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LES COMPLICES DES LÉGISLATEURS CORROMPUS

Le cortège des législateurs corrompus est grossi d'une foule d'hommes qui ne sont pas mauvais au fond. Au premier rang se trouvent les êtres désespérants munis d'un projet de loi dont le- succès est pour eux une question d'avenir. Par exemple, un de ces hommes propose un bill afl"ectant des fonds du Trésor au drai-

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nage d'une rivière, à la construction d'une digue, à l'assainissement d'un marais ; il se peut que cette proposition soit raisonnable, mais elle est faite généralement dans l'intérêt d'un groupe d'électeurs qui ont donné à entendre h. leur député que sa situation dépend du succès de cette affaire. Il sent qu'il lui faut le succès à tout prix ; les politiciens malhonnêtes s'en aperçoivent et lui déclarent qu'ils s'opposeront à son projet à moins qu'il ne s'engage à soutenir aussi les leurs ; il résiste, au début, mais cède tôt ou tard ; dès lors il perd pour jamais son aptitude à faire une œuvre de bien public.

Un nombre encore plus considérable de députés dépendent de personnes interposées. Ces derniers sont généralement des politiciens qui ont un pouvoir absolu sur la « machine » du district, ou qui jouent un rôle très important dans les affaires politiques locales. Chose curieuse, ils ne sont pas toujours du même parti que le représentant du district : dans certains endroits, en particulier dans les quartiers pauvres des grandes villes, la politique devient une affaire comme une autre, et dans la course aux emplois lucratifs, il est très important pour un « leader » local d'avoir des appuis dans tous les partis. Lorsqu'un de ces hommes qui jouent ce rôle est envoyé à un corps législatif, il peut marcher avec son parti dans les questions d'intérêt public considérées comme secondaires par le (( leader », mais il doit redevenir passif quand il s'agit de questions intéressant le pouvoir, la bourse ou l'influence dudit « leader ».

D'autres députés encore sont influencés par quelque riche particulier qui ne s'occupe pas de politique, mais dont les affaires subissent le contre-coup d'une législation. Cet homme est disposé à payer une partie de la campagne électorale d'un individu ou d'une association, pour s'assurer à Albany quelqu'un qui puisse lui donner des informations sur ce qui s'y passe.

On présenta une fois à un comité dont je faisais partie, un projet de loi parfaitement raisonnable dans l'intérêt d'une certaine corporation; la majorité du comité était formée de six membres absolument corrompus qui commencèrent par s'opposer à ce projet dans l'espoir d'être payés pour cesser leur opposition. Or, en me chargeant de défendre ce projet de loi, j'avais stipulé qu'on ne dépenserait pas un seul penny pour assurer son passage. Il était par conséquent nécessaire de découvrir quelle pression pourrait être exercée sur les membres récalcitrants, quels étaient les ressorts qui les faisaient agir. Après enquête il ressortit que trois d'entre eux étaient sous le contrôle de politiciens de leur parti d'une honnêteté également douteuse; un autre était gouverné par un politicien de mauvaise réputation ; le cinquième, qui était démocrate dépendait d'un fonctionnaire républicain fédéral, et le sixième du président d'une compagnie de tramways à chevaux. Ces deux importants personnages n'eurent qu'à écrire à leurs députés et ceux-ci changèrent aussitôt d'opinion au sujet du bill.

A l'heure qu'il est, cependant, le plus grand danger se trouve dans la servilité du député vis-à-vis du

« boss n OU de la « machine » de son parti, ce qui le rend incapable de faire une œuvre politique utile.

Il y a deux moyens pour les politiciens de se procurer de l'argent. Premièrement, lorsqu'une riche corporation achète les votes pour faire triompher une loi en sa faveur; deuxièmement, lorsqu'un député présente un bill contraire aux intérêts de quelqu'un, dans l'espoir d'être ensuite payé pour l'abandonner. Cette dernière manœuvre, connue sous le nom de strike est d'un usage très fréquent; car, malgré la clameur qui s'élève contre elles dans les débats législatifs, les grandes compagnies industrielles subissent plus de torts qu'elles n'en font subir. Il est difficile, pour des raisons données plus haut, de prouver la culpabilité d'un député malhonnête, quoique nous ne manquions pas de lois contre l'achat des votes. La réforme doit venir de la masse de la nation. Aucun progrès ne se manifestera parmi les législateurs si le peuple ne se rend mieux compte de son devoir, si les journaux ne deviennent plus véridiques et plus consciencieux.

Ce n'est pas une tâche agréable de peindre un côté de la vie politique en couleurs aussi sombres ; mais puisque ce côté existe, que les lignes noires ne pourront être effacées avant que nous ayions courageusement reconnu leur existence, éviter d'en parler serait je crois la plus fausse des délicatesses. Toutefois il serait injuste d'accepter cette vérité partielle comme étant toute la \érité. Nous rendons le Parlement responsable de bien des maux dont la cause première se trouve dans nos propres erreurs.

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