Thèse Mile Bychoffski. Paris
bord d’un lavoir, elle glissa et tomba dans l’eau. Le lavoir était assez orofond, l’eau très froide (janvier); elle est restée plongée dans l'eau pendant une heure environ, avant que quelqu'un vint à son secours. Il est facile de comprendre par quelles angoisses l'enfant était assaillie pendant tou le temps qu’elle resta dans leau. Elle a été transportée chez elle, et pendant cinq jours elle avait des frissons continuels. Au bout de ce temps, les secousses de tremblement s'accentuèrent, des mouvements brusques, incoordonnés, se sont montrés dans les bras, dans la tête, des mouvements à grand amplitude. La malade avait la chorée. Cette chorée dure six semaines, puis disparaît progressivement sans traitement spécial.
Jamais de rhumatisme.
Réglée à 15 ans, irrégulièrement, retard de deux à trois mois quantité minime.
Avec l'apparition des premières règles, elle eut une recrudes+ cence de tous ses malaises d'enfance.
Jusqu'en 1889, malaises continuels, céphalalgies, troubles digestifs, palpitations du cœur, essoufflements de temps à autre, æœdème des membres inférieurs.
En janvier 1889, elle fut prise brusquement d'une douleur extrêmement vive dans la région lombaire gauche, douleur qui s'irradiait dans l’aîne et à la partie interne de la cuisse. En même temps surviennent des nausées, des vomissements et une anurie presque complète. Elle entre dans le service de M. le professeur Dieulafoy où elle reste quatre mois,
Là on constate deux choses dans ses urines : des graviers et de l’albumine. On a diagnostiqué la colique néphrétique.
Ces symptômes n’ont jamais reparu depuis.
A la sortie de l'hôpital, environ quinze jours après, sans
= 90 == éause bien déterminée, à la suite d'une légère émotion, de petits ennuis, elle fut prise d’une attaque convulsive avec perte de connaissance.
Des attaques semblables se renouvellent ensuite deux ou trois fois par semaine.
Puis peu à peu elles deviennent moins fréquentes et moins longues. En outre de ces grandes altaques, la malade en présente de légères qui se traduisent par une sorte de lipothymie, celle-ci sans perte de connaissance.
Depuis six semaines, tous les symptômes augmentent, vomis-
sements alimentaires, état nerveux, insomnie, cauchemars, etc.
C’est pour tout cela et pour sa faiblesse générale que la malade
rentre à l'hôpital.
Elat actuel. — En examinant la malade, on la trouve pâle, décolorée, le pouls est mou, dépressible, la pression artérielle faible, 0,15 centimètres environ ; dans les vaisseaux du cou on perçoit un souffle assez intense accompagné de frémissement.
A l’auscultation du cœur, les bruits sont normaux, mais audessus de la pointe on entend un souffle méso-systolique qui présente les caractères de souffle extra-cardiaque. Le cœur, quoique ne présentant aucune lésion organique, est augmenté de volume, et l'augmentation porte sur les cavités droites, mais il n y a aucune affection pulmonaire, |
La malade est dyspeptique depuis longtemps, et il est probable que la dilatation du cœur est d’origine gastrique.
Troubles nerveux objectifs. — Hémianeslhésie qui occupe la moitié gauche du corps. |
Diminution de l’acuité visuelle.
Rétrécissement du champ visuel plus accusé du côté gauche,
ne Ouïe normale.
Anosmie et perte du goût du côté gauche.
On provoque par la pression une douleur assez vive sur le
trajet de l’uretère gauche. Point hystérogène sur ce trajet.
Nous avons dans cette observation trois points à envisager : l’hystérie, la chorée, la chloro-anémie et, à côté de cela, la gravelle urinaire. Quel rapport existe-t-il entre ces divers états morbides (1)?
D’abord il est hors de doute que la chloro-anémie date de l’enfance ; elle est même fort probablement héréditaire : c’est une de ces chloroses qu’on observe si souvent chez les descendants des tuberculeux.
L'hystérie est nettement établie, elle ne fait aucun doute. Pour la chorée, le diagnostic est moins certain. Est-ce une chorée de Sydenham ? Est-ce une chorée hystérique ? Ces deux affections différent en quelques points. La chorée de Sydenham débute en général lentement, et disparaît de même progressivement, elle est caractérisée par des mouvements désordonnés ; souvent liée au rhumatisme, elle s’accompagne fréquemment des complications habituelles de cette affection, l’endocardite et la péricardite. La chorée hystérique est une chorée rythmée ; son début est soudain; elle dure peu et disparaît brusquement. Dans cette observation il paraît avoir existé des signes de l’une et de l’autre affection. Ce début, relativement brusque, est plutôt le début de la chorée hys-
térique ; d’un autre côté, ces mouvements désordonnés de
1, Potain, Semaine médicale, 1891,
la tête et des membres semblent'être le fait de la chorée vulgaire. Il y a donc ici des caractères communs. Mais ce qui est à noter, c'est que, sous l’impression du froid et de l'émotion, cette femme, au lieu d’avoir une pneumonie où une pleurésie, a réagi par son système ner veux et a fait une chorée.
Pour la colique néphrétique, on n’a pas eu la preuve directe de son existence, puisqu'on n’a pas vu les graviers ; mais le récit fait par la malade semble être une preuve suffisante pour affirmer qu’elle a réellement existé.
Quelle est la cause de cette hystérie? Peut-on l’attri-. buer à l’émotion ou aux légers ennuis qu'a éprouvés la malade ? Mais à ce compte-là tout le monde sérait hystérique. Il a fallu pour cela une prédisposition spéciale qui n’a pas toujours existé chez cette malade; car si elle eût existé au moment où le sujet est tombé dans l’eau, il fût à coup sûr devenu alors hystérique. Un seul fait s’est produit depuis cette époque, c’est la colique néphré-
tique, et c’est cet accident qui a occasionné l’hystérie.