‹ L'hystérie et son traitementChapitre 12 sur 62 · REPOS AU LIT · texte numérisé non relu

REPOS AU LIT

sième partie à propos de chaque accident que nous examinerons.

Excitations fonctionnelles générales.

Ainsi que nous l'avons vu dans la première ^partie, le trouble fondamental de l'hystérie consiste dans la diminution ou l'arrêt du fonctionnement de l'écorce cérébrale qui se trouve en quelque sorte engourdie, endormie. Gomme elle tient sous sa dépendance toutes les fonctions sensitives, motrices, psychiques, la thérapeutique de l'hys-» térie doit donc avoir pour but unique de réveiller par tous les moyens possibles les fonctions cérébrales. Nous avons vu que l'isolement, en provoquant une réaction physiologique et psychologique, amenait déjà un certain réveil du cerveau dont il fallait immédiatement profiter pour activer le plus énergiquement possible les fonctions organiques et accentuer ainsi la tendance au réveil. Cet isolement, d'autre part, permet seul de procéder d'une façon méthodique à ce réveil, en supprimant toutes les impressions physiques ou morales anciennes liées à l'état pathologique et capables par leur intervention de l'entretenir ou de le rappeler.

Il s'agit maintenant de voir par quels moyens on peut atteindre les centres cérébraux et en réveiller l'activité.

Repos au lit.

J'ai donné tout à l'heure les raisons pour lesquelles, au début de la cure par l'isolement, il était bon de mettre d'abord la malade au repos au lit. Mais ces raisons, d'ordre moral en quelque sorte, ne suffiraient pas à justifier cette manière de faire si elle n'avait avant tout une cause d'ordre physiologique.

Or, la plupart du temps, l'hystérique qu'on se décide à traiter radicalement a subi toutes sortes d'essais thérapeutiques. On a fait la chasse aux symptômes par tous les moyens que la thérapeutique ordinaire et au besoin l'ingéniosité peuvent suggérer suivant les cas.

Il est nécessaire de laisser l'état pathologique normal,

iÔO TRAITEMENT GÉNÉRAL DE l'hYSTÉRIE

si je puis dire, apparaître d'une manière indépendante. D*autre part, cet état pathologique est souvent exagéré par l'entourage même de la malade. Il est de malheureuses hystériques qu'on s'étonne de voir résister à tout ce que la sollicitude d'une famille aux abois peut imaginer. On ne les laisse pas^ un instant tranquilles, c'est une agitation perpétuelle autour d'elles, qui ne fait que les fatiguer davantage. D'où l'utilité de les mettre au repos dès qu'ï>n le peut, pour les laisser se ressaisir. Elles en éprouvent un bien-être considérable toujours. Si elles sont agitées, « énervées », le calme renaît, les accidents bruyants s'apaisent et cessent quelquefois d'emblée.

Dans les cas où les manifestations hystériques étaient sourdes, comme dans l'hystérie viscérale par exemple, ou dans ceux où l'entourage était assez calme, il y a toujours de l'agitation précédant l'isolement, le départ de la maison, la séparation de la famille. Ce sont des préparatifs de voyage ou de départ, ce sont des allées et venues, des recommandations, des discussions. Les malades sont véritablement ahuries, et c'est un soulagement pour elles de se trouver dans une chambre tranquille, loin du bruit, de l'agitation, entourées de personnes qui leur parlent posément, fermement, qui n'ont ni trop de sollicitude, ni d'attendrissement, mais qui font et disent seulement ce qui doit être fait et dit.

Tout ce qui est factice, en quelque sorte, excessif, dans leur état, tout ce qui dans leur hystérie est le résultat de la culture dans le milieu où elles vivaient, tombe comme par enchantement, et l'on se trouve en présence des accidents réduits à leur stricte intensité et à leur nombre réel.

L'attention si faible dont disposent les grandes hystériques peut être attirée sur un petit nombre de points seulement, les plus indispensables à leur traitement, au lieu de la laisser s'éparpiller sur les mille impressions qui viennent les assaillir dans le milieu ordinaire. Le peu de forces conscientes dont elles disposent est concentré par le médecin traitant sur deux ou trois actes demandant un certain eifort. Le séjour au lit les eiqpêche de perdre

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inutilement à des occupations futiles ces forces disponibles. Du reste, les grandes hystériques sont peu capables de travailler ou le font d'une façon tout automatique, qu'il faut empêcher, car cela ne fait que développer cette tendance aux actes inconscients, que le traitement a justement pour but de combattre comme une des manifestations de leur hystérie.

Le médecin doit donc voir de quelle manière la malade travaille; si c'est d'une façon consciente et appliquée, ou au contraire automatiquement. Dans ce dernier cas il vaut mieux suspendre le travail ou la lecture, cette dernière surtout. Le plus grand nombre des hystériques dévorent des volumes, sans en rien retenir, et ne s'aperçoivent même pas quelquefois qu'elles les ont déjà lus. Dans ces conditions» le travail et la lecture ne font que favoriser leur état de rêverie, et tout en ayant l'air de s'y appliquer elles pensent à tout autre chose, et accentuent ainsi le dédouble^ ment de leur personnalité.

Beaucoup, d'ailleurs cessent, avec les progrès de la maladie, de se livrer à aucune occupation. Ce qui n'empêche pas les mères, quand elles les placent dans un établissement, de dire : « Mais ma fille va s'ennuyer; à quoi va-t-on Toccuper, Il ne faut pas qu'elle reste sans rien faire. » — « A quoi s'occupe-t-elle chez elle? » — «A rien; voilà déjà longtemps qu'elle ne peut plus rien faire. » — (c Ehl bien elle continuera sans s'ennuyer davantage, peut-on leur répondre, jusqu'à ce que, son activité cérébrale reparaissant, elle désire elle-même s'occuper à quelque chose. » — C'est là une des contraditions si fréquentes chez les parents d'hystériques.

11 est une catégorie de malades chez lesquels le repos au lit s'impose tout particulièrement : c'est dans le cas oii il y a anorexie et où existe un amaigrissement ou un affaiblissement plus ou moins considérable.

La durée du séjour au lit est évidemment très variable et subordonnée aux différents cas, mais elle n'est en général guère moindre d'une quinzaine et peut aller jusqu'à un mois et quelquefois plus, au moins partiellement. C'est au médecin à en juger suivant l'état de la malade.

lOÎ TRAITEMENT GÉNÉRAL DE L HYSTÉRIE

Le repos au lit, bien loin de ralentir les fonctions organiques, permet au contraire de les réveiller, L'engôurdistement des centres fonctionnels de Técorce résultant fréquemment d'une sorte d'épuisement, comme le sommeil normal lui-même, en supprimant toutes les causes d*épuisemeat, soit physiques, soit morales, on empêche les engourdissements de se produire aussi facilement et on favorise ainsi le fonctionnement plus normal de l'organisme.

En même temps, par suite du ralentissement de la vitalité chez les hystériques, ralentissement qui résulte de celui de la circulation et de la respiration, il y a toujours une tendance au refroidissement des extrémités, qui sont en même temps moites et quelquefois même trempées de sueur.

L'énergie calorique étant indispensable à l'irritabilité cellulaire, on comprend qu'avec la théorie que j'ai donnée de l'hystérie il soit utile de développer la calorification pour réveiller les centres nerveux engourdis et moins excitables. Or, le repos au lit est un excellent régulateur de la calorification, parce qu*il empêche la déperdition de la chaleur, permet d'entretenir la chaleur à la périphérie du corps, et en même temps régularise les deux principaux facteurs de la chaleur animale, la circulation. et la respiration. Il y a donc tout avantage à l'instituer au début et à la base du traitement physiologique.

Alimentation.

Dans l'hystérie, comme dans bien d'autres maladies nerveuses, on observe un ralentissement considérable de la nutrition générale. On peut même dire que ce ralentissement est constant, et quel que soit le degré qu'atteigne l'amaigrissement, il existe toujours. Aussi un des signes les plus caractéristiques du retour à la santé est V augmentation de poids, et cela non seulement chez les anorexiques mais chez toutes les hystériques, quels que soient les accidents qu'elles présentent.

Un des plus puissants modificateurs de l'activité organique étant l'alimentation, on doit veiller d'une façon toute

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