ESSAI DE FPATHOGENIE DE L'ICTÈRE ÉMOTIF INFANTILE
À l'étude des observations qui précèdent, nous avons été frappée de la présence fréquente, chez un certain nombre de petits malades observés, d’antécédents hépatiques- ou gastro-intestinaux. Cette remarque va nous aider à édifier un essai de pathogénie rationnelle de lictère émotif infantile.
Nous pensons, en effet, que les théories pathogéniques émises jusqu'ici au sujet de l’ictère émotif ne sauraient suffire à expliquer l’apparition de la jaunisse à la suite d’un choc moral, surtout chez l'enfant,
Certes, nous croyons qu’il faut attribuer une large . part au Spasme dans l’apparition de l’ictère émotif. Les arguments ne manquent pas pour soutenir cette opinion. Les spasmes réflexes, comme le remarque Axenfeld, sont phénomènes connus dans le domaine du grand sympathique, il semble même « priori qu'il existe une véritable relation entre la susceptibilité de la cellule
hépatique et l’irritabilité nerveuse. En effet, les troubles du foie sont extrêmement fréquents chez les nerveux. M. Sollier nous apprend qu’ils revêtent l’aspect de vomissements bilieux ou de coliques hépatiques (cité par Guerbé), lesquels peuvent se compliquer d'ictère. Les spasmes d’origine nerveuse ont été observés par les maîtres les plus compétents : spasmes de la glotte, de l’æsophage, de l’estomac.... Ces divers Spasmes sont accompagnés de suffocation, de pâleur, d'un certain état anxieux du sujet, de tremblement général, tous phénomènes qu’on observe aussi au début de l’ictère émotif. Ce qui prouve surtout que le spasme est en cause dans l’ictère de cause morale, c’est la rapidité de son développement, rapidité qui, cependant, chez l’enfant, n’est pas aussi soudaine qu’elle l’est parfois chez l’adulte où l’on peut voir les téguments présenter la teinte ictérique dans Jes minutes qui suivent immédiatement l'émotion. Enfin, les divers spasmes ont avec l’ictère une origine commune et sont observés aussi chez les nerveux. On objecte quelquefois l’invraisemblance d’un spasme se prolongeant 8, 15... jours, mais n’avons-nous pas l’exemple d’autres spasmes d'existence prolongée? Briquet nous apprend que si « la constriction œsophagienne peut ne durer que quelques instants et cesser en même temps que l’attaque, il est des cas où elle subsiste plusieurs jours ». M. le D' Albert, de Montpellier, rapporte le cas d’une femme qui, pendant 7 ou 8 mois, fut atteinte de constriction lu pharynx et de l’œsophage. (Cité par Bermann). :?. le D' Renvers a observé une femme qui fut
atteinte de temps à autre, durant 27 ans, de coliques hépatiques suivies d’ictère, dues seulement à une influence nerveuse. |
Les relations du système nerveux et du foie sont indubitables : Raphely nous montre dans sa thèse inspirée par le professeur Parret que l’on observe des modifications du caractère des aliénés sous l’influence d’un ictère passager. Henri Day signale les lésions hépatiques au cours de l’épilepsie. Pilliet et Létienne montrent que les lésions hépatiques des femmes enceintes éclamptiques sont considérables. Mya rapporte deux observations où l’éclampsie infantile mortelle est due à des altérations du foie. Pour MM. Teissier et Parret, certaines névroses et même certaines affections médullaires reconnaissent une origine hépatique.
Le spasme lui-même ne semble pas seul en cause et plusieurs influences semblent motiver l'apparition de l'ictère émotif. Nous admettons volontiers que, par suite de la violente perturbation psychique éprouvée par le sujet, la cellule hépatique est impressionnée directement et que son altération se traduit par un trouble de ses fonctions : perte du pouvoir de retenir dans son protoplasma la bile qu’elle à formée et production exagérée consécutive des pigments biliaires, d’où rapide diffusion de cette bile dans le courant sanguin. La théorie de l’ictère par stupeur cellulaire et polycholie que nous acceptons présente de nombreux arguments par analogie : Syndenham a vu chez Ies nerveux es sueurs abondantes, généralisées ou