OBSERVATION I
M... Victor, âgé de 53 ans, employé. Entre à l'hôpital de la Charité, service de M. le professeur Potain, salle Bouillaud, le 25 septembre 1889.
Antécédents héréditaires. — Pas de rhumatisme ni de goutte
1, In thèse Bychoffski,
0" cn dans la famille, Pas de renseignements nets au point de vue de l'hérédité nerveuse,
Anlécédents personnels. — A dix ans, tumeur blanche du genou, suivie de luxation spontanée du tibia ne
Migraine pendant la jeunesse,
A l'âge de 25 ans fracture du Libia. I} y a quatre ans rétrécissement de l'urèthre. Uréthrotomie. [1 y a trois ans rhumatisme blennorrhagique du genou et de l'épaule droite. Pas d'ankylose consécutive.
Depuis deux ou trois mois douleurs continues dans l’aîne et le scrotum du côté droit.
Six jours avant son entrée à l'hôpital, le malade fut pris brusquement, au milieu de son travail, d’une douleur très vive dans la région lombaire. Cette douleur persistante s’exagérait par la pression et pendant les mouvements du malade. Elle s’irradiait dans l’aîne et le scrotum. Diminution de la quantité d'urine qui est trouble et laisse au fond du vase un dépôt abondant et des graviers très fins au dire du malade. Hématurie légère.
Elat acluel. — A l'examen du malade, on constate qu'il est maigre et pâle.
On provoque une douleur assez vive à la pression au niveau du rein droit et le long de l’uretère droit,
Rien au cœur ni dans les poumons.
Pas de fièvre,
Foie normal. Pas de troubles digestifs.
Comme troubles nerveux on constate une hémianalgésie droite. Diminution du réflexe pharyngé. Pas de modifications appréciables des sens.
4 mars 1890. — Le malade quitte le service.
Au mois de novembre de la même année, il rentre de nou-
D'or
veau pour une seconde atteinte de colique néphrétique du côté droit également.
L’examen fait au point de vue des troubles nerveux a révélé les signes suivants :
Une analgésie droite avec diminution de la sensibilité générale.
Diminulion de l’acuité visuelle.
Rétrécissement du champ visuel.
44 février. — Un nouvel examen fait constater la persistance des stigmates indiqués plus haut, et on constate un nouveau
signe, à savoir, une diminution de l’acuité auditive, surtout du
côté droit.
Les crises douloureuses se produisent de temps en temps, quelquefois à l'intervalle de trois ou quatre jours. à
29 février. — Le malade n’a pas eu de crises douloureuses depuis plus de quinze jours.
Les troubles nerveux persistent, mais sensiblement atténués
Le malade quitte l’hôpital.
Mais le 29 avril, il vient pour la troisième fois.
Il a été repris de douleurs violentes qui se localisent, comme
les fois précédentes, dans la région du rein droit avec irradia-
tion.
Pas de stigmates hystériques.
Quinze jours pius tard, un nouvel examen fait constater : Une hémianalsésie à droite.
Réirécissement du champ or droit.
Quelques jours plus tard, on a trouvé la diminution de l’acuité auditive à droite.
16 novembre, — Légère colique.
FU ar
Hémianesthésie complète pour tous les modes de la sensibilité. |
Rétrécissement notable du champ visuel, plus accentué à
droite.
Abolition de la sensibilité du pharynx.
Diminution de l’acuité auditive à gauche,
27 novembre. — La douleur à la pression persiste sur le trajet de l’uretère aroit,
Diminution du goût au niveau de la moitié droite de la langue
L'odorat normal. Pas d’achromatopsie.
14 décembre, — Les douleurs ont presque disparu depuis une dizaine de jours, | |
Hémianesthésie droite peu accusée. Les autres stigmates également atténués.
Rétrécissement du champ visuel à droite persistant.
21 janvier. — Retour des phénomènes douloureux dans le trajet urétéral droit. à
.En même temps on constate une anesthésie de la jambe et du bras droits ; engourdissement des mêmes régions. |
Achromatopsie de l’œil droit pour toutes les couleurs.
Amblyopie droite.
Rétrécissement du champ visuel droit.
Le malade reste encore un certain temps à l’hôpital. Il finit par
présenter tous les symptômes de la pyélite calculeuse.
Cette observation est absolument probante.
Les douleurs lombaires, l’hématurie, et enfin la pyélite calculeuse, permettent d'affirmer l’existence de la colique néphrétique. À sa première attaque, cet homme: présente
des stigmates d’hystérie, La corrélation entre la colique
néphrétique et l’hystérie est ici évidente. À apparition de chaque nouvelle attaque, les symptômes hystériques s’accentuaient pour s’atténuer ensuite quand elle était terminée, et finir même par disparaître presque complètement. L'observation qui suit se rapporte à des faits du même genre. Nous la devons à l’obligeance de M. le D' Brodier,
chef de clinique du professeur Potain.
OBSERVATION Ill
Colique néphrétique gauche. Hystérie,
La nommée Cuv.…. cuisinière, âgée de 39 ans, entre le 10 novembre 1898 à la Charité, dans le service du professeur Potain, salle Piorry, ne 4.
Sa mère est rhumatisante et a eu autrefois de nombreuses attaques convulsives avec perte de connaissance. Son père est bien portant ; elle a deux frères également bien portants. |
Elle a été réglée à 19 ans et depuis lors irrégulièrement. A eu la rougeole à 35 ans. On ne relève chez elle aucun signe d’al- Coolisme. Elle n’a jamais eu d'attaques de nerfs, mais elle est émotive, pleure et rit facilement, et éprouve après des contrariétés la sensation d’une boule qui monte à la gorge. .
Elle a eu, il y a deux ans, une première crise de colique néphrétique gauche et une seconde il y a neuf mois, pour laquelle elle a été soignée pendant onze jours dans le service de M. Thibierge. La crise actuelle a débuté assez brusquement la veille
de l'entrée de la malade à l'hôpital ; elle a été précédée pendant, #
quelques heures de vertiges, de même que les deux crises précédentes. On a sous les yeux le tableau classique de la coliue néphrétique : douleur atroce dans la région lombaire gauche, irradiant le long de l’uretère vers le pli de l’aine et vers la partie Supéro-inlerne de ja cuisse ; émission peu abondante et très douloureuse d’urines troubles ; nausées et vomissements alimentaires, Le cœur et les poumons sont normaux. La pression artérielle mesure 10 centimètres de Hg au niveau de la radiale droite.
Pendant les onze jours que la malade a passés à l’hôpital, la douleur a persisté sous forme d'accès très intenses, entrecoupés d'accalmies relatives entretenues le plus souvent par des injections de morphine.Pendant ce temps, la douleur abandonne peu à peu la région rénale et la partie supérieure de l’uretère, indi- ‘quant ainsi le cheminement lent mais progressif du gravier vers la vessie.
On note, le jour même de l'entrée, une hémianesthésie sensitivo-sensorielle gauche dont la malade n’avait nullement consclience.
L'hémianesthésie est complète; tandis que du côté gauche le moindre attouchement est rapidement perçu, il faut exercer à droite une très forte pression pour provoquer la sensation de contact; on peut tirer fortement les cheveux de ce côté, sans que la malade accuse aucune sensation. La sensibilité à la dou- Jeur est également abolie, on peut piquer et même transpercer complètement la peau sans réveiller la moindre douleur. Le froid et le chaud ne sont pas perçus davantage. Le sens muscu-
laire est conservé eton constale que malgré son anesthésie
cutanée la ma'ade, les yeux fermés, prend et serre sans hésita-
tion la main qu'on lui présente,
Depuis qu'on a attiré son attention sur celte hémianesthésie, elle remarque que,dès le début même de chaque accès 4 douloureux, elle perd subitement la vue de l’œil gauche : l'a
maurose est complète et disparaît peu à peu après l'accès, Dans l'intervalle des accès, il existe un rétrécissement à peu P. près régulièrement concentrique du champ visuel de l'œil gauche ; quand l'œil droit est fermé, elle est incapable de lire et ne À | distingue aucune couleur. L’oreille gauche ne perçoit le bruit d’une montre que quand celle-ci estappliquée sur le pavillon, tandis que l’oreille droite entend le même bruit jusqu'à une. distance d'environ 30 centimètres. Enfin la malade ne recon- ” naît pas le sirop de sucre ou la solution de sulfate de quinine % à1 p. 20 déposéssur le côté gauche dela langue, ni le camphre 01 l’asa fœtida présentés à la narine gauche. Elle sort sur sa L. demande le 21 novembre, ayant conservé les mêmes stigmates …
hystériques.
Il eût été intéressant d'observer la disparition de ces. stigmates au moment de la chute du gravier dans la vessie. Si on ne peut démontrer dans le cas actuel que ces stigmates aient été provoqués par la présence du gra- | vier dans l’uretère, il semble bien que l’amaurose subite qui survenait à chaque accès douloureux pour disparaître
avec lui est un phénomène purement hystérique.