COLOMBAT
sPiWM
,tO Ht Cyr
INTRODUCTION
Comme les inventions faites dans l’intérêt de l’humanité , même les progrès les plus faibles dans l’art de guérir, sont des richesses qui appartiennent à tous les hommes, il n’est plus permis, si surtout l’on considère le degré élevé où se trouve aujourd’hui la science , il n’est plus permis , dis- je , de taire une découverte nouvelle, ne fût-ce que pour en préparer de plus précieuses et d’un intérêt plus général.
Je suis loin de prétendre qu’il ne faut qu’inventer pour faire avancer l’art \ car je sais que jamais les inventions bizarres et les moyens mécaniques n’ont été plus multipliés que dans les temps où la chirurgie était le moins avancée.
La fureur de l’invention a beaucoup
INTRODUCTION
retardé la science: mais l’esprit d’inven-
\gu I ■ J
tion a accéléré sa marche en l’éclairant dans sa route , et en faisant cesser l’incertitude pénible où s’est toujours trouvé le génie ., lorsque dans une découverte nouvelle il n’a pas été conduit par le jugement. « Ars longa Judicium diffi-
cile! ! »
Sans les procédés nouveaux , sans les découvertes utiles, la science serait encore stationnaire } c’est à force d’inventer qu’on l’a portée au degré où elle se trouve. Ce degré de perfection serait encore plus élevé si on l’avait enrichie plus tôt en généralisant l’emploi des instrumens utiles , et en rejetant le grand nombre de ceux qui n’avaient été inventés que pour suppléer à la dextérité qui manquait aux opérateurs dans les temps où l’ignorance de l’anatomie rendait l’art si timide.
Le célèbre Louis disait que les ins-
INTRODUCTION
trumens étaient aux opérations qui forment la partie brillante de la chirurgie , ce que les médicamens sont aux traite mens des maladies proprement dites.
Cette comparaison est des plus justes : en effet , si un médecin n’a que de mauvais médicamens, il ne peut avec leur secours traiter une maladie avec succès , de meme si un chirurgien , quoique fort habile , n’a que des instrumens peu convenables pour une opération , non seulement il exposera les jours du malade et le fera souffrir long-temps, mais encore, malgré les grandes difficultés qu’il aura surmontées , les assistans pourront croire que c’est par ignorance et maladresse qu’il a été si long-temps à terminer une opération qu’ils ont vu faire souvent avec promptitude et facilité.
Telle opération qui semble difficile et ne devoir être faite que par un habile opérateur , peut devenir souvent avec le
INTRODUCTION
secours d’instrumens convenables , trèssimple et susceptible d’étre pratiquée promptement et avec succès par des mains peu exercées. « Ferrumvelnocet , vel est spes certa salutis. »
Depuis quelque temps l’amputation du col de la matrice , dans les affections cancéreuses de ce viscère , a obtenu une place dans tous les traités de chirurgie.
Un mal , regardé jusqu’à présent comme incurable, cède presque toujours à une opération qui n’est pas aussi douloureuse qu’on pourrait le croire, et qui ne le serait presque pas du tout si on opérait d’après le nouveau procédé que je vais indiquer.
L’excision du col de la matrice, quand ce viscère est dans des conditions convenables , n’offre pas autant de danger qu’on se l’imagine , puisque l’extirpation entière de cet organe a été souvent pra-
INTRODUCTION
liquée avec succès dans le cas de cancer complet. A . Paré > Vieussens , Rousset , fVrisberg y Osiander de Goëttingue , MM. les professeurs Récamier et Marjolin , Nep. Sauter , et depuis peu M. Bland , célèbre accoucheur anglais , ont enlevé complètement la matrice , et presque toutes ces opérations qu’on était en droit de regarder comme téméraires et impraticables , ont été couronnées d’un succès, inattendu.
Sur trente-six amputations du col qu’a faites M. Lis franc > trois malades seulement ont succombé , encore elles étaient dans des "conditions peu favorables , puisque la première, qui est morte dixhuit jours après l’opération , avait nonseulement un cancer occulte aufoie,mais encore, d’après ce qu’a fait reconnaître l’autopsie , elle avait derrière la matrice une espèce de cuirasse carcinomateuse qui embrassait la portion lombaire de
INTRODUCTION
la colonne vertébrale , et contenait une matière encéphaloïde. La seconde , qui est morte trois mois après l’opération , dans le service de M. le professeur Fouquier a la Charité, n’a succombé que parce qu’il y a eu récidive du cancer. Enfin la troisième a été emportée par un cancer occulte de la rate que rien n’avait pu faire soupçonner pendant la vie.
Plusieurs autres amputations ont été pratiquées en ville par différens procédés \ presque toujours un heureux succès est venu couronner ces opérations.
Deux des trente-six femmes opérées par l’habile chirurgien en chef de la Pitié, étant devenues encefhtes peu de temps après l’opération sont accouchées trèsheureusement. L’une d’elles , Mme Carpentier , rue du Petit-Lion St.-Sauveur , a donné le jour à trois enfans vigoureux , en deux couches qui ont été moins la-
INTRODUCTION. g
borieuses que celles qui avaient eu lieu quelques années avant l’opération.
Les succès de M. Lisfranc , ceux de nos habiles et savans chirurgiens , MM. Dupuytren et Roux , les opérations faites en Allemagne par M. Osiander , et le grand nombre d’observations authentiques que cite le docteur Avenel , de Rouen , dans sa brillante dissertation sur le meme sujet, prouvent que les plaies de la matrice se cicatrisent assez facilement, et que les ulcères cancéreux de ce viscère se guérissent presque toujours par l’excision des parties malades.
Le seul argument qu’on puisse opposer à l’extirpation du col de la matrice , si l’on emploie le procédé de M. le professeur Dupuytren , est la difficulté qu’il y a d’opérer comme le fait: ce grand chirurgien^ qui malgré son extrême habileté, est quelquefois long-temps pour terminer cette nouvelle et difficile opération.
Iü INTRODUCTION.
Si au contraire on met en usage la méthode de M. Lisfranc , l’opération devient plus facile , mais elle a le grave inconvénient d’exercer sur un organe malade des tractions qui sont toujours très-douloureuses} d’ailleurs ce procédé, qui demande beaucoup d’adresse de la part des aides et de l’opérateur , n’est pas applicable lorsque le ramollissement du col de la matrice, ou le peu d’élasticité des ligament empêchent que ce viscère ne soit tiré au niveau de la vulve.
Cette double objection doit tomber d’elle-même et faire disparaître les inconvéniens que je viens de signaler, si l’on adopte mon nouveau procédé opératoire, au moyen d’un instrument trèssimple que j’ai imaginé pour saisir et couper circulairement avec facilité , plus ou moins avant , et d’un seul coup , le col dans le vagin après y avoir introduit un spéculum uteri.
INTRODUCTION
Les essais que j’ai faits en présence de célèbres professeurs de la Faculté (i), de plusieurs chirurgiens de la capitale , et d’un grand nombre d’élèves, ont déjà suffisamment prouvé que V hystérotomie pratiquée comme je vais l’indiquer est non-seulement plus prompte et moins douloureuse , mais qu’elle offre le précieux avantage de ne pas demander des mains aussi habiles que par la méthode de MM. Osiander , Dupuytren , Lisfranc et Hatin. Afin qu’on puisse comparer tous ces procédés avec celui que je propose, j’ai cru devoir en donner la description avant de donner des détails du mien.
Comme j’entre à peine dans la carrière médicale, et que je crains de trai-
(i) J’ai été assez heureux pour obtenir surtout l’approbation de MM. Dupujtren, Breschet, Hussonr et celle du respectable ei savant professeur Chaus-
sier.
INTRODUCTION
ter une question trop difficile et au dessus de mes forces , n’ayant pas d’ailleurs l’intention de faire un gros volflme, mais seulement un mémoire ,, j’ai dû resserrer mon cadre autant que possible en m’abstenant de me livrer à aucune considération relative aux différentes affections de la matrice, et en me dispensant de donner une description du col de ce viscère , et de ses rapports avec le péritoine et le vagin. Je ne ferai pas non plus l’histoire du cancer et des nombreux traitemens qui ont été mis en usage jusqu’à ce jour ; mais j’exposerai les avantages qu’offrent les moyens que je propose , j’indiquerai les accidens et le traitement consécutifs , enfin je donnerai tous les détails de l’opération avec une description de V hystérotome et des autres instrumens que j’ai fait lithographier avec soin.
Un sujet aussi vaste et surtout aussi
INTRODUCTION
neuf, demandait sans doute de plus grands développemens ; mais si j’omets aujourd’hui beaucoup de choses, c’est volontairement que je le fais , étant dans l’intention de revenir plus tard sur cette matière, que j’espère traiter d’une manière plus complète.
J’aurai obtenu une bien douce récompense de mon travail , et je croirai avoir atteint complètement mon but, si j’ai pu faire quelque chose pour la science et si j’ai eu le bonheur d’être utile h l’humanité , en adoucissant les souffrances de cette aimable et intéressante portion du genre humain que la nature injuste a condamné à un grand nombre de maladies qui lui sont particulières. Propter uterum mulier tota morbus est ... Utérus , sexcentarum œrumnarum , mulieribus , causa U! (JDemoc. ad Hippoc. y de naturâ humanâ. )
"Vj?.*. r
* y t 1 - ’ iv : • '
jr .
/•« te y „>
fe&f :
-j.it ■ :
.■ t fi* 5S !
km
-, js-
f»cr 't
>1: k • : ; ! ii
jfS r
U lT î 1
î-ff*
>'i ‘ VI '
r.:fc
HW-V
DE
L’HYSTÉROTOMIE.
De toutes les' maladies auxquelles les femmes sont exposées , il n’en est peut-être pas de plus fréquentes , et surtout de plus graves que celles qui ont leur siège dans la matrice.
On doit , parmi celles-ci , ranger en première ligne les affections cancéreuses de cet organe , qui , presque sans exception , triomphent de tous les obstacles que la médecine leur oppose et résistent a tous les moyens connus .
Ap rès avdfr tout tenté , tout mis en usage , lorsque le mal persiste et menace de faire des progrès , il reste encore un moyen de salut; ce moyen , qui est extrême, mais qui presque toujours peut sauver la femme d’une mort inévitable, qui arrive après plus ou moins de temps et plus ou moins de souffrances; ce moyen, je le répète, qui ne doit être employé qu’ après avoir vu échouer tous les autres , est l’amputation ou plutôt l’extir-
16 DE l’ hystérotomie.
pation de la partie affectée. Avant de se décider, il faut d’abord s’assurer si la malade n’est pas sous l’influence de quelques maladies internes, telles que la syphilis, le scrophule , les dartres , etc. , etc. * et s’il existait une de ces différentes affections , on la traiterait pour pratiquer plus tard l’opération.
Avant de faire connaître notre procédé , nous allons indiquer ceux qu’on a employés jusqu’à ce jour, ou plutôt en donner la description,afin que l’on puisse juger impartialement celui d’entr’eux qui mérite la préférence.