‹ L'icône et le croissantChapitre 32 sur 32 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La hausse énorme du prix accordé aux métaux, cuivre, plomb, étain, zinc, dénonce l'extrême ardeur de l'industrie. A grand'peine la production minière satisfera lesbesoins des fabriques. Naguère, le zinc,par exemple, atteignit un terme vraiment improbable de sa cote. Mise au service des usines, la science consomme les os de la terre,prodigieusement. Sur toute la surface de notre planète, les fils de Prométhée multiplient la puissance de la foudre esclave et fécondée par le labeur du génie. L'Allemagne chimiste, l'Angleterre forgeronne, l'Amérique mécanicienne, s'évertuent divinement. Teutons et Vikings rivalisent. Le bruit de leurs marteaux sur les enclumes résonne autour du globe, comme dans le chant vi^agnérien exaltant les vigueurs des nains qui façonnèrent l'épée du héros. Mieux que les volcans aux flammes intermittentes, les hauts fourneaux illuminent les nuits des deux hémisphères. Ils empourprent la Grande Ourse et la Croix du Sud.

Le monde n'est plus qu'une immense forge en ru-

meur pour l'aise crois-ante des peuples. Locomotives, automobiles, dirigeables, submersibles et paquebots, ailés par la vitesse, sortent de leurs antres innombrables. Ils emportent leur encéphale, l'homme, autour des continents, dans les airs et sur les mers, en un élan de monstres nouveaux, plus forts que la bête antédiluvienne, et pourvus de magnifiques volontés. Quel poète dira cette seconde création en des strophes éternelles ? Car les anciens dieux sont surpassés. Voilà que se réalise la menace du Titan jadis crucifié sur la cime du Caucase.

Au milieu de cette ferveur, la France assume le rôle du banquier. Elle prête à la Russie, à l'Allemagne, à l'Egypte, à l'Angleterre. Avant d'escompter en or pour soixante-quinze millions de traites anglaises pendant le krach américain de 1907, notre banque avait déjà rais, l'année précédente, six millions sterling en or à la disposition de Londres qu'appauvrissait le drainage des guinées britanniques, accompli par les endosseurs de New^-York. Cela, les gardiens de notre Trésor le peuvent sans peine. Tandis que le taux de l'escompte monte jusqu'à 70/0 outre-Manche, à 8 0/0 en Allemagne il se maintient chez nous à 4 0/0. Notre richesse métallique s'affirme ainsi de manière éclatante. Commerçants pitoyables, industriels médiocres, nous semblons d'incomparables banquiers. Carthage et Venise sont transférées rue Vivienne. Que l'impôt sur le revenu épargne la rente, par une disposition ingénieuse, et notre omnipotence financière atteindra l'apogée.

C'est avec notre argent que les fabriques de Russie fonctionnent. Si les changeurs anglais continuent d'ouvrir leurs comptoirs en tous les points du globe, ils le devront au crédit que nous consentons pour favoriser leurs commanditaires du Stock-Exchange. Les dépenses exigées par la guerre du Transvaal et ses conséquences déterminèrent cette nécessité de s'entendre avec nous.

Mais le dragon, gardien du trésor, s'attire toujours la haine de quelque aventurier cupide et téméraire. Sigmund aiguise son glaive en songeant à Falner, dont le sang bu permet d'entendre le langage des aigles, et de réaliser le rêve d'orgueil. Contre l'esprit de production incarné dans le sein du veilleur écailleux, l'esprit de destruction s'anime sous le casque du conquérant. La légende Scandinave hante à nouveau, dès maintenant, la cervelle de l'Allemagne empêchée d'étendre ses négoces, encombrée de marchandises qu'elle n'écoule point assez vite, en dépit d'une surprenante activité. Pour ne pas laisser aux banquiers de France et aux boutiquiers d'Angleerre la chance de s'enrichir trop en civilisant l'Afrique, le concurrent germain soulève l'Islam contre eux par le moyen de ses associés turcs, Du haut des minarets de Constantinople, les muezzins endoctrinés prêchent à l'Egypte, à la Tunisie, au Maroc, la révolte d'Allah contre Prométhée.

Et voici que les Sémites qui partirent d'Arabie, au vu* siècle, pour brûler la bibliothèque d'Alexandrie, ravager la Cyrénaïque, ruiner les édifices des cités ro-

maines et byzantines alignées jusqu'aux confins du désert, voici que ces barbares, habiles à tarir les sources, à stériliser la terre, à renverser les colonnes des temples, à camper sur les places défoncées, entre les décombres entassés parleurs mains, voici que ces barbares, qui restituèrent aux sables et aux ronces Timgad autrefois pleine de vie, avec tant d'autres villes matrices d'intelligences fécondes, voici que ces éléments de destruction reçoivent en secret, dit-on, les secours des diplomates prussiens, afin de se lever contre les races civilisatrices des Anglo-Saxons et des Latins.

Dix siècles durant, la cavalerie de Mahomet a follement anéanti l'œuvre phénicienne, grecque et latine. Partout où piaffèrent ces centaures hâlés, les champs sont redevenus une poussière infertile, et les capitales des amas de pierres informes. Bagdad s'effondre sur les couples musulmans abrutis par une incessante sodomie. Ce que les califes empruntèrent à Byzance, pour sembler, un temps, architectes, orfèvres, tisseurs et horlogers, tout ce cadeau se décompose, s'effrite et se pulvérise au gré d'une bestiale incurie.

On s'est fait quelques conceptions fausses sur l'originalité créatrice des Maures. L'art de Grenade n'est qu'une métamorphose de l'art byzantin découvert dans l'Afrique du vu' sièle, et reconstitué par les doigts agiles des juifs sur le territoire des Abencérages. Tolède professa ce que les captifs alexandrins avaient emporté dans leurs souvenirs transmis à une descen-

dance esclave. L'Islam n''est que l'esprit de destruction. Entre Allah et Prométhée, il ne peut s'établir que des relations de brute à démiurge.

Du moins, on s'étonne de voir les peuples de Bavière et de Saxe, les socialistes de Bebel approuver de leur silence la sournoiserie des pangermanistes berlinois. Se peut-il que cette trahison de chrétiens contre chrétiens, au bénéfice du musulman, se consomme avec l'assentiment des nations mères de Goethe, de Kant et de Wagner ? L'érudite, sentimentale, musicienne et philosophe Allemagne du Sud ne répudierat-elle pas le complot des Scandinaves du Nord, qui la dominent ? Laissera-t-elle ses maîtres provoquer un tel conflit sans protester au nom de la science civilisatrice et de ses mœurs aimées par M-^^ de Staël ? S'associera-t-elle aux machinations qui vont jeter contre les fils curieux de Prométhée les absurdes fanatiques de l'Islam.

Vraiment, l'histoire jugerait mal le geste du Teuton, appelant à l'aide ces porteurs de torches et de cimeterres, pour entraver l'œuvre du génie européen. Ce serait un attentat grandiose dont les élites allemandes recueilleraient plus tard toute la honte.

Il n'est qu'un remède propre à prévenir de telles catastrophes, c'est la restitution de Constantinople aux Russes héritiers de l'esprit byzantin. C'est la restitution de Sainte Sophie aux icônes. Si la coalition anglo -méditerranéenne espère ruiner l'influence du Teuton en Afrique, il lui devient nécessaire de

mettre le Turc hors de l'Europe, et d'aider les soldats orthodoxes à gratter le plâtre dont les musulmans masquèrent les anges byzantins lorsqu'ils convertirent en mosquées les églises des Comnènes et des Ducas.

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