ALIMENTATION
particulière à celle-ci. Elle doit être réglée par le médecin d'une façon très stricte, et Ton ne doit faire aucune concession aux malades sur la variété et sur la quantité des aliments. Nous aurons l'occasion d'entrer dans plus de détails à propos du traitement de l'anorexie, mais dès maintenant je dois dire qu'il faut s'abstenir d'instituer des régimes alimentaires spéciaux^ soit comme nature d'aliments, soit comme heures auxquelles ils doivent être pris. Un petit déjeuner le matin, déjeuner à 11 heures ou midi, dîner à 6 ou 7 heures.
Les malades doivent être pesés régulièrement et, pour éviter toute fraude ou toute erreur venant du costume, il est bon de les peser en peignoir de douches au moment où elles vont en prendre. Cette pesée, faite tous les cinq ou huit jours, tient les malades en haleine, et le médecin a un argument décisif à leur opposer quand elles prétendent qu'elles mangent trop et cherchent à diminuer leur quantité d'aliments : c'est leur poids, chiffre brutal contre lequel viennent se heurter tous les raisonnements. Quand elles savent qu'elles doivent avoir augmenté, qu'elles doivent avoir attemt tel poids pour obtenir ce qu'elles désirent, elles sont les premières à s'intéresser à cette augmentation qu'elles redoutaient auparavant et faisaient même quelquefois tous leurs efforts pour évir ter.
C'est dans une foule de petits procédés de ce genre, qui ont pour but d'intéresser les malades elles-mêmes à leur guérison, qui leur était indifférente, que consiste en partie l'art de traiter les hystériques. Tout doit être ainsi mis en œuvre par le médecin, et c'est pourquoi il est indispensable qu'il vive au milieu d'elles pour profiter des moindres occasions de leur faire voir les choses sous leur vrai jour, et les forcer à faire attention au lieu de se laisser aller.
De même que le seul moyen de réveiller la fonction musculaire est de faire contracter les muscles, de même le meilleur moyen de réveiller les fonctions digestives est d'exciter l'estomac et l'intestin. Comme ceux-ci n'ont aucune lésion, mais présentent seulement une atonie et une altération de la sécrétion provenant de l'arrêt des
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centres corticaux qui les tiennent sous leur dépendance, le meilleur excitant à employer est l'excitant normal, à savoir une alimentation normale. Il faut même que cette alimentation soit très forte, autrement elle ne saurait réveiller la sensibilité abolie de Testomac et de Tintestin. Or j'ai montré dans des recherches antérieures* que la fonction gastrique était au prorata de la sensibilité de l'estomac, et que le chimisme gastrique suivait les variations de cette sensibilité.
Si, en effet) chez une hystérique dont la sensibilité gastrique est normale, et le chimisme gastrique également normal pendant l'évolution de la digestion du repas d'épreuve, on anesthésie l'estomac à un moment donné de la digestion, on s'aperçoit que la courbe du chimisme gastrique, qui avait été jusqu'alors normale, cesse brusquement de l'être. Elle s'abaisse. Si alors au bout d'un certain temps, pendant lequel elle est restée stationnaire, on rétablit la sensibilité de l'estomac, la courbe du chimisme remonte et reprend sa forme normale. Pendant qu'il y a eu suppression de la sensibilité gastrique il y a donc eu suspension dans les phénomènes chimiques de la digestion (fig. 2 et 3).
Si on provoque l'anesthésie gastrique dès après le repos d'épreuve, on constate que la courbe, après une courte ascension ne suit plus qu'une ascension extrêmement faible et qui, au bout de deux heures et demie, n'a pas encore atteint le point où normalement elle devrait être une heure après l'ingestion du repas. Quand V estomac est insensible^ les phénomènes chimiques de la digestion ne se produisent donc qu'avec une lenteur extrême^ qui explique comment, chez les grandes hystériques, anesthésiques totales, on constate plusieurs heures après le repas la présence dé résidus non digérés dans l'estomac (fig. 4).
On doit donc s'efiForcer de réveiller cette sensibilité des voies digestives, et au lieu de gaver les malades de lait ou
* De l'influence de Vétat de la sensibilité de Vestomac sur les phénomènes de la digestion. Revue de méd., janv. 1895, et Archiv. de Physiol., avril 1895 (en coUab. avec Parmentier).