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« Je prétends qu'il faut prendre garde aux premiers contacts d'un problème avec notre esprit. Il faut prendre garde aux premiers mots qui prononcent une question dans notre esprit. Une question nouvelle est d'abord en état d'enfance en nous. Elle balbutie. Elle ne trouve que des termes étrangers, tout chargés de valeur et d'associations accidentelles. Elle est. obligée de les emprunter. Mais par là, elle altère insensiblement notre véritable besoin. Nous renonçons sans le savoir à notre problème originel et nous croirons finalement avoir choisi une opinion toute notre en oubliant que ce choix ne s'est exercé que sur une collection d'opinions qui est l'œuvre, plus ou moins aveugle,
du reste des hommes et du hasard. »
Paul VALERY -- Variétés V.
A la fin du 19° siècle, la médecine est arrivée à un degré de perfection clinique remarquable. Rigueur de l’observation, précision inouie du détail, expression puissante qui crée l’image encore plus qu’elle ne l’exprime, les grands cliniciens, qui associaient à une vaste culture une connaissance, une prescience, une sensibilité du malade qui se perd lentement, avaient créé un langage expressif, instrument merveilleux, parfaitement adapté, véritable magie du verbe qui est pour beaucoup dans l'impression profonde que font, pourtant déjà lointaine, les leçons cliniques des grands maîtres de cette époque.
L’anatomie pathologique n'avait pas l'ampleur actuelle, les autres sciences para-médicales balbutiaient, la clinique était reine, et par elle la maladie était systématisée, dessinée en cadres d'apparence, de fréquence, les syndromes. Cette construction si solide a été entièrement bouleversée et peu à peu détruite en un demi-siècle par l’apparition progressive, puis l’envahissement des sciences para-médicales.
On s’habitua, parallèlement à l’ensemble clinique, à rechercher un aspect radiologique, une constante biologique.
Remplaçant l’élément d'interprétation personnel que comporte un examen clinique, par un schéma ou un dosage indiscutable, plus facilement transmissible, cet apport para-médical prit peu à peu la première place, faisant subir aux cadres nosologiques un complet changement d’orientation. La description pare se donnait des attaches scientifiques. si
Ce passage se faisant dissocié, avec la lenteur dûe à l'aspect isolé, parcellaire, du travail médical, et les répétitions, l’attache au passé qu’impose la diécine des concours, à NS
Rapprochant par les sciences: Hart 1e aspects que la clinique avait séparés, n'ayant pas encore la
puissance de briser les anciens liens, remplaçant la grande fresque clinique, il s’éleva tout d’abord des masses informes où se mêlaient tant de sources différentes : architecture monstrueuse qui peu à peu se fragmentait, véritable carrière d’où s’échappaient des œuvres plus simples, édifices momentanément achevés, ou la clinique repose sur un socle stable, biologique, anatomique ou parasitologique le plus souvent. Cette fragmentation épuisant peu à peu la masse principale.
De cette scission demeurent chaque fois quelques termes épars, restes dont l’emploi persiste par suite d’une certaine facilité ou de la puissance d’images qu'ils apportent. toRr
Mais lorsqu'on essaye de les replacer, de les comparer aux nouveaux créés, ils apparaissent comme l'architecture en ruine de ces temples dont le sanctuaire est désert et dont les sentiments et les causes qui les firent édifier se sont dès longtemps affaiblis. L’habitude demeure. |
Comprendre comment sont nés ces termes, séquelles actuelles d’une évolution, évite de se demander ce qu’ils signifient, ce qu’ils contiennent.
Nous trouvons un exemple typique de cette évolution dans l’étude de l’ictère. Nous assistons à la fin de la fragmentation du syndrome ictère, qu’il est classique, en mettant à part l’ictère hémolytique, de grouper ainsi :
Ictères post-hépatiques (par obstruction) avec comme chefs de file
le pancréas, la lithiase.
Les ictères hépatiques ou par hépatite hépatite infectieuse :
à germes connus, à virus, hépatite toxique : alimentaire, médicamenteuse.