‹ L'hystérie et son traitementChapitre 25 sur 62 · TRAITEMENT PSYCHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT PSYCHOLOGIQUE

dire que la vente, car le jour où cette vérité se vérifie, toutes leurs croyances erronées, faussées par des impressions imparfaites, s'en ressentent. Ce n'est que par un commerce fréquent^ en se mêlant sans cesse à leur vie, qu'on peut agir ainsi sur elles.

Aussi le ton doctrinal convient-il peu avec ces malades; il faut être plutôt paternel, familier même quelquefois dans sa manière de parler; il faut qu'ils sentent que vous écoutez par condescendance leurs théories et leurs explications, mais que votre opinion est faite, que vous les avez jugés au fond et non sur les apparences. Il est bon de toujours les regarder dans les yeux quand ils vous parlent ou que vous leur posez une question. Un peu d'ironie pour leur montrer leurs contradictions convient dans certains cas où on a affaire à des sujets intelligents; ils comprennent de suite que vous êtes plus fort qu'eux, et ils ne cherchent pas longtemps^ k vous en faire accroire. En résumé, dans sa façon d'être, se comporter toujours de façon à leur faire sentir sa supériorité.

V attention volontaire^ la plus importante, se trouve ainsi éveillée aussi. Le vif désir qu'a le sujet, aussitôt isolé, d'échapper le plus rapidement possible à la contrainte où il est soumis le stimule de prime abord. Mais cette action tomberait bien vite, et il ne faut pas compter sur elle seule. C'est dans les exercices gymnastiques que fait exécuter le médecin lui-même qu'on a le plus l'occasion de la mettre en jeu. Avant de songer à faire fixer l'attention sur des sujets d'ordre intellectuel, plus ou moins abstraits, il faut d'abord la lui faire fixer sur ses fonctions motrices et sensitives. En présence d'une paralysie d'une jambe, par exemple, on force le sujet, en le stimulant par la parole, à regarder son pied paralysé comparativement avec l'autre, à chercher à se rendre compte, les yeux fermés, s'il a des deux côtés la même impression, à s'efforcer de faire avec le pied malade des mouvements comme avec le pied sain.

On l'excite à faire de plus en plus d'efforts, si on voit le moindre résultat se produire ; on l'intéresse à ce résultat,

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on Tencourage à s'exercer lui-même seul — ce qu'il ne fait guère d'ailleurs, — on lui montre la guérison au bout de ses efforts, et tout ce qui en résultera pour lui ; on fait appel à sa raison, à son intelligence, à ses sentiments, à son amour-propre surtout. Il faut, on le comprend^ beaucoup de patience de la part du médecin ; il y faut aussi beaucoup de ténacité et de conviction.

Sans cette dernière surtout on n'arrive pas à grand*chose, car on ne peut convaincre les autres que de ce dont on est convaincu soi-même.

L'attention et la conscience sont corrélatives l'une de l'autre : et toutes deux sont liées à l'état de la sensibilité. C'est pourquoi j 'attache une si grande importance à la. gymnastique fonctionnelle qui, en réveillant la sensibilité d'une façon mécanique, permet au sujet de pouvoir mieux porter son attention sur des mouvements dont il a quelque conscience. C'est alors une action réciproque qui s'exerce entre ces diverses manifestations de l'activité nerveuse.

hs^ conscience des mouvements exécutés favorise l'attention du sujet sur ces mouvements, et par le fait de cette attention la conscience se réveille davantage, et les mouvements deviennent plus étendus, la force musculaire plus grande et la sensibilité plus vive. Tout se tient, et c'est par suite de ce retentissement qu'il est nécessaire de tout mettre en œuvre simultanément dans le traitement de l'hystérie, et que les excitants physiologiques ne doivent pas plus être sacrifiés aux stimulants psychologique^ que ceux-ci aux premiers.

La gymnastique suédoise que j'ai indiquée plus haut, la mécanothérapie, a cet avantage considérable sur tous les autres procédés qu'elle permet justement de mettre en œuvre ces deux sortes de stimulation et de les varier, de les graduer, de les associer suivant les besoins, suivant l'évolution de la maladie. Aussi est-ce à mon avis le plus puissant modificateur de l'état hystérique, et le seul inconvénient de la méthode est la fatigue qui en résulte pour celui qui l'applique.

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Je pourrais placer ici le traitement de Vidée fixe qui, pour M. P. Janet, joue un si grand rôle dans le développement de l'hystérie. Je pense qu'il sera mieux de l'étudier au moment où nous examinerons la suggestion et l'hypnotisme^ sans lesquels la dissociation des idées fixes ne saurait guère se faire. Je dois cependant dire dès maintenant , que, étant donné le mécanisme par lequel se développent et s'entretiennent les idées fixes hystériques, — qui n'ont rien de commun avec les idées fixes, obsessions, etc., con- , sidérées dans la pathologie mentale — ,il suffît de modifier l'état sensitif et cénesthésique auquel elles sont liées pour les voir disparaître. Rien n'est plus simple, et il est bien inutile de lutter contre de semblables idées, auxquelles le malade s'attache quelquefois d'autant plus qu'on veut les lui enlever, alors que, en modifiant sa sensibilité générale, elles se dissolvent tout naturellement sans même qu'il s'en doute, sans qu'on éveille son attention sur le but réel qu'on se propose. Nous aurons plus loin l'occasion de revenir sur ce point important, où on a encore pris l'effet pour la cause.

Une fois l'attention obtenue, maintenue pendant peu de temps d'abord, puis d'une façon assez soutenue, un grand pas est fait, car cette attention va servir à conserver les résultats acquis, à empêcher le retour des accidents supprimés. Elle permet en outre d'intéresser le sujet à ses progrès, c'est-à-dire à sa guérison à laquelle il est souvent absolument indifférent au début, se sentant incapable des efforts nécessaires pour l'obtenir.

A côté de l'attention et de la conscience il y aurait lieu de parler de la mémoire, toujours altérée chez les hystériques. Mais j'aurai l'occasion d'y revenir à propos des amnésies et cela ferait double emploi.

Traitement moral.

C'est alors qu'intervient le traitement moral proprement dit. Sous rinfluencs du réveil des sensibilités, de l'activité cérébrale, la personnalité du sujet se modifie profondément. Cette personnalité y qui est uniquement liée à l'état de la sensibilité générale, et de la cénesthésie prin-

cipalçment, passe par des phases très diverses. Tout d*abord il y a une régression qui fait repasser le sujet par tous ses états antérieurs, physiques et psychiques, jusqu'à l'époque où l'hystérie s'est développée, c'est-à-dire souvent à huit, dix ans et plus en arrière. Ensuite il redescend le cours de son existence en suivant cette fois l'ordre naturel des événements, mais d'une façon plus lente, et quand il est arrivé au moment présent, on constate que sa nouvelle personnalité, qui s'est raccordée d'une façon continue avec celle d'autrefois normale, n'est pas encore complète. C'est un sujet qui revient, à la vie consciente après un long sommeil, où tout ce qui lui est arrivé lui apparaît comme dans un rêve. Tout est nouveau pour lui. Il s'agit donc de l'éduquer, de lui apprendre à se conduire, à se diriger, à résister aux diverses impressions auxquelles il n'est pas habitué et qui le frappent d'une façon û-op vive, trop intense; il faut diriger en même temps l'évolution de ses sentiments. C'est une personne nouvelle qui s'éveille en lui ; il s'agit donc de ne pas lui laisser prendre de mauvaises habitudes, et de lui apprendre à raisonner d'après ses nouvelles impressions, à s'y reconnaître dans le flot d'idées et de sentiments qui surgissent et se heurtent dans son esprit. Le sujet se trouve brusquement amené de l'adolescence à l'âge d'homme ou de femme; toute la période intercalaire entre le début de l'hyàtérie, c'est-à-dire de son engourdissement cérébral, jusqu'à celui de son réveil se trouve très affaiblie, très obscure dans son esprit ; il lui semble que c'était un autre que lui-même qui a vécu cette existence. L'évolution normale des idées et des sentiments parait s'être faite sans transition; endormie jeune fille, la malade s'est réveillée femme. Elle est surprise de ce qu'elle pense, ressent, désire.

A ce moment donc elle a besoin d'une direction morale, ferme, et dans laquelle elle ait confiance. A la vérité elle n'a aucune idée ou aucun sentiment qu'elle n'aurait eus. si elle avait mené sa vie normale, mais c'est la discontinuité entre ses deux personnalités — celle d'avant sa maladie et celle d'après — qui l'étonné et la déroute. C'est

au médecin qui a provoqué ce réveil qu'elle s'adresse tout natureliemeot et à qui elle confie toutes ses pensées. Elle le fait d'autant plus naturellement qu'il se trouve associé à toutes les phases qu'elle a traversées^ à toutes les personnalités antérieures qu'elle a revécues, et qu'il lui semble qu'elle le connaît depuis qu'elle a commencé à être malade, bien des années avant. C'est un point sur lequel j'ai d'ailleurs attiré l'attention dans ines recherches antérieures, mais qui a une grosse importance au point de vue de la direction morale que le médecin peut exercer sur le malade, qui est le premier à la réclamer. Il a en effet besoin d'un appui pour se guider dans cette nouvelle existence,^ et il ne saurait le trouver ailleurs qu'en celui qui l'y a amené.

A partir de ce moment le médecin devient le conseiller et le directeur du malade. Mais il doit s'attacher à développer son initiative, sa volonté propre, et bien se garder d'y substituer la sienne. Les malades, doutant d'euxmêmes, trouvent en effet très commode de s'en remettre à une personne sûre. Le médecin, tout en les guidant, doit les laisser peu à peu livrés à eux-mêmes, et ne les aider que quand, après avoir fait tous leurs efiForts pour résister au retour de l'engourdissement, celui-ci, par suite de circonstances quelconques — fatigue, émotion, troubles menstruels, etc. — les a trop envahis pour qu'ils puissent recouvrer seuls leur état normal. Il y a là une question de pratique, de gradation, que je ne puis mieux comparer qu'à la manière de faire d'un maître nageur, qui lâche peu à peu la corde du nageur. Celui-ci se croyant soutenu, ou sachant qu'il le sera en cas de besoin, nage sans crainte et en prend l'habitude. Le jour où on supprime la corde, il a bien quelque appréhension, mais comme en réalité il sait qu'il est capable de nager seul, il reprend vite son assurance et peut se passer de maître.

Il faut agir de même avec les hystériques. Ce n'est que par des exercices gradués qu'on les réhabitue à agir de leur propre initiative et à se passer de direction. Le

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médecin agit alors surtout dans des entretiens avec la malade, où elle lui soumet ses doutes, ses scrupules, ses craintes ; où elle lui demande conseil sur la façon de se comporter dans la vie qu'elle va mener une fois rentrée dans sa famille ; où elle lui dévoile son caractère intime, ses espérances d'avenir, les difficultés qui Tattendent, etc. Fréquemment je donne à mes malades par écrit une sorte de petit guide, renfermant quelques principes très généraux, variables suivant leur caractère, leur genre de vie, etc., susceptibles de s'appliquer à un grand nombre âe circonstances, et auquel ils se reportent quand ils sont rentrés dans la vie normale et livrés à eux-mêmes.

En même temps je les habitue progressivement à cette vie normale. Ce sont d'abord des sorties à la campagne, puis en ville; courses à pied, en voiture, en chemin de fer, de façon à les habituer à tous les moyens de locomotion qu'ils sont appelés à employer et dont certains étaient très mal supportés pendant leur maladie ; ce sont des courses dans des magasins^ au milieu du bruit, du mouvement des acheteurs ; des visites, des déjeuners ou dîners au restaurant, ou chez des amis, puis chez eux ; enfin je les laisse passer un jour, puis un jour et une nuit chez leurs parents, jusqu'à ce qu'ils reviennent à l'établissement sans avoir éprouvé de trouble, de modification dans leur sensibilité et leur personnalité, après s'être familiarisés avec le milieu familial qui leur paraît nouveau, avec la vie plus bruyante, avec les allées et venues de la maison où ils vont rentrer, avec les nouvelles habitudes qu'ils vont prendre.

Cette période d'entraînement a une grande importance. Dans ces sorties les malades ont cent occasions d'éprouver leur résistance physique et morale, et particulièrement leur émotivité, dont le rôle est tellement important dans le développement de leur hystérie : ce sont des accidents sur la voie publique dont ils sont témoins, ce sont des personnes qui leur rappellent des souvenirs pénibles qu'ils revoient, ce sont des événements tristes, qui se sont passés pendant leur traitement, qu'ils apprennent ; et ainsi mille petits incidents de la vie journalière

qui leur font une impression trop vive d*abord et auxquels ils s'accoutument ensuite très bien.

Sûrs d'eux alors, ils reprennent sans appréhension la vie antérieure normale. Alors seulement on a le droit de prononcer le mot de guérison.

Il ne faut pas négliger non plus le côté du caractère^ et tout le temps de la cure, surtout dans la dernière période, il faut s'appliquer à montrer aux malades, qui sont maintenant conscients de tout ce qu'ils ont pu être vis-à-vis de leur entourage, ce qu'ils doivent réfréner en eux pour dédommager leur famille de tout le mal qu'ils lui ont donné. Ils sont d'ailleurs souvent les premiers à s'en rendre compte et à faire amende honorable, à vouloir faire oublier leurs caprices, leur irritabilité, les soucis qu'ils ont causés.

De même qu'à la faveur de la restauration de la personnalité normale on fait la rééducation de l'intelligence, on peut et on doit en profiter pour refaire, autant que possible, celle du caractère.

On le voit, le rôle du médecin d'un établissement pour le traitement de l'hystérie est loin de se borner, comme le prétend M. Pierre Janet, à donner des médicaments — inutiles ou nuisibles comme je l'ai dit — et des douches — qui sont aussi inutiles dans les cas de grande hystérie. Mais c'est par des soins de tous les instants, par une attention à tous les moindres détails de la vie physique et morale des malades, par une action morale incessante, que le médecin peut arriver à guérir des hystériques qui le sont d'une façon continue depuis des années, à guérir, je le répète, et non à améliorer en supprimant un accident gênant seulement.

Tâche ardue, fatigante et délicate, qui ne se formule pas dans une ordonnance médicale, et qui ne s'accomplit pas en quelques semaines.

J'ai laissé de côté quelques moyens d'action morale qu'il ne faut pas négliger, quoique d'une valeur moindre, et qui ont leur indication à des moments différents.

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Le premier de ces moyens est Y intimidation, k la Térité, dans la famille, lés menaces ont pen d'efficacité; une seule en a, c'est d*avertir la malade que si elle se refuse à exécuter ce qu*on lui ordonne on l'isolera de sa famille. Il n'est pas rare de voir des crises céder à cette menace catégorique. Mais pour les autres symptômes il faut bien reconnaître que cela a moins d'effet. D'ailleurs Tentourage est trop faible, et passe souvent d'un extrême à l'autre, dépassant la mesure. L'hystérique ne s'y laisse pas prendre. Elle sait céder juste assez pour qu'on lui fasse crédit pendant quelque temps^ et quand ce manège s'est répété plusieurs fois, c'est elle qui est devenue la maitresse. Aussi ne faut-il jamais faire une menace qu'on ne soit sûr de pouvoir réaliser. Si la famille s'y oppose au dernier moment, la partie est perdue pour le médecin.

Or c'est ce qui arrive le plus souvent et qui rend si difficile le traitement radical de l'hystérie dans les familles.

On n'a pas cela à redouter avec l'isolement. Le seul fait que l'isolement a pu être accepté par la famille est déjà pour la malade une preuve que les temps sont changés et qu'une volonté supérieure est entrée en jeu. Le médecin traitant doit profiter de cet état d'esprit immédiatement : il n'a plus besoin d'agir par intimidation ; c'est par son ton d'autorité, ferme sans être dur, mais ne laissant pas supposer au sujet qu'il puisse céder, c'est par son prestige qu'il doit agir. Quand la malade sent que les ordres qu'il donne n'admettent ni réplique, ni commentaire, ni atténuation, et seront intégralement exécutés, elle cède, d'abord de mauvais gré, puis avec résignation, puis volontiers. Le médecin doit être secondé par un personnel dressé à sa manière de faire, et qui, lorsqu'il a quitté la malade, lui explique à son tour que ce qu'elle a de mieux à faire est de céder de bonne volonté, pour éviter les moyens désagréables qu'on serait obligé d'employer ; moyens qu'elle n'a pas besoin de connaître, ajoute-t-on, et qu'on lui conseille charitablement de ne pas chercher à connaître pour son propre compte.

Il faut que dès le début le médecin se fasse obéir. S'il fait des concessions sur un point quelconque, s'il se laisse prendre aux subterfuges du sujet pour éluder ses ordres, c'est fini ; plus jamais il n'aura d'autorité sur lui, et il perdra sa confiance. L'hystérique n'a de confiance que dans ceux qu'elle sent capables de la dominer. Cette domination n'exclut d'ailleurs nullement la bonté, à laquelle elle est aussi fort sensible. Il n'est pas rare de voir des malades faire des efforts pour se maintenir en bon état pour faire plaisir à leur médecin et le récompenser en quelque sorte du mal qu'il s'est donné pour elles.

De même qu'on doit toujours mettre ses menaces à exécution quand il y a lieu, on doit aussi tenir ses promesses exactement. C'est d'ailleurs là un principe d'éducation élémentaire. Aussi faut-il être très circonspect dans les engagements qu'on prend, les promesses qu'on fait. Il est toujours préférable d'accorder plus tôt qu'on ne Ta dit une faveur que de l'ajourner. La malade vous en est reconnaissante, a d'autant plus confiance en vous et a le sentiment de votre justice. Elle s'insurgera d'autant moins ensuite contre les permissions que vous lui refuserez, sachant que vous devez avoir une raison pour le faire. Il s'agit bien entendu de ce que le médecin traitant fait visà-vis d'une malade isolée.

Quant aux promesses faites dans la famille si la malade veut bien consentir à suivi'e le traitement, elles ne sont qu'une marque de la faiblesse de l'entourage, qu'elle ne manque pas d'exploiter, et dont elle abuse pour obtenir tout ce qu'elle veut, en donnant le moins possible ellemême. C'est un marché de dupe.

Les récompenses dont on dispose dans un établissement spécial sont assez limitées et on doit en être ménager : ce sont des réunions avec les autres malades, des promenades en dehors, des lettres, puis des visites ; et enfin des sorties dans la famille et des distractions diverses. Il faut les graduer, les doser, sans aller trop vite, car rien n'est plus mauvais que d'être obligé de supprimer ce qu'on a déjà accordé, aussi bien vis-à-vis des familles

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que vis-à-vis des malades. Plus la convalescence sera avancée, moins il y aura de chances que les progrès acquis puissent être enrayés ou perdus, et mieux cela vaudra.

On ne risque jamais rien à attendre plus, on risque toujours à vouloir pi^écipiter les choses. Tout doit être fait au moment opportun si on ne veut pas en perdre TefiTet stimulant, et^ Tétat du sujet étant plus amélioré, il ne pourra que ressentir un plus grand plaisir de ce qu'on lui offre. Ce n'est que dans le commerce constant avec les malades que le médecin peut saisir le moment vraiment précis auquel le désir de la malade doit être exaucé. Mais il doit toujours se rappeler que trop de hâte peut compromettre les résultats obtenus ou tout nu moins ralentir la marche de la guérison. Si en effet la malade a tout ce qu'elle peut désirer avant d'être complètement guérie, elle n'a plus aucune raison pour faire tous ses efforts pour guérir. En voulant aller trop vite on risque donc de suspendre les progrès. Malheureusement beaucoup de parents se figurent que le médecin agit ainsi par intérêt, pour garder plus longtemps le malade en traitement, comme si son véritable intérêt n'était pas toujours d'obtenir la guérison la plus complète dans le moins de temps possible. Si je signale ce petit point c'est qu'il a son importance pratique, et que le médecin ordinaire, qui adresse une malade dans un établissement spécial, doit tenir compte de ces considérations d'ordre moral et professionnel pour faire choix du médecin auquel il veut la confier, sa responsabilité se trouvant par là même engagée dans une certaine mesure.

Une autre question se pose souvent à propos du traitement moral des hystériques, c'est celle des distractions. (( Evitez les contrariétés, les émotions, donnez-lui des distractions », dit-on aux parents de la malade. Ce sont des conseils plus faciles à donner qu'à suivre.

Je ne connais pas pour ma part de moyen d'éviter des contrariétés à une hystérique, sinon de la contrarier éner-

giquement dès ses premiers caprices. Plus vous y cédez, plus elle en a; vous êtes bientôt impuissant aies satisfaire et les contrariétés s'accumulent. Le dédoublement de leur personnalité les amène à se contrarier ellesmêmes; comment les autres ne les contrarieraient-ils pas? Et puis cela ne sert à rien ; au contraire cela ne fait que développer leur susceptibilité, leur irritabilité. Leur manque de volonté s'accroît encore si elles ne rencontrent pas près d'elles une main ferme et des gens qui savent ce qu'ils veulent et le font. ^^Malheureusement les parents prennent souvent leur entêtement pour de la volonté, et leurs idées fixes pour de la suite dans les idées. Mais le médecin ne doit pas s'y laisser prendre. Un proverbe italien, je crois, dit « : Quand deux bêtes se regardent il y en a toujours une des deux qui recule ». Le médecin n'a qu'âne pas reculer. Je n'ai jamais vu pour ma part de ces entêtements soi-disant irréductibles, qui n'aient cédé avec du temps, de la patience et de la fermeté.

Quant aux distractions, c'est un article qu'il n'est pas toujours facile de procurer à des malades, surtout lorsque ces malades sont inattentifs et ne s'intéressent à rien. Les distractions calmes ne les stimulent pas ; les distractions bruyantes les fatiguent et les épuisent. Alors on propose les voyages. J'ai vu traîner ainsi de ville en ville, d'hôtels en hôtels, de malheureuses anorexiques ou paraplégiques, d'ailleurs beaucoup plus^satisfaites de l'intérêt compatissant qu'elles éveillaient autour d'elles que des sites qu'on leur faisait contempler. Dans certains cas légers, chez des jeunes filles qui s'ennuient de la vie monotone qu'elles mènent chez elles, un voyage procure une heureuse diversion qui peut en efiFet les sortir de la torpeur où elles se complaisent, où elles aiment à s'enfoncer, en s'imaginant jouer des héroïnes de romans. Mais chez les grandes hystériques on ne fait le plus souvent qu'aggraver les accidents ou tout au moins les entretenir.

En matière de traitement de l'hystérie il n'y a que des questions d'espèces, et le tort est de vouloir généraliser l'application d'un procédé quelconque. En dehors de quelques moyens fondamentaux, qui ne sont, quand on

veut bien y réfléchir, que de simple bon sens, découlant tout naturellement du mécanisme pathogénique de Thyslérie, les autres procédés cioivent être choisis suivant la phase du développement de la maladie, suivant la variété des accidents, suivant Tâge des malades, leur caractère, leurs goûts, leurs habitudes, leur condition sociale, leur milieu.

Suggestion.

Nous avons vu dans la première partie que la suggestibilité était une conséquence toute naturelle de Tétat fonctionnel du cerveau dans l'hystérie, et qu'elle était par conséquent d'autant plus développée que l'hystérie l'était elle-même. Quant à la considérer, avec certains auteurs, comme la caractéristique de l'hystérie^ elle ne l'est pas plus que n'importe quelle autre manifestation. Cette faculté d'exécuter des actes, de percevoir des impressions, de ressentir des sentiments ou des émotions, sous l'influence d'ordres reçus, de représentations évoquées par d'autres, qu'ont ainsi les hystériques, est la raison d'être d'une méthode de traitement, qui au premier abord semble très justifiée et très rationnelle : la suggestion. Ses résultats merveilleux et qui tiennent quelquefois du miracle — qui n'en est d'ailleurs qu'une forme particulière — frappent l'imagination des foules. Mais quand on va au fond des choses, quand on compare les avantages de ce procédé, simpliste en somme, avec ses inconvénients et ses dangers, on ne tarde pas à s'apercevoir que c'est peut-être le pire de tous, car il va précisément contre le but qu'on doit se proposer chez un hystérique, à savoir reconstituer sa personnalité affaiblie, raffermir sa volonté, réveiller sa conscience. La suggestion désagrège encore plus la personnalité du sujet à qui on la fait, substitue la volonté d' autrui à la sienne propre, et diminue son activité consciente en lui faisant accomplir des actes, éprouver des sentiments, d'une manière inconsciente.

Mais ^voyons rapidement de quelles manières on peut l'employer. Il y en a deux essentielles; la suggestion

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