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L INITIATIVE INDIVIDUELLE ET LA RÉFORME A NEW-YORK

électeurs de son district. Ni son but, ni ses méthodes ne sont bonnes; mais il déploie une grande activité et fait beaucoup d'oeuvres charitables, bien que sa charité soit assez mal comprise. Dès le début du Civic Club, M. Goddard avait entrepris ce genre de travail, mais d'une façon honnête et intelligente. Son entrée dans la politique aida beaucoup au développement du club, car dès lors tous les membres eurent un intérêt commun. Il est évident que Goddard n'aurait rien accompli s'il ne s'était mis à l'œuvre dans cet état d'esprit si essentiellement américain, de respect pour lui-même et pour ceux avec qui ou pour qui il travaillait. Un sentiment quelconque de condescendance ou de protection aurait tout gâté. Mais l'état d'esprit d'un homme qui commande le respect et qui l'accorde aux autres, qui cherche toujours à aider son prochain par un sentiment de fraternité, et qui est heureux d'être aidé par lui — cet état d'esprit permet aux hommes, dans toutes les situations de fortune et dans des conditions sociales très différentes, de travailler ensemble avec une bonne volonté généreuse au plus grand bien de tous. C'est ainsi que M. Goddard a travaillé. Il demeure dans son district et il a des rapports constants avec tout le monde. Si un homme est atteint de pneumonie, quelque membre du Civic Club s'empresse de demander à Goddard à quel hôpital il est préférable de transporter le malade. Si un homme a quelque mésaventure, c'est Goddard qui vient à son secours aux moments difficiles. Si, à la suite de quelque sottise, un jeune homme est envoyé dans un établissement pénitentiaire, c'est à Goddard

que l'on a recours pour tenter quelque chose en sa faveur. Son temps ne lui appartient pas et sa patience est continuellement mise à l'épreuve. Toutefois, un sentiment doit le récompenser de ses peines ; il fait bien un travail qui vaut la peine d'être bien fait. Un politicien clairvoyant disait l'autre jour que si dans vinsjt districts il y avait vingt hommes comme Goddard, la cité de New-York serait délivrée de Tammany, et que la « machine » républicaine deviendrait une représentation véritable du parti, répondant à ses meilleures aspirations.

Les « University Settlements » accomplissent une œuvre considérable. Comme on l'a très bien dit, ils réclament de ceux qui s'en occupent quelque chose d'infiniment supérieur à des aumônes ; ils leur demandent de contribuer au progrès des personnes avec qui ils sont en contact. Ces University Settlements aident le peuple à s'aider lui-même, non seulement en lui apprenant le travail et l'indépendance, mais en lui inspirant des idées plus justes et le désir d'une vie plus saine. Il serait difficile de citer une œuvre quelconque entreprise en faveur du bien qui n'ait reçu un secours efficace de M. James B. Reynolds et de ses collègues des University Settlements. Ils exercent une influence bienfaisante dans la vie politique et sociale, ils combattent le crime et augmentent la somme du bien-être matériel. Ils travaillent la main dans la main, et épaule contre épaule avec ceux dont ils désirent le progrès, et ils ont eux-mêmes part à ce progrès. Leur maison est le centre de toutes les agences actives d'amélioration

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sociale. Ils se sont efforcés de travailler non seulement pour le peuple, mais avec lui, d'agir en amis avec tous ceux qui luttent pour s'élever. Pour apprécier l'œuvre de rUniversity Seulement, il faut connaître les conditions de vie épouvantables de ceux qui logent dans ses environs. Le Settlement s'est inévitablement mêlé de politique de temps à autre, et il a toujours exercé une influence parfaitement saine. Il a offert au peuple des facilités d'éducation de tous genres, depuis des cours de danse et des leçons de musique, jusqu'aux clubs littéraires, aux bibliothèques et aux caisses d'épargne; — ces clubs étant organisés d'après le principe de l'indépendance et du « self-government ». — Le Settlement coopère activement avec toutes les organisations locales, telles que trade-unions, sociétés de secours mutuels, clubs sociaux, etc., pourvu que leur but soit honnête. Il a toujours désiré s'unir à des organisations indépendantes et non prendre la direction d'organisations dépendantes. Ses rapports avec les Trade-Unions ont eu des résultats très appréciables, car il les a aidés dans leurs entreprises raisonnables, et s'est efforcé de réprimer les mauvaises tendances de certaines unions. Il a, par exemple, travaillé à assurer la conciliation et l'arbitrage en cas de grève, avant que l'aigreur de part et d'autre soit devenue trop grande pour permettre un accommodement. Tout ceci est en dehors des études sociologiques du Settlement, et de sa coopération active avec les administrateurs qui désiraient son aide, comme feu le colonel Waring.

La politique honnête est une des formes de l'œuvre

sociale. Cette vérité n'est pas assez universellement reconnue. On n'est pas non plus suffisamment persuadé qu'une organisation religieuse active devrait, plus que toute autre, avoir une action considérable dans le relèvement social. Il nous faut des Eglises s'adaptant aux hommes de tous genres et de toutes conditions ; mais l'oeuvre la plus utile sera faite par cette Eglise chez laquelle l'esprit de fraternité est une force vitale, active, et non une simple formule; où le riche et le pauvre se réunissent pour s'entr'aider dans un but commun. Le meilleur moyen pour le frère d'aider son frère ne consiste pas à lui donner l'aumône, mais à faire avec lui un effort intelligent et résolu pour le progrès général. C'est dans ce but que travaille l'Église de Saint-George, sous la direction du D' W.-S. Rainsford. Les membres de l'Eglise de Saint-George sont pour la plupart des ouvriers — et déjeunes ouvriers. — C'est une Eglise libre qui contient plus de quatre mille membres, dont le plus grand nombre a été attiré par l'Ecole du Dimanche. Elle dépense de grandes sommes d'argent qui sont des dons de la généralité des membres et non de quelques particuliers. Les conditions de vie dans les environs ont été soigneusement étudiées, et l'Eglise s'est efforcée de remédier à celles qui étaient anormales. Une des difficultés dans l'East Side est que les jeunes gens, garçons et filles, n'ont pas de lieux de réunion convenables. L'Église de Saint-George a remédié autant que possible à cet état de choses en créant des sociétés d'études, des clubs, des divertissements, etc., dans de grands bâtiments lui appartenant. Il y a quelques

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années, il était nécessaire de faire surveiller les danses par des personnes choisies et par des clergymen. Actuellement, le niveau moral s'est tellement élevé, que les jeunes gens organisent leurs distractions comme ils l'entendent. Il y a un grand club athlétique et une école industrielle, un bataillon scolaire et un club pour les hommes ; il y a des classes de couture, des classes de cuisine, et un gymnase pour les jeunes ouvrières. Le personnel du D' Rainsford comprend des hommes et des femmes; les premiers habitent les étages supérieurs de l'établissement, les autres une petite maison en face. On s'efforce par tous les moyens possibles d'être en contact avec les ouvriers, non seulement pour leur plus grand bien, mais pour celui des personnes qui s'en occupent.

L'Eglise devrait, plus que toute autre société, réunir les hommes sur le terrain de l'égalité humaine, dans des conditions de sympathie et de respect mutuels. Tous les membres doivent travailler afin de retirer un avantage de leur association ; mais aux hommes et aux femmes instruits qui ont des loisirs, on a le droit de demander un effort continu en faveur de leurs frères. De telles personnes doivent justifier par leur travail les conditions de société qui leur ont permis de s'enrichir, d'avoir une éducation et des loisirs. Consacrer son temps et son intelligence au développement d'une œuvre, vaut mieux que de lui donner son argent ; et bien qu'il soit parfois absolument nécessaire d'avoir des auxiliaires payés, il est rare qu'ils puissent remplacer les aides volontaires.

Bien entendu, l'Eglise de Saint-George n'a pas résolu tous les problèmes sociaux dans son voisinage immédiat. Mais elle s'est efforcée sérieusement d'en résoudre quelques-uns et y a réussi dans une certaine mesure. Son œuvre la plus utile a sans doute été le développement du côté social dans l'organisation de l'Église. Des occasions de relations sociales honnêtes sont une immense sauvegarde morale, et on devrait encourager les jeunes gens de bonne réputation et d'habitudes sérieuses à se rencontrer dans des conditions agréables. L'œuvre d'une église de faubourg dans la cité de New- York présente des difficultés uniques, mais elle dispose aussi de ressources uniques. Il n'est que juste de dire, dans le cas de l'Église de Saint-George, que les difficultés ont été vaincues, et que l'on a tiré des ressources le meilleur parti possible.

Les différentes variétés de travail décrites plus haut ont pour principal caractère l'effort combiné du grand nombre dans le but d'aider chacun à s'élever. Il y a en dehors d'elles bien des œuvres charitables proprement dites, pour lesquelles le travail ne manque pas. Il faut à ces œuvres une organisation très complète, comme celle du State Charities Aid Association. Là encore, les gens du dehors seraient stupéfaits d'apprendre tout ce que l'Association accomplit chaque année.

Une œuvre des plus efficaces est celle accomplie par la Légal Aid Society fondée par Arthur von Briesen, dont le but fut exclusivement charitable au début. II s'agissait tout d'abord de remédier aux injustices colossales dont les plus ignorants et les plus pauvres de nos

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immigrants sont souvent victimes ; la Légal Aid Society protège maintenant toutes les classes d'Américains et d'immigrants. II y a toujours parmi les pauvres et les ne'cessiteux des milliers d'individus incapables qui sont exploités par différents genres d'escrocs. S'ils sont très pauvres, ils n'ont aucun moyen d'obtenir justice; et si en plus ils sont étrangers et ignorent notre langue, ils ne savent pas quelles sont les démarches à faire pour que leurs droits soient reconnus. Les injustices qu'on leur fait subir paraissent peut-être insignifiantes, mais elles ne le sont pas pour ceux qui les subissent, et dans l'ensemble, la somme de misères qui en résulte est considérable. La Légal Aid Society a entrepris d'obtenir justice pour les victimes de tous genres. La femme qui a été abandonnée ou maltraitée par son mari, la pauvre servante dont les gages ont été volés, l'immigrant qui est tombé aux mains d'un filou, l'homme ignorant notre langue et nos lois qui a été arrêté pour une action qu'il se croyait autorisé à faire — tous ceux-ci et bien d'autres encore réclament les secours de la Légal Aid Society et obtiennent justice dans la plupart des cas. — L'œuvre ainsi accomplie ne profite pas seulement aux malheureux secourus ; elle profite à l'ensemble de la société. En effet, elle laisse dans l'esprit de l'immigrant qui débarque sur nos côtes, non le souvenir obsédant de l'injustice, mais l'impression que dans ce Nouveau Monde où il est venu chercher fortune, il y a des hommes désintéressés qui cherchent à faire prévaloir la justice.

Certains hommes travaillent avec plus de succès lors-

qu'ils font partie d'une organisation. D'autres réussissent mieux en travaillant seuls. Dernièrement, une personne, dont le jugement a beaucoup de poids, fit allusion h M. Jacob A. Riis comme étant « le plus utile citoyen de New-York ». Les concitoyens de M. Riis, qui connaissent son œuvre, partagent tout à fait cette opinion. Les misères sans nombre qui se cachent dans nos institutions politiques, qui s'étalent au grand jour dans les quartiers pauvres, et qui résident d'une façon permanente dans les tristes bouges où s'entasse une foule de misérables, ont trouvé en M. Riis le plus formidable adversaire qu'ils aient à New-York. Des hommes et des femmes sérieux et zélés ont été remués jusqu'au fond de l'àmc par le spectacle de la misère et du crime qui s'abritent dans ces repaires. Ces hommes et ces femmes ont travaillé avec intelligence et courage a faire disparaître ces maux. Mais M.. Riis avait en plus de ces qualités le don de l'expression, le don de faire voir aux autres ce qu'il voit, de leur faire sentir ce qu'il sent. Son livre : How the Other Half Lives ^ a beaucoup remédié à l'ignorance dans laquelle vit une moitié du monde de New-York, concernant la vie de l'autre moitié. De plus M. Riisconnaît, par son expérience personnelle, une grande partie des faits qu'il raconte. Il était d'origine danoise, et pendant les premières années de sa jeunesse, lorsqu'il venait de débarquer aux États-Unis, il connut la lutte pénible réservée même aux plus énergiques et aux meilleurs, qui vont sans argent chercher fortune

* Comment vit l'autre moitié.

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en pays étranger. L'horrible souvenir des dépôts de police s'est imprimé profondément dans son âme, car lui-même y a logé. Il a connu la brutalité de quelquesuns des membres de la police. Il a été maltraité, et a vu tuer le chien errant, son seul ami, qui avait tenté de lui prouver son affection en le défendant. Il a dormi sur le pavé et a été privé de nourriture pendant plusieurs jours. Il se souvient de toutes ces choses, et son travail comme reporter du Sun de New-York lui a permis d'accroître ses connaissances tout en exerçant sa profession. Il y a certaines qualités que doit avoir le réformateur, s'il veut être un réel réformateur et non un pur dilettante. En effet, il risqiie continuellement de tomber dans la foule des gens bien intentionnés qui, en demandant l'impossible, font plus de mal que de bien. Il lui faut un courage indomptable, le désir désintéressé de faire le bien, et surtout un solide bon sens. Ces qualités là lui sont indispensables, mais il lui est aussi très avantageux d'avoir de « l'humour ». Jacob Riis réunit ces différents avantages. Jamais un échec n'a ébranlé son courage. Le souvenir de ses épreuves ne l'a jamais aigri. Sa connaissance profonde des souffrances d'autrui n'a pas obscurci son jugement, ne l'a jamais entraîné à l'exagération sentimentale — ce piège que peu de gens savent éviter à cause de l'intensité de leur sympathie, et que d'autres évitent, non pour des motifs raisonnables, mais à cause de la dureté de leur cœur. Il prêche toujours la pitié, mais reconnaît avant tout la nécessité de la justice. Il n'a aucune sympathie pour le leader d'émeute, le lanceur de bombes. Personne n'a

insisté plus que lui sur le danger que font courir à la société les violateurs de la loi. Il s'efforce de détruire les maux existants, mais il n'a aucune parenté avec les rêveurs qui cherchent l'impossible, les hommes qui parlent de reconstituer l'ordre social, mais qui ne travaillent pas à alléger du poids d'une plume le fardeau de l'humanité. Tout homme qui s'efforce, même dans une faible mesure, de faire le bien suivant la lumière qui est en lui, peut compter sur l'aide de Jacob Riis. Qu'il soit comme le colonel Waring, un fonctionnaire public cherchant à réformer une partie de l'administration de la Cité ; qu'il s'intéresse à un club de jeunes gens à la campagne, ou à un projet pour la création de petits parcs dans la Cité ; qu'il s'efforce d'améliorer les conditions de vie dans les tenement houses, quel que soit son but, du moment que c'est un but utile, il peut compter sur l'aide efficace de Jacob Riis car il connaît peut-être plus qu'aucun autre, les besoins des différents groupes d'individus formant la masse de la population de New- York.

Au milieu de la vie intense de la grande cité, il y a des gens qui s'efforcent d'accomplir leur devoir envers leur prochain, de différentes façons et suivant leurs moyens et leurs capacités variables. J'en ai nommé quelques-uns comme incarnant ces différentes manières d'agir. Aucune règle absolue ne peut être donnée sur la façon d'accomplir cette œuvre ; mais tout homme, quelle que soit sa situation, doit s'efforcer de la faire d'une façon quelconque. L'avantage personnel qu'elle lui vaudra est presque égal à celui qu'elle procurera aux

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