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PRÉFACE DE L'AUTEUR

Il n'est pas difficile d'être vertueux d'une façon négative et en rétrécissant son champ d'action. De môme n'est-il pas difficile de réussir, d'une certaine manière, dans la vie active, si l'on met de côté les considérations qui enchaînent les hommes honorables et droits. Mais il n'est nullement facile de combiner l'honnêteté avec un travail efficace ; c'est cependant la condition essentielle de toute oeuvre vraiment utile. Rêver d'admirables plans pour l'amélioration des conditions sociales et politiques n'est pas un travail pénible quand on est assis dans son bureau ; mais la pratique prouve trop souvent combien il est difficile d'en exécuter, même imparfaitement, une petite partie. Il faut pourtant faire continuellement cet effort, sous peine de renoncer à tout progrès dans notre vie politique.

Une seule qualité ou une seule vertu n'est pas suffisante pour assurer le succès; la vigueur, l'honnêteté, le sens commun sont également nécessaires.

L'habileté de l'homme pratique ne le rend que plus malfaisant s'il l'emploie à tort, soit par ig^norance, soit par manque d'honnêteté ; de même le doctrinaire, l'homme des théories écrites ou parlées, est inutile s'il ne peut aussi agir.

Ces essais sont écrits pour les hommes nombreux qui s'efforcent, par des actes, de réaliser un état de choses que nous espérons, sans pouvoir le préciser : pour les officiers subalternes de cette armée qui, malgré bien des chutes, des haltes et des faux pas, malgré des erreurs, des manquements et de pénibles échecs, au milieu d'une lutte épuisante, accomplissent cependant quelque chose pour le relÎ3vement de la vie publique.

Nous sentons que l'homme d'action est supérieur au critique, que l'homme qui lutte- est bien au-dessus de l'homme qui se tient à l'écart, quelles que soient les raisons de ce dernier pour agir ainsi, pessimisme ou faiblesse. Pour emprunter une comparaison au champ de foot-ball, nous croyons que les hommes doivent jouer loyalement [play fair)^ sans supercherie, et que le succès ne peut venir qu'au joueur qui frappe droit sur la ligne [who hits the linehard).

Théodore Roosevelt.

Sagariiore Hill, octobre 1897.

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