cours, sans exiger qu'on se conforme de suite au programme minimum, réclamer l'amélioration des habitations mais non des conlraclions immédiates. Marcher vers l'idéal, '

AXNEXES

École de Lyon.

Lyon, le 16 juillet 1903.

^lon cher Collègue,

« Conformément à votre désir, je vous transmets un règlement imprané de notre école d'infirmières et un exemplaire du certificat d'aptitude.

« Le dernier examen a eu lieu le 9 juillet dernier pour les élèves de l'année scolaire 1902-1903. Quelques élèves n'ont pas osé affronter les épreuves, ayant conscience de leur insuffisance et se sont retirés avant l'examen.

« Le Jury a été composé, co unie les années précédentes, de deux administrateurs, des deux professeurs de l'école, d'un chirurgit'.n et d'un médecin des hôpitaux tirés au «ort. Parmi les examinateurs, il y avait deux agrégés de la Faculté.

«Le nombre des points à attribuer aux candidates variait de G à 20 points pour les épreuves de chirurgie et de médecine et de 0 à t> pour les questions d'administration.

« Chaque candidate a été successivement interrogée sur des questions de médecine, puis sur des questions de chirurgie et enfin sur des questions d'administration, comprises dans le programme olliciel du Ministèrede l'Intérieur.

« Le maximum des points obtenus ne peut pas dépasser 45. (20 pour la médecine, 20 pour la chirurgie, 5 pour l'administration.) Le Jury a décidé que toute élève qui n'obtiendrait pas comme note minima, 25, sera éliminée.

« Au moment des épreuves, on a placé sous les yeux des examinateurs le dossier de chaque candidate, qui comprenait les notes données par les différents chefs de service chez lesquels les élèves avaient fait leur stage, (soit cinq attestations motivées pour chacune) et de plus les notes données par l'administrateur-directeur de chaque établissement dan.s lequel le stage a été fait.

«La note des chefs de service concerne l'apt'tude et l'assiduité dont les élèves ont fait preuve et sip^nale les conditions dans lesquelles l'élève se trouve pour faire au point de vue technique une bonne, médiocre ou insuffisante infirmière.

« La note de l'administration se réfère aux conditions générales de l'élève comme infirmière. Obéissance, attitude envers les malades^ propreté, etc.

« Ce dossier qui comprend, comme vous le voyez, six attestations de sources différentes est pris en très sérieuse considération par les examinateurs au moment de l'épreuve orale, parcequ'on est unanime à estimer que le stage constitue la principale formtion de l'infirmière et que la façon dont il a été effectué donne une indication véritable sur la valeur de l'infiirmière.

n Ily a eu le 9 juillet, cinquante candidates qui, en définitive, ont abordé les épreuves orales, vingt-neuf appartenaient à nos différents établissements des hospices^ comme hospitalières, et vingt-et-une candidates étaient étrangères à nos hospices et comprenaient; 14 élèves religieuses et 7 élèves laïques. Il n'y a eu que deux candidates qui aient été éliminées, parcequ'elles n'ont pas obtenu le point minimum, vingt-cinq.

« L'impression du Jury est que le niveau de rinstruction s'élève et médecins et chirurgiens ont été satisfaits de la façon dont les épreuves ont été subies. Il ont reconnu, toutefois, que les hospitalières des hospices de Lyon, avaient des connaissances plus étendues que les autres élèves, mais cela s'explique facilement parce qu'avant d'envoyer nos hospitalières à l'école d'infirmières, nous les faisons passer pendant une année à une école préparatoire et que dès lors nos hospitalières ont en définitive deux années d'études.

« Le Jury a été unanime pi«ur demander que les élèves de l'école fussent appelées obligatoirement et non pas facultativement, comme on l'a fait jusqu'à présent, à faire pendant l'année scolaire un certain nombre de veilles de nuit.

« Les élèves qui entreront au mois de novembre prochain seront prévenues, qu'elles seront astreintes à faire un certain nombre de veilles de nuit et qu'elles seront assistées dans ce service, par une de nos infirmières brevetées.

« On estime avec raison, que le service de veille est un des plus importants, des plus délicats et doit faire partie de renseignement de Técole.

« Tels sont, mon cher Collègue, les renseignements que je

Écoles d'Infirmières, 1902-1903. 26

puis vous clonuer sur notre école qui continue ;i nous donner entière satisfaction et dont vous avez été l'Inspirateur. « Bien cordialement à vous. .Sabiîan.

Résultats de la Laïcisation dans les établissements de charité de la ville de Blois.

La ville de Blois peut actuellement, après une expérimentation de cinq à six années, publier ce qu'elle a gagné à la laïcisation de ses établissements charitables. Espérons que son exemple inspirera les imitations.

Le l*-'"" janvier 1882, l'Administration du bureau de bienfaisance signifiait aux sœurs de Saint-Paul de Chartres qu'avait pris lin désormais leur intermédiaire entre elles et les familles nécessiteuses inscrites.

Un immeuble très important, autrefois le cellége communal de la ville, comprenant deux grands corps de bâtiment avec vastes cours et jardins servait au logement de 17 sœurs, chargées de la visite des malheureux et de la distribution des secours à leur répartir.

Sous le prétexte de l'utilisation de l'immeuble, ces dames y avaient installé à leur profit une école et un pensionnat. De plus, la pharmacie, dont ellesavaient lagarde, faisait une concurrence illicite aux pharmaciens de la ville.

Aujourd'hui il n'en est plus de même ; la presque totalité de ces bâtiments a été louée à la ville moyennant la subvention annuelle de 7.100 francs pour alTectation à ses écoles communales et maternelles. Le Secrétaire aux appointements de 2.200 francs avec le logement, leste seul, sous ladirection de l'administration, chargé de tout le service des recettes et dépenses, ainsi que des distributions.

Sur un budget de B.'j.SGG fr. 15, la somme de 5,050 fr. envii-on prélevée pour les frais du service, il reste 30,81G fr. 15 à distribuer en totalité aux nécessiteux. Une économie annuelle d'environ 17,000 francs résulte donc de la nouvelle transformation du service.

Des livres de compte, il ressort que les sœui's ont dépensé durant les 3 dernières années de leur séjour :

1879 10.096 fr.

1880 8.919 fr.

1881 7.81G fr.

ce qui donne une moyenne de 9,1G5 fr.

A cette moyenne annuelle, on doit ajouter le bénéfice de la subveniion de la ville en échange de la jouissance des bâtiments, la somme de 7,100 fr. Ce qui porte à environ 17,000 fr. le bénéfice dont profitent les pauvres, en y ajoutant en outre le produit d'une vente d'elïets mobiliers restés désormais sans usage par suite du départ des sœurs : Cette vente ayant donné environ 6,000 fr., y compris 930 fr. d'argenterie. Ce dernier article n'a pas été le moindre des sujets de surprise : car en le rapprochant des notes de fournitures, entre autres 9 pièces de vin de Bordeaux, on peut en quelque sorte se rendre compte de certaines natures des dépenses.

Nous n'ignorons pas que de tout temps leur maison servait d'hôtellerie à tous les passants congréganistes ; ce qui explique qu'en dehors dos fournitures de literie affectées au personnel il se trouvait à la vente celles de sept lits supplémentaires. Il est bon d'ajouter encore ici qu'à la consommation particulière du personnel s'affectaient toutes les faisances portées aux baux des fermiers de l'Etablissement, savoir :

9 hect. 25 d'orge pour engraissement de volailles, 18 poulets : 12 kil. 500 de beurre. G kil. de poissons provenant des étangs.

Et comme pour ainsi dire couronnement de leur œuvre de gestion, ces dames, dites de charité, qui devaient quitter leur si bonne place, le 31 décembre 1881, prirent le soin de se faire, par anticipation, livrer toute cette redevance annuelle dont l'exigibilité n'avait lieu d'ordiruxire qu'en février. De sorte que, dans l'intéréts de la caisse, la Commi.ssion du Bureau de bienfaisance s'est vue dans la dure nécessité d'en faire supporter la perte aux fermiers, lesquels en 1882 ont de ce fait opéré une double livraison.

Le Bureau de Bienfaisance qui, par suite de ses dotations, possède un capital on valeurs mobilière et immobilières important, le distribue actuellement chaque année en totalité à la classe nécessiteuee et dispose aujourd'hui d'après l'exposé qui précède de 17,000 francs de plus qu'elle n'avait avant 1882.

Tel est le bénéfice bien clair et net qu'a valu au bureau de bienfaisance le départ des sœurs. Aus^i l'Administration en a-t-elle profité pour l'établissement d'un fourneau alimentaire au profit de tous les enfants des deux sexes qui fréquentent les écoles communales de la ville de Bois. N'était-ce pas ici l'idée la plus ingénieuse et tout à la fois la plus philanthropique pour ne pas laisser aux familles pauvres un seul prétexte à l'absence de leurs enfants dans nos écoles communales.

Aujourd'hui, on effet, tous ces pauvres petits vie^inent prendre chaque jour un déjeuner chaud i-t sulDst;intiel dans l'intervalle des deux classes ; ce qui a porté à 80 000 la totalité de ces repas pendant le cours de l'année qui vient de s'écouler.

Tous les élèves y sont amenés oar les maîtres et maîtresses de chaque établissement, lesquels président à leur bonne tenue et les ramènent ensuite à leur récréation.

Comme conclusion, il résulte que la charité, i)ar l'intermédiaire des consTégations, nous était la plus coûteuse ; sans parler du plus ou du moins d'exclusivisme qu'on y rencontrait jadis.

La Laïcisation de l'Hôpital général.

L'Administration hospitalière do la ville de Blois, encouragée par le résultat du départ des sœurs du bureau de bienfaisance lequel de ce fait augmente ses ressources d'un revenu d'environ 17.000 francs, songea, elle aussi, aux moyens d'appliquer la même réforme à son hôpital général. Après avoir mûrement étudié tous les comptes de gestion, reconnu que la routine séculaire des congrégations était un obstacle à tout changement, à tout progrès, elle n'a dès lors pas hésité devant la nécessité de s'en affranchir désormais.

Mettant aussitôt à profit les trois mois qu'elle avait devant elle, à compter de la dénonciation du traité commun, toute l'administration travailla sans relâche à la découverte et au recrutement d'un nouveau personnel. La lutte fut opiniâtre et loin d'être courtoise dans le camp de ses adversaires : le dénigrement, la calomnie, une prétendue impossibilité étaient les moyeas d'entrave dont on se servait. En supposant même la transformation <ie l'hôpital opérée, cette innovation ne pouvait être, disait-on, que momentanée ; son démembrement était pronosùqué à courte échéance.

Nous approchons aujourd'hui de la fin de notre sixième année de réforme et l'administration des hôpitaux se proclame fière de son résultat.

Le l*"" avril 1883, les sœurs opéraient donc leur retraite emmenant avec elles tout ce qu'elles pouvaient entraîner, 'l(''sorganisant tous les services, sans omettre l'intégralité du personnel si important de la cuisine et de la lingerie, qu'au •>réalable on avait pris soin de caser, soit dans les autres communautés, soit dans des maisons particulières bien pen-

santés. De toijtes les surveillantes des salles une seule est restée. Il fallait bien se ménager une intimité dans la place et un moj'en d'y correspondre

Il ressort donc as<sez clairement cette preuve de ce premier résultat : désormais on ne peut plus soutenir que les services hospitaliers ne peuvent être retirés des mains des communautés religieuse^' par la raison de l'économie qu^'on en retire. Car si sous les apparences trop séduisantes de gages modiques, dont l'unique but est de mettre ue obstacle à la concurrence, nous pouvons être convaincus qu^il y a pour elles, d'autre part, une autre compensation. Comment se fait-il, en effet, que ces gages et cet entretien des sœurs nous revenaient, à 3.750 fr., et qu'aujourd'hui les dépenses de même nature mises au compte de nos surveillantes, portées à 7 399 francs, nous avons encore pr -fité d'une économie de 16.000 fr, sur chacune des cinq années qui viennent de s'écouler?

Pour ce qui est du bien-être et de la transformation physique et morale de tous nos pensionnaires, ils sont indéniables. Le tableau d'une semblabh^ transformation, si nous croyions nécessaire de le faire absolument, nous entraînerait dans une longueur de détails telle que ne peut comporter l'espace qui nous est accordé ici. Un aperçu en a, du reste, été donné dans une séance du Conseil municipal, par plusieurs de ses membres, au mois de juin dernier, et il a été reconnu d'une parfaite exactitude par toute la partie de la population de notre ville qui a été à môme de comparer l'état ancien avec celui d'aujourd'hui.

Maintenant, nous nous contenterons de mettre ici en regard les uns des autres le montant des budgets de chacune des cinq aimées de la gestion congréganiste et celui du même nombre de celles qui viennent de s'écouler sous l'administration de nos surveillantes laïques.

sous LES sœuRs

1878 Budget 83.569 0'

Total

41G.907 20 La moj'enne des cinq années est 83.581 42

sous LES laïques

1883 Budget 70.G87 59

La moyenne des cinq années est 67.455 51

Différence en faveur de la nouvelle gestion : 15.925 91 par chaque année.

IIOTEL-DlEU DE BlOIS.

Nombrr do lits.

,. . ., ( Hlessés Ij6 ( nrt

Hommes civils (Fiévreux M) ^'^

( Oniciers 'i (

Militaires \ Soiis-olliciers 4 { [)?,

( Soldats S.'i (

Blessés ?.V,

Vénériennes Il j

Femmes { Fiévreuses 43 > 113

I Isolées 8 l

[ Maternité 29 /

Vr,r■^,^t< (Garçons 31 i .„

^'"'^^""'' (Filles 17) ^'^

Berceaux 25( | 24

Personnel (femmes) 42 J 42

l'Hèves sages-femmes 5

Total "418

Blois. i octobre 1903

Quoiqu'il en soit, du milieu de toutes ces infamies, notre œuvre, jusqu'ici, est restée telle que nous l'avons établie et solidement cimentée en 188v*.

r<;rsonne encore n'a osé la saper, malgré le désir qu'on a eu et assez dissimulé par des lésineriesde dépenses urgentes, par des inconvenances et manque d'égards vis à vis de notre si dévouée, si courageuse et si précieuse collaboratrice depuis aujoud'hui, vingt années.

C'est avant d'avoir reçu d'elle les comptes de rÉconomat jusqu'à ce jour que je me décide avons adresser ceux de nos années du début, comparés avec ceux de la comptabilité des sœurs, autrefois.

Comme je pense vous l'avoir déjà dit ou écrit, nous nous sommes autorisés du résultat que nous donnait le départ des sœurs de St Paul de (îhartres dans leur régie du bureau de bienfaisance pour en faire de même des mêmes sœurs dans notre hospice général.

En commençant par le bureau de bienfaisance :

Voici le tableau comparatif des trois dernières années de gestion par les sœurs et les trois consécutives de notre réforme.

Annppq 1870 personnel religieux 10.69(3 \ ,, ,.„

Année» l»M des aides laïques 2.363 ) ''^•'^^^

1QOA personnel religieuses 8.919),, „o.,

^^^^ aides laiiiues 2.463|"-'^^-

.^ç,. religieuses 7.816 | ,„ ^.n

^•^*^ laïques 2.463 1^"-^'^

Total 34.720

La mcyenne : 1! .573

Laïcisation (qu'on semblait avoir prévu) le l*^"- janvier 1882.

Années 188G Laïques seules 3.545)

La moyenne : 3.586.

Différence en faveur delà laïcisation : 7.987au bénéfice des indigents.

Passons à l'iiospice général.

Le 1'='' avril 1883, les sœurs opéraient leur retraite emmenant avec elles tout ce qu'elles pouvaient entraîner, désorganisant tous les services sans omettre l'intégralité du personnel si important de la cuisine et de la lingerie qu'au préalable on avait pris soin de caser, soit dans d'autres communautés, soit dans des maisons particulières bien pensantes.

De toutes les surveillantes des salles, une seule était restée. Il fallait bien se ménager une intimité dans la place et un moyen d'y correspondre. Sans en dire plus, c'est à Téloquence des chiffres à parler. Contentons-nous de mettre ici en regard les uns de^ autres le montant des budgets de chacune des cinq années de la gestion congréganiste et celui du même nombre de celles écoulées dans l'admistration des surveillantes.

sous LES sœuRs

1878 budget 83.569 77

Total 416.907 20

La moyenne de ces cinq années est de 83.351 fr. 42

sous LES LAÏQUES

1883 budget 70.657 59

Total

D'où la moyenne de cette période 67.455 fr. 51

Différence en faveur de la nouvelle gestion sur chacune des années : 15.925 fr. 91

Depuis lors, m'a affirmé la direction, les chiffres n'ont guère plus varié — que le personnel. Il y a même eu lésineries delà

part d'une administration malveillante, des prétendues économies sur les fournitures et l'alimentation.

J'attends de nouveaux renseignements de l'Économe ou du receveur- trésorier.

Il ressort donc assez clairement de toutes ces preuves ce résultat : désormais on ne peut pas soutenir que les services hospitaliers ne peuvent être retirés des mains des communautés religieuses par la raison de Téconomie qu'on en retire.

Car, si sous les apparences trop séduisantes de gages modiques dont l'unique but est de mettre un obstacle à la concurrence, nous pouvons être convaincus qu'il y a pour elles une large compensation d'autre part.

Demandez à notre confrère Doyen?? comment se fait-il en effet que ces gages et cet entretien des sœurs nous reviennent à 3750 fr. et qu'ensuite les dépenses de même nature mises au compte de nos surveillantes portées a 7399 nous avons encore profité d'une économie de ICOOO fr sur chacune des 5 années qui les ont suivies.

Pour ce qui est du bien-être et de la transformation physique et morale de tous nos pensionnaires et enfants il est indéniable.

Source qui regarde spécialement les orphelins, des 40 garçons et 40 filles pas un seul ne savait lire.

Nous les avons fait admettre tous aux écoles communales ; leurs surveillants les y conduisent 2 fois par jour et les y vont reprendre pour les ramener.

Un grand nombre ont eu ch que année des prix. D'autres ont été admises à l'école supérieure des filles et sont institutrices.

Voici^ mon cher confrère, ce que je puis vous dire pour l'instant et qui vous intéressera peut-être si vous ne le saviez pas déjcà.

Je suis heureux, quant ànioi, de la circonstance qui méfait rappeler à votre souvenir et nos si éloignées entrevues.

Souffrez donc que cordialement je vous serre les mains en espérant et souhaitant le plaisir de vous revoir encore une fois.

Signé : D"" Yvonneau.

Cours d'infirmières à Alais.

Selon votre désir, voici quelques détails sur les Cours de

gardes-malades dont j'ai été chargé pir la municipalité d'Alais pendant les années 190) et 1902

Ce cours, complètement gratuit pour les professeurs et pour les élèves, s'est composé de vingt-cinq leçons faites dans la grande salle de la Mairie. Trois leçons ont été faites par deux de mes confrères et les autres par moi.

Elles ont porté sur : l'anatomie, la physiologie el l'hygiène, notions élémentaires avec exhibitions de tableaux, planches, squelette, etc.

Sotns à donner dans les maladies les plus fréquentes, description des appareils, instruments et médicaments les plus usuels ; exercices pratiques de pansement sur un gamin embauché pour la circonstance.

Ce cours a été régulièrement suivi par une moyenne de 20 à 30 auditrices : jeunes filles, fi-mmes mariées ou veuves, appartenant pour la plupai-t à la classe moyenne et ouvrière ou de petits employés, au culte protestant (en majorité) et au parti républicain (en grande majorité) aussi.

Sur le nombre, 3 jeunes filles ont été envoyés l'hiver dernier aux frais de la ville d'Alais, dans les hôpitaux de Montpellier pour y accomplir un stage de trois mois, soit un mois dans chaque service de médecine, de chirurgie et d'accouchement.

Depuis leur retour de Montpellier, ces jeunes filles ont été très demandées et continuellemeni employées c-omme gardes malades dans la clientèle de la ville et des environs. On en est généralement ^atisfait Elles doivent retourner à Montpellier pour y compléter leur stage, y subir un examen et se faire délivrer un diplôme ? mais leurs occupations les en ont empêché jusqu'ici et je ne sais si elles rempliront cette dernière partie du programme ?

Un quatrième jeune fille, une des plus intelligentes et des plus instruites (fille de pasteuse), parmi celles qui ont suivi assiduement le cours a eu la chance d'être admise comme boursière à Vècole de Bordeaux, dirigée par la Doctoresce Hamilton

Notre cours a eu surtout pour but de former des gardes malades laïques pour la ville et aussi de vulgariser les notions d'hygiène utiles à tous.

Il est suspendu pour le moment. Il ne sera repris probablement qu'en cas de laïcisation de l'hôpital, éventualité qui ne saurait se produire qu'après les élections de 1904.

D"- C.\RRIÈRE.

— R84 — École de Montpellier.

L'Écolo (h's Iiifumièros a ouvert ses cours le h''" décembre 1902. M. Imbert, prolesseur agrégé, M. Bousquet, internes des hôpitaux. M. Tissier, administrateur, ont été chargés de la chirurgie, de la médecine et do l'administration.

Le j)rogramme suivi a été celui indiqué dans la circulaire minisiérielle.

22 Infirmiers et Infirmières des hôpitaux ont suivi le cours ; 6 gardes-malades de la ville ; 20 sages-femmes de la Maternité.

Aux examens, 7 seulement ont été reçus. Tous du service hospitalier, les autres comme instruction primaire étaient nulles et ([uant aux gardes-malades du dehors, elles ne se doutaient même pas des soins les plus simples à donner aux malades.

Kn résumé, résultat médiocre et difficulté toujours assez grande dans le recrutement du personnel. Pour essayer d'avoir un noyau intelligent, M. !e Recteur de l'Université a demandé aux élèves do l'école normale et à celles du cours supérieur des écoles laïques de suivre les leçons. Celles-ci sont venues deux fois et n'ont pas voulu profiteur de cetteinstruction. Cette expérience fjiile. et comnie le disait le savant Rapporteur, du congrès de Bordeaux, nous ne sommes pas mûrs en France. Les femmes qui se dévouent ou veulent se dévouer ont des établissements religieux, les autres, an fort petit nombre, trouvent la vie troj) diliicile.

Elles se trouvent trop peu rétribuées et le confortable qu'on leur offre insuffisonl.

Ce serait une réforme générale à faire tant dans les mœurs que dans l'esprit laïque.

Ecole de Limoges.

Les cours de l'école d'infirmiers et d'infirmières ont lieu à l'hôpital en deu.v séries ; La première du 15 avril au 15 juillet. La deuxième du l"^'' novembre au l""' février, ([uatre jours par semaine et sont répartis de la manièri; suivante : Lundi, chirurgie (hommes); Mardi, médecine (femmes); Mercredi, chirurgie (femmes) ; Vendredi, médecine (hommes).

L'enseignement est assuré par ((uatre médecins de l'Iiôpi-

tal, soit deux médecins suppléants, deux clùrurgiens suppléants. Ils touchent chacun une indemnité annuelle de 300 francs, soit l.?00 fi'.^ payés au moyen d'une subvention, municipale de même somme.

Le personnel des salles de malades de l'hôpital est obligé de suivre les cours. L'école est également ouverte aux personnes étrangères aux établissements hospitaliers. Ces personnes doivent s'adresser au Secrétariat Général qui les inscrit sur un registre et leur délivre une carte spéciale leur donnant accès dans la salle des cours. Il n'a encore été délivré aucun diplôme.

Dévouement des infirmières laïques à la Ligue Française des mères de famille.

Cette œuvre d'assistance à domicile des mères et des enfants malades fait appel gratuitement au dévouement des infirmières diplomée-j. Celles-ci vont, dans leur quartier, soigner, sur la demande du médecin, do la sage-femme, ou d'une autre œuvre, la mère de famille qui ne veut pas, pendant la maladie ou l'accouchement, quitter son foyer. Elle prend, sur les heures de repos qui lui laisse son travail ou son ménage, quelques moments pour sauver de la misère la pauvre mère qui ne veut pas adandonner ses petits.

On nous objecte souvent que les laïques ayant une famille, ne peuvent se dévouer aux familles des autres. Nos infirmièl'es, au nombre actuellement de 1"20, sont pour la plupart des mères de famille, ou des personnes ayant des parents à leur charge. Jamais nous n'avons fait en vain appel à leur dévouement, à leur abnégation. En dehors des enquites à domicile, elles donnent leurs soins éclairés ; certaines ont passé des nuits, d'autres ont voulu, quoique la Ligue s'y oppose^ aider de leurs secours de leur linge, les pauvres mères nécessiteuses, d'autres refusent la somme modique allouée sur les recettes aux infirmières, afin de les défrayer de leurs débours.

Quel est leur intérêt? Elles ne travaillent pas en vue d'une récompense céleste ? Il n'y a pas d'argent à recueillir, pas d'honneurs, ni de dicorations. Elles le font parce que ce sont des mères ou des futures mères; qu'elles sentent solidairement la peine des autres mères, et naturellement vont droit au devoir, c'est-à-dire au sacrifice. Les unes venues par curin-

sité ? Si sont passionnées pour le bien accompli et sont nos meilleures auxiliaires.

Elles ont ainsi assuré de 1901 à 1903 environ 1.500 assistances à domicil" c pi-it de lineo et d'instruments (1).

Écoles d'infirmières du Havre.

Pendant bien longtemps, le Progrès médical a été presque le seul journal s'occupant de Venscioiiemcnt professio)inel des i)ilir)nicrs et Inlunnières. signalant sans cesse lu mauvaise qualité et runiformité de leur alimentation, l'insalubrité et la promiscuité scandaleuses de leurs logements, réclamant des chambres particulières, des salaires convenables, insistant aussi pour qu'on veuille l)ien leur accorder un peu de considération. Depuis deux ou trois ans, le nombre des personnes et des journaux s'intéressant à cette question d'une importance incontestable est allé en augmentant. Parmi les publications récentes nous devons une mention spéciale à la lettre, adressée par M. le 1)'' R. Sorel au président et aux membres de la commission administrative des hôpitaux du Havre, et dont nous reproduisons les |)iincipaux /assages, d'après la Revue médicale de Nortnaadie du 2.") février.

« J'attire, a écrit M. Sorel, l'attention des Administrateurs sur ce point : il est out ii fait étrange que le médecin, qui voit tous les jouis le travail accompli i)ar le personnel, qui, seul, est compétent pour apprécier sa valeur professionnelle, il est étrange, dis-je, qu'il ne soii jamais consulté sur les récompenses, l'avancement, les félicitations qu'on accorde aux surveillantes et aux infirmières

« Depuis dix ans que je suis dans les hôpitaux, on ne m'a jamais demandé mon avis. Le simple bon sens indique que l'Administration ne doit se guider dans ces cas que sur l'avis de celui qui a la responsabilité morale des soins à donner aux malades. »

Nous ouvrons ici une parenthèse pour rappeler que nous avons relevé souvent cette étrange anomalie (2), qu'au

(1) Notes (le M"'^ la doctoresse Edwards-Pilliet.

(2) Discours aux Ecoles <riiit'innièrcs, passiin, et tout récemment Proqroa wodirn}, 1003, n° (1. p. i)'i.

mois de janvier, à la Société médicule des hôpitaux de Paris, des prolestalions ont eu lieu contre l'exclusion complète dont les médecins sont l'objet en ce qui concerne 1 appréciation des qualités professionnelles et du dévouement de leurs a.ixiliaires. des services qu'ils rendent et que, seuls, ils sont capables d'apprécier. En réalité, le directeur ne peu' juger que d'après la tenue et la conduite et, dans ' tte tâche, il est loin d'être renseigné fidèlement par sa police (1). Revenons maintenant à la lettre de M. le D"" Sorcl et à ses conclusions,

« En résumé, au Havre, il faudrait: loaménager le pavillon des surveillantes, chauffage à vapeur, éclairage élecrique, distribution d'eau chaude etd''eau froide dans toutes lescharobres, cabinets et salle de bains à tous les étages construits de la façon la plus hygiénique, création d'une salle à manger convenable et d'un salon qui servira de salle réunion pour le personnel et de salle de cours pour l'Ecole. Ce premier point est essentiel ; si vous ne pouvez pas offrir une maison confortable et convenable (î), vous ne pourrez pas assurer le recrutement d'un personnel distingué comme celui que j'ai rencontré en Angleterre, en Allemagne, en Suisse et en Amérique: les Françaises valent bien les femmes de ces pays; 2° exiger, pour l'admission des élèves a) être âgées de 18 à 30 ans ; b) intellectaellement, être munies d'un brevet de capacité; c) moralement, n'accepter que celles dont la bonne éducation et la conduite irréprochable seront certifiées par des personnes honorables, connues par l'Administraton; d) physiquement, un certificat médical constatant l'état de parfaite santé ;

n 3" La durée de renseiirnement est de deux ans; la première année, avec cours théoriques, comme actuellement; la deuxième année consacrée au perfectionnement pratique;

«4° Les élèves ne peuvent être qu'internes; — 5° il ne sera rien demandé pour l'entretien, à condition que les élèves souscrivent l'engagement de rester un certain temps dans les établissements d'assistance; — G° costume propre, clair,

(1) C'est là une réforme que nous nous permettons de signaler à M. Mesureur.

(2) Nous avons toujours ssutenu que c'était la réforme la plus urgente; que c'est par là qu'il fallait commencer. M. Sorel, qui connaît bien la question, est du même avis.

bien seyant, jupe ot taille en coutil rayé bleu et blanc, tablier à broderie et bretelles ;

'< 7" Assurance que toujours la préférence sera donnée pour la nomination des titulaires, aux élèves dipioniées de l'École, et que jamais une iniirmière diplômée ne sera renvoyée sans décision de la Commission administrative motivée, prise le médecin entendu et approuvée par le Préfet;

« 8» Rémunération de "25 à ?A) francs ponr les élèves de deuxième année ;

« 9" Publier, tous les ans un rapport sur l'Ecole avec le nom ot l'adresse de toutes les élevés diplômées ; tenir, au bureau du Directeur, la liste de celles qui exercent en ville. Ces renseignements pourront être obtenus par téléphone par toute personne ayant besoin d'une garde-malade.

« Messieurs, j'ai l'intime conviction que vos sentiments démocratiques et dévoies a x œuvres d'à sistance vous feront prendre 1 initiative de créer au Havre la première Ecole d'infirmières modèle en France. »

Ce programnie, dans ses grandes lignes, est celui que nous défendons depuis 25 ans. Nous avons fait installer des chambres individuelles pour le personnel de la sectioti des enfants à Bicétre ; fait construire des pavillons pour les sous-employés des deux sexes à l'asile de Milejuif : puis sont venues les boxes du pavillon Moïana à Saint- Aiitoine, le pavillon de l'hôpilal des Enfants-Malades, les chambres, assez médiocres, de la ]Maternité de Beaujon. du service des contagieux aux Enfants- ^lalades, les logements de Cochin, de la ^laternité, etc.

M. Sorel voudrait qu'on exige des postulantes le brevet de capaciié. Cela peut être réalisable pour les hôpitaux de province dont le personnel est restreint, mais ne l'est pas dans les grandes villes, à Paris notamment, où l'administration, par suite du nombre considérable de ses agents du personnel secondaire, est dans l'impossibilité d'exiger môme le certificat d'études qui, à notre avis, devrait être seul loui d'abord réclamé.

Nous avons pensé que, à Paris, il faudrait créer une Ecole de perfectionnement où les diplômées des écoles du premier degré, si l'on veut, feraient une seconde année. Mais, suivant nous, le premier résultat à obtenir, c'est

que tout le personnel secondaire ait son diplôme, preuve qu'il possède des connaissances professionnelles sérieuses. C'est ce qu'on a fait lorsqu'on a procédé à la laïcisation des écoles : on s'est contenté au début du brevet élémentaire. Aujourd hui, on exige le brevet supérieur.

Contrairement à M. Sorel, nous estimons que les écoles d'infirmières, crées par les municipalités, à leurs frais, doivent être largement ouvertes, qu'il y a intérêt d'y attirer les femmes qui exercent le métier de garde' malades en ville, d'y attirer aussi le plus possible de mères de famille. En agissant ainsi, on rend service à tous. Les Ecoles d'infirmières de Paris ont toujours été publiques et gratuites. Elles doivent être accessibles à toutes les personnes de bonne volonté sans autre condition que le respect de la discipline des Etablissements-écoles et une bonne tenue.

Quant aux autres points, nous sommes d'accord. Il faut, et ce n'est que justice, que l'avancement ne soit donné qu'aux infirmières diplômées, qu'un règlement détermine des règles fixes pour l'avancement, qu'aucune infirmière diplômée ne soit renvoyée sans une décision des commissions administratives ou, à Paris, du directeur de l'assislance publique, l'intéressée entendue.

A Paris, tous les ans, l'un des professeurs ou nousmènie, publions un rapport sur les travaux des écoles, et à la distribution des diplômes, qui a lieu à la Salpêtrière, nous donnons un résumé d'ensemble qui permet d'avoir une opinion précise des progrès réalisés. Il est suivi delà liste des diplômées. Enfin, nous avons fait ouvrir un Registre à la Pilié pour l'inscription des garde-malades diplômées, réclamé l'organisation, dans chaque école, d'un amphithéâtre, d'une salle de réunion, dune bibliothèque, d'un musée à l'usage exclusif des élèves. Avec le concours de ^I. Petit-Vendol, nous avons pu avoir un embryon de musée à la Pitié, avec M. l'économe de Villejuif, un commencement de bibliothèque dans cet asile,

Nous avons tenu à rappeler ces faits, trop ignorés même de ceux qui devraient les connaître en détail et qui devraient, par des visites sérieuses, se renseigner exactement

sur le fonctionnmionl des écoles. En terniinHiil. nous applaudi'^sons aux efforts lentes par notre ami et dévoué collaborateur Sorel pour doter le Havre d'une école modèle. {Progrès médical, 1903, p. 370.)

BOURNEVILLE.

La laïcisation des hôpitaux et l'enseignement professionnel des infirmières en France .

Soit dans le Progrès médical, soit dans des discours aux distributions des prix des écoles d'infirmières ou ailleurs, nous avons signalé les abus, les gaspillages, les interventions malheureuses, néfastes, des religieuses hospitalières dépendant des ministères de l'intérieur, de la marine et de la guerre (1). Comme solution, nous indiquions la création d'Ecoles d'infirmières dans les grandes villes, notamment celles où existent des Facultés ou des Ecoles de médecine afin d'avoir tout un personnel instruit, capable, obéissant, respectueux des règlements administratifs, des idées religieuses ou non des malades. Cette opinion, appuyée sur des faits nombreux, jamais démentis, nous a valu les attaques les plus violentes. Aujourd'hui, elle vient de prévaloir. Du côté des hôpitaux de la marine, la solution parait complète et, pour l'édification de nos lecteurs, nous allons mettre sous leurs yeux le remarquable rapport de notre ami Camille Pelletan, ministre de la marine.

(l) En ce qui concerne les liôpitaux civils, nos lecteurs savent à quoi s'en tenir. Ils n'ont pas oublié sans doute les nombreux extraits des registres de l'ancien Hôtel-Dieu que nous avons réunis en volume avec Rousselet. On y retrouve tous les faits mentionnés dans le rapport de M. Pelletan... et d'autres. (Rousselet (A). — iSotes sur l'ancien Hôtel-Dieu de Paris^ relatives à la lutte des administrateurs laïques contre le pouvoir spirituel et aux abus et désordres commis par les religieuses et les chapelains, de 1505 à 1789, avec une préface par le D"' Bourneville. Volume in-(S<' de xxsii-242 pages, avec une eau-forte. — Prix : 5 fr. — Pour Jios abonnés. 2 fr. 50.) — Voir aussi Proqi'ès Médical, passim, et 1903, P 271, 295, 317.

Ecoles d'Infirmières. 1902-1903.

La laïcisation des hôpitaux de la marine.

Le rapport du miiiislre de la marine.

Des arrêtés du Directoire en date du 10 pluviôse an VI et du 7 vendémiaire an VIII ont décidé que les hôpitaux de la marine seront « desservis, s'il est possible, par des hospitalières, lesquelles ne pourront jamais en avoir l'entreprise >-. Un rèoflement impérial du 16 vendémiaire an X!I a déterminé les fonctions que les sœurs rempliraient dans ces établissements. La situation créée de la sorte, il y a un peu plus d'un siècle, dure encore aujourd'hui. Mais il est douteux qu'elle réponde aux intentions de ses auteurs. Contrairement à ridée que le public se fait du rôle des religieuses, elles sont surtout occupées par la direction des ateliers et des magasins, par la gestion du matériel, par les comptabilités que de telles attributions comportent. Il ne semble pas qui! y ait lieu de s"en féliciter.

Ingcrcnce des sœurs dans la gestion du matériel.

A la suite d'un incident récent, qui s'est produit à Toulon, et autour duquel la, presse a fait un certain bruit, j"ai dû ordonner un examen minutieux de l'administration de nos hôpitaux en général et du rôle qu'y jouent les religieuses en particulier. Les rechorehes auxquelles j'ai fait procéder ont révélé un état de choses tout à fait irrégulier et singulièrement grave. Au mépris des règlements en vigueur, et des principes les plus élémentaires de toute administration bien ordonnée, les sœurs se sontemparées des attributions etdes prérogatives les plus inconciliables. Les clefs des dépôts où le matériel est recueilli sont sorties des mains des fonctionnaires qui devaient les garder pour tomber dans leurs mains. Elles cumulent la direction des ateliers où le matériel est créé ou réparé, avec celle des iuagasins où il est conservé et avec la disiribution aux services où il est employé et consommé. Ainsi tout contrôle efficace sur les quantités existantes et les mouvements des objets ou des provisions, se trouve à peu près impossible ; et la gestion d'un matériel considérable devient en quelque sorte fiduciaire.

Je lis dans un rapport du contrôle sur l'hôpital de Cherbourg:

La règle chaque jour est eni'roiute à riiopital, ce n'est pas seulement que tout comptable est seul chez lui dans son magasin, c'est

aussi qu'il est chez lui. Dans la plupart des locaux qui viennent d'être examinés, ce n'est pas, en somme, de n'avoir chacun qu'une des clefs, que les comptables, garde-magasin et gestionnaire seraient fondés à se plaindre ; c'est de les voir, liin et l'autre aux mains d'un tiers, avec cette aggravation cjue ce tiers est également l'agent du principal service consommateur : c'est, en effet, la sœur supérieure ou ce sont les sœurs qui détiennent ces clefs et parfois les détiennent seules. Ce qui se passe à la buanderie, se passe aussi à la couture, à la menuiserie.

En un mot, le magasin, d'une façon générale, à quehjuc comptabilité qu'en ressortisse le matériel et quel que soit le comptable qui en a la charge, est le domaine des sœurs... 11 est incontestable que si les choses s'agencent de la sorte au consentement de tous, c'est parce qu'il s'agit des sœ'urs et non de telles ou telles autres personnes. Mais une réglenientalion peut-elle dépendre dans son iirincipe de ceux (jui auront à l'appliquer ";•

D'un autre côté, je lis dans un autre rapport du contrôle, sur l'hôpital de Brest :

Les sœurs tiennent une comptabilité à leur usage pour le matériel du gestionnaire, elles ont les clefs de ses magasins, disposent de ses approvisionnements et savent seules comment il est réparti. Alors ([ue dans tous les services on sépare soigneusement les magasins, les salles et dépots, les ateliers, en les confiant respectivement à des personnes différentes, à l'hôpital de Brest, c'est le personnel des sœurs et spécialement la sccur supérieure qui a la haute main sur tous les services du gestionnaire. 11 serait donc facile à celle-ci de masquer des déficits ou des excédents, de se procurer des économies illicites de divers objets, etc., etc.

A Toulon, où l'enquête a été plus longue et plus minutieuse, elle a fait connaître une situation aussi étrange qu'inacceptable. Là, les sœurs ont à leur disposition des approvisionnements considérables. appartenant à la marine, qui ne sont pas pris en charge, et dont l'existence n'était constatée jusqu'ici par aucun document officiel. Il y a dans ce matériel un pêle-mêle qui témoigne d'un désordre singulier, remontant à une longue série d'années. On y trouve, à côté de meubles, d'argenterie de table, d'étofTes, de vêtements, d'ustensiles de toute nature, etc., jusqu'à des pelles de terrassiers, une hache de bùciieron, des tubes de chaudières, des rechanges de machines, etc.. etc., comme si les résidus de tous les services delà marine étaient venus s'y échouer. Maison y trouve surtout, avec un bizarre approvisionnement de métaux en barres ou en feuilles, d'importantes quantités d'étofTes, de iinge, de vaisselle, d'objets de ménage. Une

partie de ce matériel est en surnombre dans les services diricrés par les sœurs ; une autre s"entasse dans des armoires, dans des combles, dans des caves, dans des débarras de toutes sortes, dont les sœurs ont seules les clefs.

Récents abus.

Les pratiques les plus déplorables se sont développées à la laveur d'un tel état de choses : tantôt une sœur prend, pour confectionner des objets d'usage courant, une quantité d'étoffes assez excessive pour que la partie qui n'est pas employée constitue def()rtes réserve?, inconnues des comptes ofliciels et dont elle dispose à son gré ; tantôt, au contraire, la sœur fait fondre des ustensiles, dont, quelques-uns sont tout neufs, pour les transformer en barres d'étain brut. Tout cela se fait, bien entendu, sans qu'il subsiste nulle part aucune trace des opérations ainsi effectuées.

\-]n résumé, dit le rapport du contrôle sur les établissements hospitaliers de Toulon, il a été donné aux sœurs, dans le service de.s deux iiùpitaux, une autorité dont elles ont abusé pour se créer des excédents de matériel au moyen d'expédients que l'on peut qualifier de répréhensibles.

Il est inutile d'insister sur l'enormité d'un tel état de choses. Dans tous les services publics, un ensemble de prescriptions minutieuses permet aux autorités compétentes de suivre le matériel dans tousses mouvements, d'en constater les quantités, d'en l'égler l'usage, de n'en autoriser l'entrée, l'emploi, la transfoimation ou la destruction qu'après vérification et sous les garanties les plus précises et de rigoureuses, sanctions attendent, en cas de faute, les responsabilités engagées. Des services où de telles précautions ne seraient pas prises se condamneraient aux gaspillages les plus ruineux.

La conception d'approvisionnements importants appartenant à l'EtPt, dont une seule personne connaît l'existence, dont elle dispose à son gré, sans autre garantie que la confiance qu'on lui accorde, qu'elle emploie, transforme ou détruit comme il lui convient, sans qu'il reste aucune trace de ses opérations, n'éveille pas seulement l'idée d'un désordre sans précédents : c'est encore un défi au sens commun. Et il est inou'i de penser (lu'au mépris de toutes les prescriptions auxquelles ils doivent obéir, non seulement des agents secondaires, mais des autorités de l'ordre le plus élevé de la marine, ont non seulement eu sous les yeux, mais encore

organisé ou laissé organiser et couvert un pareil renversement de toutes les règles et de toutes les garanties dont ils avaient la garde.

On comprend, en présence d'un tel état de choses si anormal, l'impression produite s^r le public, quand la presse lui a appris, à la fin de septembre, que les sœurs venaient d'expédier à une de leurs maisons vingt-quatre pesants ballots, chargés de 900 kilogrammes de linge, d'objets de ménage et de matériel du culte (l).Tout en possédant une liste sommaire d'objets qui composaient cet envoi, nous n'avons plus les moyens d'en établir la nature exacte avec une précision suffisante...

Il semble donc impossible de tirer de l'incident une conclusion précise. Mais les faits que cet incident a fait connaître subsistent, et doivent être retenus à deux points de vue. Tout d'abord — aije besoin de le dire — il est urgent de mettre un terme à un tel désordre. Puis il y a lieu de se demander comment de tels abus ont pu s'établir et éviter jusqu'ici la lumière. Par quel concours presque universel de consentements ou de soumissions les fonctions et les clefs confiées à certains des employés de la marine ont-elles pu passer sansprotestation et sans bruit dans les mains des religieuses ? Comment expliquer que de telles pratiques se soient développées, contre les prescriptions formelles des textes en vigueur, contre les condiiions élémentaires de toute administration régulière, sans être arrêtées, ni parles agents dont elles réduisaient le rôle à une simple fiction, ni par la direction placée à la tête de nos hôpitaux, presque sous le^ yeux lies autorités supérieures des ports, et à côté du contrôle si vigilant charge de surveiller, pour le ministre, le fonctionnement de tous les services ?

La cause.

Il est impossible de ne pas voir dans quelle large mesure ces résultats ^i étranges tiennent au caractère propre de l'élénieni étranger à la marine introduit dans nos hôpitaux. Ce qu'ont en face d'eux les chefs des établissements desservis par les sœurs, ce n'est point un personnel semblable à ceux

(1) Ces enlèvements rappellent ce qui s'est passé autrefois à l'Asile clinique et plus récemment à l'hôpital Saint-Louis et qui ont été l'objet de nombreux articles dans la presse et d'une discussion vive au Conseil municipal.

— ;WC) —

qui sont attachés aux autres services publics, ne connaissant d'autre autorité que l'autorité de leurs supérieurs administratifs ou militaires et pleinement responsables devant eux en fait comme en droit ; cesont des femmespliees.il est vrai, à une obéissance absolue, et acceptant avec une entière abnéfration une discipline rigoureuse, mais sous les ordres de pouvoirs monastiques complètement indépendants de la marine et de l'Etat : ou plutôt, c"est l'institution religieuse à lacpielle les sœurs appartiennent, avec son esprit propre, sa puissante unité d'action et la force que lui donne l'Eglise dont elle relève. Peu importe le caractère individuel des sœurs qui se succèdent dans chacun de nos établissements hospitaliers. C'est celle institution elle-même, qui à travers leurs fonctions passagères, continue son action et poursuit ses empiétements. C'est elle qui s'efforce de briser une aune les résistances qu'elle rencontre. Et comment ne devineraiton pas, alors même que les faits ne les mettraient pas en lumière, les complaisances ou les appuis qu'elle est certaine de ne pas demander en vain, dans les services de la marine, à de profondes convictions religieuses, très respectables assurément, mais auxquelles il est impossible de sacrifier les principes primorrliaux de toute bonne gestion ? Ces concours, ces complaisances, on les retrouve à chaque pas dans la création de l'état de choses que je viens de décrire.

D'ailleurs, avec le régime actuel, au cas de faute ou d'abus graves, où sont les responsabilités ? On les dégage aisément a l'égard des autres personnels : l'agent négligent ou coupable peut être puni ou brise sans délai. Mais quelle prise en pareil cas la marine a-t-elle sur les religieuses '^Tout ce qu'on peut attendre en cas de faute grave, c'est qu'une des sœurs quille l'hôpital pour rentrer dans une maison de son ordre : elle sera remplacée par une autre sœur appartenant à la même institution, et obéissant à une direction identique. Faible ressource pour corriger des pratiques aussi mauvaises ! N'est-ce [)as une vérité reconnue de tous, qu'il n'y pas de gestion sérieuse de matériel sans responsabilité eifective 't

Le remède.

Il semble donc que le seul moyen d'éviter le retour des abus (jui viennent d'être indiqués est de renoncer à faire desservir les hôpitaux de la marine par un personnel cougréganiste.

La marine possède à cet égard toute sa liberté d'action : elle n'est liée à aucun ordre religieux par aucun contrat dont on ait trouvé trace dans ses arcliives : la présence des sœurs n"a d'autre titre que des décisions du pouvoir exécutif, sur lesquelles le pouvoir exécutif peut toujours revenir. Dans ces conditions je cherche en vain quelles objections valables on pourrait opp^'ser à la mesure que je propose. Si une importante portion du public croit très utile à nos établissements hospitaliers les services des femmes qui, par les vœux qu'elles ont prononcés, ont renoncé pour cllernêmos à toutes les joies de la vie, c'est en raison de l'esprit de dévouement que réclament iessoius à donner aux souffrances et aux infirmités humaines.

Je n'ai pas à discuter si, comme nous le pensons, on peut trouver le même dévouement chez des laïques, puisque j'ai déjà rappelé que les fonctions remplies par les sœurs, dans les salles denos malades, étaient très restreintes et d'importance trèssecondaire. On ne voit pas pour quel motif un personnel religieux conviendrait mieux qu'un autre aux achats, à la gestion et à l'emploi d'un matériel quel qu'il soit. Dans la plupart de ses attributions, le personnel des sœurs ne fait que superposer son action à des fonctions déjà remplies par le personnel propre à la marine. La disparition des religieuses n'entraînerait donc ni difficultés de service ni augmentation de dépenses. C'est ce dont il est aisé de se convaincre en passant rapiciement en revue leurs attributions actuelles.. .

Dans les salles de malades, les sœurs sont chargées de la distribution du linge, de celle des aliments et de la surveillance de l'administration des médicaments. Elles font aussi des rondes de nuit. La marine possède un excellent corps d'inirmiers, au dévouement, à la capacité duquel tout le monde rend hommage.

Le service de distribution de linge fonctionnera par leurs Soins comme la veille ; quant aux deux autres, les infirmiersmajors s'en ac'iuitteront comme ils le font dans ceux des hôpitaux militaires delà guerre qui ne sont pas desservis par des religieuses.

Dans le service de l'alimentation, les sœurs sont chargées des achats journaliers, delà garde et de la distribution des denrées (service de la dépense) et de la surveillance de la cuisine. La première de ces fonctions revient naturellement au gestionnaire ou à un de ses agents et la seconde à un de

ses sous-ordres, du orpade de commis au moins. Quant à la surveillance de la cuisine, elle doit réprlementairement être faite par le orestionnaire, le sous-directeur ou le médecin résident. Le premier cuisinier pourra la compléter.

Dans le service des atelier.-?, les sous-dirigeants surveillent le travail de la buanderie, de la lingerie et de la matelasserie. Il est aisé défaire surveiller les buaridiers et buandières par un ouvrier chef d'atelier. Il en sera de même pour la malelasserie et la lingerie : une première ouvrière remplacera la sœur.

Dans les magasins, la direction exercée par les sœurs est, comme on la vu, contraire aux règlements. Il ne reste qu'à la restituer atix agents auxquels elle appartient. Lestravaux d'écriture que faisaient les sœurs seront etl'eclués par des commis. Il y en a en surnombre dans d'autres spécialités. Quant au matériel du culte, dont la garde était confiée aux sœurs, il appartient au service de la flotte et rentrera dans ses magasins.

S'il y a lieu, pour organiser ainsi les services, d'augmenter de quelques unités le nombre des gradés parmi les infirmiers et celui des ouvrières à la lingerie, le crédit aujourd'hui dépensé pour les sœurs y suffira largement.

Si vous approuvez les considérations que je viens d'exposer, je vous prie de revêtir de votre signature le présent décret.

Je vous prie d'agréer, Mon."=ieur le président, l'hommage de mon respectueux dévouement,

Camille Pelletan.

Le Président delà République française, vu l'arrêté du Directoire exécutif sur le service de sauté de la marine du 7 vendémiaire an VIII ; vu le règlement sur f économie intérieure des hôpitaux de la marine du IG vendémiaire an Xlli ; vu l'ordonnance du 14 Juin 1844 concernant le service administratif de la marine ; vu les décrets des 29 juin 1876 et 15 septembre 1882 concernant les infirmiers maritimes et les divers agents des hôpitaux delà marine ; vu le décret du 31 mars 1890 attribuant aux directeurs du service de santé l'administration et la police des hôpitaux de la marine, décrète :

Article premier. — Les hôpitaux de la marine cessent d'être desservis par des sœurs hospitalières.

Art. 2. — Le ministre de la marine est chargé deTexécution du présent décret.

Fait à Paris le 10 novembre 1903.

Signé : E. Loubet.

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