‹ L'hysterie de Sainte Therese. --Chapitre 24 sur 29 · Epilogue · texte numérisé non relu

Epilogue

On télégraphie de Toulon :

A la suite du décret laïcisant les hôpitaux de la marine, iM. Pelletan a relevé de leurs fonctions à Toulon le directeur du service de santé Rouvier et le gestionnaire Esquier. Cette nouvelle vient de parvenir à l'hôpital et les disgraciés ont été invités à se démettre de leurs fonctions. Ils sont accusés de négligence dans leur service. Les sœurs de la Sagesse vont quitter l'hôpital sous peu et regagner leur maisonmère.

Le Journal officiel du même jour (11 novembre) renferme un arrêté de M. Camille Pelletan réorganisant le service dans les hôpitaux maritimes. Il s'applique au Service des salles de malades^ au Service des ateliers et au Service des magasins. Nous reproduisons la première partie, qui seule nous intéresse.

Service des salles de malades. — La surveillance des inQrmiers affectés au service des salles pour les soins à donner aux malades et la distribution des médicaments et des aliments, est exercée par les infirmiers-majors.

Les infirmiers-majors des salles exigent que les infirmiers sous leurs ordres remplissent exactement leurs devoirs ;ils veillent au bon ordre des salles, assurent leur propreté, y font maintenir la température déterminée par le médecin traitant et tiennent la main à ce qu'elles soient convenablement aérées. — Ils doivent être présents à la visite ; ils assistent aux distributions ; ils font de fréquentes tournées dans les salles, afin de pourvoir sur-le-champ aux besoins des malades et de faire connaître au médecin traitant le résultat de ses observations.

Chaque infirmier-major fait tous les matins au médecin traitant un rapport particulier.

Les infirmiers-majors sont spécialement chargés de distribuer aux infirmiers sous leurs ordres le linge de corps ou

— 'idO —

de lit destiné à renouveler celui des malades et de veiller à la remise exacte du linije sale.

Nous adressons nos plus vives félicitations à M. C. Pelleta n, pour la mesure énergique et motivée qu'il a prise et pour la rapidité apportée à l'exécution. Voici, en elTet, ce qu'on lit dans le Petit Var du 14 novembre :

Un groupe de six religieuses a quitté Saint-Mandrier et est parti par le train de deux heures de l'après-midi à La Seyne. Un deuxième groupe, provenant toujours de Saint- Mandrier, partira à la même heure aujourdhui.

Les religieuses de Thôpital principal de Toulon s'en iront dans le courant de la journée, car à partir de demain malin leur alimentation n'est plus prévue dans les dépenses des liôpitaux.

Pendant toute la journée, hier, en présence d'une commission, à la tète de laquelle se trouvait M. le contrôleur en chef Latly, on a vérifié les ballots emportes j)ar les « saintes tilles de la Sagesse ». On a débarrassé les objets du culte, lesquels ont été remis au service de lailotte de l'arsenal.

Le nouveau service a commencé à fonctionner et nos intrépides infirmiers unissent tous leurs efforts pour que rien n'ait à souffrir du brusque, mais utile changement opéré dans nos deux établissements hospitaliers. Ce personnel, avons- nous besoin de le dire, est enchante du départ des religieuses, qu'il a vues à l'œuvre de très près, car il a eu à souffrir continuellement de leurs agissements

Laïcisation des hôpitaux militaires.

Dans la séance du 12 novembre de la Chambre dos Députés, M. Bouveri a réclamé la laïcisation complète des écohîs pr('>paratoires militaires. Leministre de la guerre, le Général André, a fait la déclaration suivante :

M. LK MINISTRE DR LA GUERRK. — Eu cc qui couceme la la'icisation des établissem.ents militaires, cette laïcisation étant de règle dans les établissements civils, j'entends qu'elle soit également appliquée dans les établissements militaires. Il y a un an, j'ai laïcisé l'infirmerie de fécule d'application de l'artillerie et du génie de Fontainebleau : ce n'est pa-; un éta-

blissement inconnu ; il est destiné aux sous-lieutenants élèves d'artillerie et du génie.

J'étudie en ce moment la laïc sation de l'hôpital militaire de Marseille, maisje ne laïciserai cet établissement que lorsque je me serai assuré les moyens de remplacer les sœurs par des infirmiers ou des infirmières laïques. Je suis bien décidé à laïciser et je pense que cette déclaration donne toute satisfaction à M. Bouveri. {Très bien ! très bien ! surdivers bancs).

M. Bouveri. —La promesse de M. le ministre de la guerre de laïciser les services militaires au fur et à mesure des possibilités budgétaires nous donne satisfaction, mais nous sommes un peu sceptiques et nous voudrions bien que les études qu'on nous promet ne durent pas dix ans.

M. LE MINISTRE DE LA GUERRE. — Nous vcrroiis Cela au budget de l'an prochain.

M. Bouveri. — Depuis trente-deux ans que la République existe, nombreuses sont les réformes quelle a étudiées, mais combien peu ont été mises en pratique. Nous réclamons la laïcisation à bref délai, c'est le désir de la nation tout entière. (Bruits à droite)

Dans la même séance, M. Dejeante, avec plusieurs de ses eoUèg'ues, a déposé un projet de résolution ainsi conçu :

« La Chambre invite M, le ministre de la guerre à laïciser tous les services dépendant de son ministère »

M. Dejeante. — Messieurs, je regrette naturellement le refus par lequel M. le ministre de la guerre a accueilli l'amendement et le projet fie résolution précédent que nous avons eu l'honneur, mes amis et moi, de déposer sur le bureau de la Chambre. J'eus été heureux de voir M. le ministre de lo guerre suivre l'exemple de M. le ministre de l'intérieur et de M. le minisire de la marine qui vient, par sa circulaire, de démontrer d'une façon éclatante les abus, pour ne pas dire plus, dont les religieuses se rendent coupables ; je dis donc que M. le ministre de la gnerre aurait pu accepter, comme ses collègues l'ont fait dans des cas analogues, notre projet de résolution ; j'espère que l'exemple de ses collègues incitera M. le ministre de la guerre à faire comme eux, c'est-à-dire à laïciser ses services. Dans ces conditions, espérant qu'il tiendra compte des vœux exprimés par le

pays et par le Gouvernement, je consens à retirer notre projet (le résolution.

M . le ministre de la guerre nous paraît s'exagérer considérablement les difficultés de sa tcàche: 1-ou bien il remplacera les religieuses par des laïques et il trouvera aisément le personnel parmi les infirmières et les élèves libres diplômées, et peut s'en procurer un grand nombre en conseillant aux veuves ou orphelines de son département de suivre imméciiatemj c les cours des Ecoles ; 2" ou bien il procédera comme Pelletan et prendra des infirmiers, dont nos confrères de l'armée sont tout prêts à compléter l'instruction professionnelle. S'il a recours <à ce procédé, qui ne constituerait pas une innovation, e?i quelques mois, selon les délais fixés dans ses traités avec les congrégations, il aura accompli la réforme attendue depuis si longtemps et, nous n'en doutons pas, à la grande satisfaction des médecins militaires.

Vn personnel soignant exclusivement masculin ne serait pas chose nouvelle, avons-nous dit. En ell'et, l'hôpital militaire de La Rochelle, laïcisé depuis 1837 environ, offre cette particularité très intéressante, c'est qu'il n'y a pas une seule femme. Nous l'avons visité en 1803, lors du (jongrès des aliénistes et neurologistes et nous avons constaté que, grâce au zèle et à l'activité de notre ami le D' Bachelet, cet hôpital était bien tenu (1). En 1898, à la distribution des prix delà Salpùtrière, après avoir rappelé ce que nous avions vu à La Rochelle, nous ajoutions : « Les 59 hôpitaux militaires de l'Algérie sauf ceux du Dey à Alger, d'Oran, de Gonstantine et deBône n'ont pas de religieuses. Il en est de même des sept hôpitaux militaires de la Tunisie, à l'exception de celui du Belvédère ». Cette année, nous avons donné une liste que nous croyons exacte de tous les hôpitaux exclusivement militaires, situés en France (2). Ils sont au nombre

(1) Cité dans notre discours h la distribution des prix de la Salpètriére en 18U4.

(2) Progrès Médical, 1903, p, 2U5, voir aussi p. 271 et 317.

de 33. Vingt-deux sont laïques. Le général André n'a donc que oii^e hôpitaux à laïciser. Son effort, l'an dernier, a abouti à la laïcisation de l'infirmerie de l'Ecole d'application de Fontainebleau. De ce train il lui faudrait on:{e ans pour laïciser tous les hôpitaux militaires. Aux députés, interpellateurs, à accélérer la marche. Le général André trouvera dans son domaine, s'il veut voir, nous le répétons, des abus aussi grands que ceux qu'a relevés courageusement son collègue de la marine.

Laïcisation des Hôpitaux civils (1).

M. LE PRÉSIDENT. Daiis sa séance du 30 octobre, la Chambre a décidé qu'elle statuerait ultérieurement sur un projet de résolution déposé par M. Dejeante et concernant le ministère de l'intérieur.

Ce projet de résolution est ainsi conçu : « La Chambre invite M. le ministre de f intérieur à laïciser tous les services de son ministère. »... La parole est donnée à M. le président du conseil.

M. Emile Combes, président du conseil, mimstrc de l' intérieur et des cultes. Je crois savoir que les établissements visés par M. Dejeante sont les institutions des jeunes aveugles et celle des sourds-muets. Or ces établissements sont laïcisés depuis huitou dix ans. M. Dejeante a donc satisfaction.

M. Dejeante. Il y a d'autres établissements que ceux que vous venez de citer, M. le président du conseil.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL, ministre de rintérieur. Je me suis reporté aux parules que vous avez prononcées à la tribune ; il n'y est question que des jeunes aveugles et des sourds-muets.

M. Henry Ferrette. Il y a des sœiirs chez les sourdsmuets, M. le président du conseil.

M. le PRÉSIDENT. La parole est à M. Dejeante.

M. Dejeante. Mon projet de résolution ne vise pas seulement les sourJs-muets et les jeunes aveugles, où il y a des sœurs de charité ; il y a d'autres établissements, notamment lesélablissements pénitentiaires, les hospices mêmes, où il existe encore des aumôniers. M. le président du conseil a

il) Séance du 5 nov.

lui-même reconnu que l'enseignement con^réganiste devait disparaître de nos institutions dt^mocratiques ; je viens en conséquence aujourd'hui lui demander détenir sa promesse, c'est-à-dire de laïciser tous les étai^lissemenls dépendant de fon ministère.

Il y a entre la congrégation et la République, une lutte que M. le président du conseil a dénoncée. C'est, disait-il, une question de vie ou de mort pour la République ; son devoir est donc de mettre un terme à cette lutte en supprimant dans nos administrations tout ce qui subsiste d'institutions congréganistes ou cléricales.

On a invoqué contre le principe de la laïci'^ation de nos services une raison d'économie. Je tiens à protester contre cet argument. Si les frères, lessœurs ouïes moines qui sont dans nos établissements coûtent moins cher que les laïques, la thèse de laïcisation soutenue par le Gouvernement ne se justifie plus ; il n'y a pas de raisons i' opposer à nus adversaires qui demandent au Gouvernement, dans l'intérêt descontribuables, de remplacer tous, les laïques par des frères ou de sœurs. (Tr.cs bien .'très bien ! à -droite.)

Vous êtes logiques dans votre opposition, messieurs de la droite, mais vous me permettrez de rappeler au Gouverne-, ment que la question d'économie est secondaire et, que la question morale joue un rôle primordial. {Interruption à droite et sur divers bancs au centre.)

M. DE BouRY. Ce n'est pas l'avis des contribuables.

M. Deje.'Vnte. Je tiens d'ailleurs à rétablir la réalité des faits. Les prêtres, les aumôniers ou les sœurs ne sont pas une économie pour l'Etat; au contraire, ils coûtent plus cher que les laïques. {Interruptions à divitc.)

On l'a prouvé dans bien des hôpitaux où l'on a constaté que, pour faire la besogne de deux ou trois laïques, il faut cinq ou six sœurs et elles emploient toutes sortes de moyens détournés pour s'approprier les propriétés et les produits de l'Etat, des déparlements ou des communes.

M. Albert Congy. 11 faudrait faire uu référendum auprès des malades.

M. LE COMTE DE PoMEREu. Vous avcz, VOUS, Ics fouds sccrcts et vous allez voter tout à l'heure pour le président du conseil.

M. Deje.vnte. Nous verrons aussi quelle sera votre altitude à vous qui les avez toujours votés, alors que nous les avons toujours repoussés sous, tous les ministères.

La laïcisation que je réclame de M. le miiiislre du conseil ne portera aucune atteinte à la conscience des personnes qui dépendent des services du ministère de Fititérieur.Pour le prouver, il me suffira de citer ce qui s'est passé au ministère des colonies l'an dernier.

M. le miaistre des colonies avait accept'î le principe du projet de résolution que j'avais eu l'honneur de déposer sur le bureau de la Chambre et qui est le même que celui que je soumets à vos délibérations. Y a-t-il eu la moindre plainte au sujet d'une atteinte quelconque portée aux sentiments religieux de qui que ce soit ? Non ! Je crois qu'il en sera de même en la circonstance et que la conscience ou les sentiments religieux des personnes qui ont affaire au ministère de l'intérieur n'auront nullement à souflrir de cette suppression ; au contraire.

Je demande donc à M. le président du conseil d'appliquer le principe qu'il nous a si souvent énoncé et de la'iciser tous les services du Gouvernement qui n'ont rien à voir avec le Concordat et avec le budget des cultes, et je prie la Chambre de vouloir bien adopter mon projet de résolution. {Applaudissements à l'extrême gauche.)

M. LE PRÉSIDENT. La parolc est à M. le président duconseiL

M. Emile Combes, président du conseil, ministre de lintdrieur et des cultes. Messieurs, je suis d'accord avec M. Itejeante pour déclarer qu'effectivement la question de laïcisation n'est pas une question de pure économie : c'est une question de direction politique. Je m'efforcerai, dans la mesure du possible, d'étendre les laïcisations à tous les services qui relèvent du ministère de l'intérieur.

M. Gayraud. Jusqu'à la chapelle de l'Elysée inclusivement.

M. LK PRÉSIDENT Hu CONSEIL, minislrc de Vinlrricur et des cultes. Je ne ferai en cela que déférer à des invitations déjà anciennes de la Chambre. Si les colonies pénitentiaires n'ont pas été laïcisées, si nous avons été obligés jusqu'à ce jour, sur les 588 pupilles de cette administration, d'en confier 388 à des établissements tenus par des congréganistes, ce n'est pas la faute du Gouvernement.

C'est en 1899, dans la séance du 5 déf^embre, que la C^hambrea invité le Gouvernement à faire cesser cet état de choses. Mai-; quand le Gouvernement a proposé dans son projet de budget pour 1902 un crédit de 134.000 fr. tendant à cette

fin, la commission du budget n'a pas jugé à propos de l'accorder.

M. GuNKO u'Ornano. Vous deviez le proposer.

M. LE LiKUTENANT-coLONEL RoussET. La commission du budget est donc cléiicale ?

M. LE MINISTRE DE l'intérieur ET DES CULTES. Le Gouvemcment satisfera à votre désir et proposera le crédit au budget de l'année prochaine. (Applaudissement& à gauche.)

M. Dejeante. Je demande au Gouvernement d'accepter au moins le principe de mon amendement,

M. LE président. Le Gouvernement la dit.

M. Dejeante. Je prends acte de cette promesse et j'espère qu'elle sera tenue. [Très bien ! très bien ! à l'extrême gauche.)

M. LE président. Ij'incident est clos.

Le projet de résolution de M. Dejeante n'a presque plus raison d'être en ce qui concerne les établissements nationaux de bienfaisance qui dépendent du Ministère de l'Intérieur. Il n'y a plus de sœurs à l'Institution des sourds-muets et à l'Institution des jeunes aveugles de Paris, ni aux Asiles de convalescence de Vincennes et du Vésinet depuis 18S8. Ces laïcisations sont dues à nos amis Ch. Floquet et Léon Bourgeois que nousavonstrop tourmentés dans ce but pour l'avoir oublié. Nous les avions poussés à laïciser promptement l'Asile national des Quinze-Vingts et la Maison Nationale de Charenton. A notre regret, lamesure avait été reculée au mois de février et au mois de juillet 18S9, en dépit de nos insistances. Le Ministère Floquet a^'ant été renversé, des interventions fâcheuses ont empêché l'exécution de ces arrêtés. Le mal est aujourd'hui réparé : M. Combes ala'ïcisé la Maison de Charenton le l^"" octobre dernier et l'Hospice des Quinze- Vingts doit être la'icisé le 15 décembre. Il ne reste plus qu'à la'iciser l'Institution nationale des sourdes-muettes de Bordeaux.

M. Dejeante a raison quand il dit que, dans la plupart des cas, les la'iques coûtent moins cher que les religieuses. Nous en avons donné maintes fois la preuve, nous le démontrerons encore prochainement à propos de Thospic'e de Blois. (Voir plus haut, p. 376.)

Enseignement professionnel.

Tous les ans, à la distribution des diplômes aux élèves des quatre Ecoles municipales d'infirmières, qui a lieu à la Salpêtrière, nous essayons de donner la statistique des Ecoles qui existent dans notre pays. Voici les renseignements extraits de notre discours du mois de juillet dernier :

« D'après une note que nous devons à l'obligeance de M. Monod, directeur de l'Assistance publique au Ministère de l'Intérieur, il existerait des écoles ou des cours d'infirmières dans les villes suivantes : Dijon (Côte-d'Orj ; Besançon (Doubs) ; Toulouse (Haute Garonne; : Béziers, Montpellier (Héraulti ; Saint-Etienne Loire : Reims Marne] ; Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; Lille (Xordi ; Lyon Rhône); Rouen, Le Havre, Dieppe, Fécamp, Lillebonne Seine-Inférieure). « Ajoutons à cette liste, d'après des renseignements personnels, Alais, Glermont-Ferrand, Grenoble, Limoges. Nantes.

Ces renseignements indiquaient qu'il se produisait enfin dans notre pays un mouvement très sérieux en faveur de \ enseignement professionnel an personnel secondaire des hôpitaux et hospices, grâce sans doute à la circulaire de M. Combes. Ce mouvement paraît s'accentuer ainsi qu'il résulte des documents que nous allons placer sous les yeux de nos lecteurs.

Création d une école pour le personnel secondaire des établissements hospitaliers de Nancy.

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