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L'INITIATIVE INDIVIDUELLE ET LA RÉFORME A NEW- YORK

Tous ceux qui se font une idée exacte des problèmes si complexes de notre vie moderne ; tous ceux qui savent quelle somme d'efforts bienfaisants est désignée sous le nom de philanthropie, faute d'expression plus appropriée, doivent se rendre compte de la variété infinie de l'œuvre sociale à accomplir. Cette œuvre sera évidemment bien faite si chacun se met au travail de la façon la plus appropriée à ses goûts et à ses intérêts, et le champ est si vaste que toutes les variétés d'ouvriers peuvent y prendre place. Certaines qualités sont indispensables à tous ceux qui veulent agir. Le travailleur, quelle que soit la voie qu'il ait choisie, doit posséder non seulement les qualités d'énergie, de fermeté, de charité et de sympathie pour tous, mais encore le bon sens pratique et une profonde aversion pour ce qui est purement sentimental et inactif. La philanthropie du fourneau gratuit est pire qu'inutile, car dans la philanthropie comme dans toutes les autres branches de l'activité humaine, le manque d'intelligence cause autant

de maux que la dureté de cœur. La philanthropie la plus élevée est celle qui provient d'un sentiment de fraternité, et qui s'appuie sur la base de l'obligation mutuelle et de l'effort commun. Le meilleur moyen d'aider quelqu'un à se perfectionner consiste à travailler de concert avec lui, et de cet effort fait en commun résultera un double perfectionnement. Cela a été fait dans des usines à Gleveland, Dayton, Pittsburg et ailleurs, où l'amélioration de la classe ouvrière s'accomplit grâce à des mesures également avantageuses à l'employeur et à l'employé.

Tout homme qui prend une part active à la vie variée, occupée, et intéressante de New-York, doit être frappé non seulement du nombre d'influences malsaines, mais aussi du nombre d'influences bienfaisantes qu'il y constate. La plupart de ces dernières ne sont pas dues à la philanthropie dans le sens étroit de ce mot; mais c'est le cas de beaucoup d'entre elles et leur variété est très grande. Je ne puis donner ici que quelques exemples delà manière dont s'accomplit à New-York l'œuvre philanthropique réellement bienfaisante. Il estnécessaire de nommer quelques individus, pour indiquer clairement les différentes variétés. Ces individus personnifieront certaines méthodes. Je pourrais en citer bien d'autres, mais ceux que j'ai choisis ont eu une action très puissante dans les parties différentes du vaste champ ouvert à leur dévouement.

On peut faire beaucoup de bien uniquement par la charité, et dans certains cas l'œuvre ne peut avoir qu'un caractère charitable. Les ouvriers de la charité accom-

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plissent un bien inestimable. Mais, dans l'ensemble, il est de plus en plus évident que les classes inde'pendantes de la société — les classes qui n'ont pas cédé aux influences malsaines si nombreuses dans les villes, — sont le plus à même d'améliorer la vie politique et sociale. Elles le ferontparfoisen groupant les efforts qui ontpour but d'égaliser les chances de progrès individuel ; d'autres fois le meilleur moyen d'action sera aussi le plus ancien et le plus simple, l'influence d'un homme de valeur sur un autre homme capable d'apprécier cette valeur. Les conditions sociales et politiques se confondent souvent, et tendent toujours à agir et à réagir les unes sur les autres. Il est impossible d'atteindre un idéal élevé de vie politique dans une société misérable et d'une ignorance grossière ; de même le bien-être matériel dans une société a des chances de marcher de pair avec le perfectionnement moral etintellectuel, qui assure l'honnêteté et l'action efficace dans les questions d'intérêt public. On arrive à la politique par des chemins très différents ; mais M. F. Morton Goddard est probablement le seul homme de la cité de New-York que la philanthropie aitconduitau gouvernement d'un district. M. Goddard, convaincu de la nécessité d'employer sérieusement sa vie, choisit comme champ d'expériences un quartier de l'East-Side, et s'y installa, n'ayant pas la moindre intention d'entrer dans la vie politique. Il prit une chambre dans une tenement house^ avec l'intention de mettre ses aptitudes à l'épreuve, et de voir s'il

' On appelle, lenement houses les maisons dans lesquelles les familles ouvrières sont entassées . d'une façon anormale. (N. d. T.)

était capable de fonder ce que Ton a appelé depuis un « seulement^. » Il s'intéressa très rapidement aux hommes avec lesquels il se trouvait en contact, et il fut bientôt convaincu qu'il obtiendrait un résultat meilleur en agissant seul qu'en se joignant à d'autres. Au bout de quelques semaines, il fonda un petit club qui se réunit d'abord dans une seule chambre. Deux ans après, ce petit club était devenu le Civic Club situé au 243 de la trente-quatrième rue Est, et il n'existe pas dans tout New-York un centre où l'effort social et politique se manifeste plus vigoureusement. M. Goddard ne tarda pas à se trouver en contact avec cet immense système de corruption si puissamment organisé, connu sous le nom de Tammany, et qui cache ses mauvaises actions sous les dehors d'une soi-disant charité. Tout individu en révolte contre l'ordre social, depuis le repris de justice jusqu'au propriétaire de tripot, avait quelque lien avec Tammany, et toute entreprise quelconque amenait toujours le contact avec un homme ou une institution dépendant de Tammany. M. Goddard comprit qu'à l'organisation il fallait opposer l'organisation ; et ayant un esprit profondément pratique, il se mit à organiser les éléments honnêtes de telle sorte qu'ils pussent faire échec à la malhonnêteté organisée. Il résolut d'employer l'organisation du parti républicain, pour l'exécution de son projet. Dans l'état actuel des choses, l'organisation

* On désigne parse//Ze?nenn'étabIissement d'un certain nombre de personnes instruites et éclairées dans un quartier ouvrier avec le dessein de faire une œuvre moralisatrice et éducatrice. (N. d. T.)

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républicaine du district en question ne jouait pas d'autre rôle que de nommer des déle'gue's aux réunions électorales préparatoires, et avait à sa tête des hommes moins corrompus que les « leaders » de Tammany, mais loin de considérer les choses au môme point de vue que Goddard. Trois voies étaient ouvertes devant lui : il pouvait s'abandonner au courant établi ; il pouvait fonder une nouvelle organisation, auquel cas il avait quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent de n'obtenir aucun résultat ; il pouvait enfin faire un énergique effort pour réformer l'organisation républicaine existante. Il choisit cette dernière alternative, et commença une vigoureuse campagne pour s'assurer le succès. Deux factions existaient alors dans le parti républicain, toutes deux avaient à leur tête des politiciens de profession. Au début,, les deux factions considérèrent l'entreprise de Goddard avec un sourire de pitié, se disant qu'il suivrait le même chemin que tant d'autres jeunes gens qui avaient manqué de persévérance ou de bon sens. Mais Goddard était un homme pratique, passant ses journées et ses soirées à perfectionner son plan, et agissant au moyen du Civic Club. Il exerçait déjà, grâce à ce club, une immense influence dans le district, et il put former une organisation qui, sans pouvoir lutter contre la discipline et les habiles manœuvres de Tammany, était cependant capable de triompher de la «machine» beaucoup plus faible des politiciens du parti républicain. Au « primary » il obtint' plus de votes que ses deux adversaires réunis. Il faut connaître la vie politique pour se rendre compte de Tétonnement dont ce

résultat fut la cause parmi les politiciens des autres assemblées de districts. Ils avaient enfin sous les yeux un réformateur dont les aspirations se manifestaient par des actes. Cet homme savait ce qui pouvait et aussi ce qui ne pouvait pas être fait; il n'était jamais satisfait qu'après avoir obtenu des résultats aussi bons que possible ; mais il ne dédaignait jamais ces résultats, sous prétexte qu'ils étaient inférieurs à son idéal. Il ne cherchait pas à réformer l'univers entier mais simplement son propre district, et tout en comprenant la valeur des discours et des essais purement intellectuels, il considérait le travail persévérant et ardu inspiré par le sens pratique, comme leur étant infiniment supérieur.

Il est moins difficile de gagner une victoire que d'en conserver le fruit. M. Goddard réussit à faire les deux. L'année suivante, lorsque les politiciens de la vieille école tentèrent de lui enlever la direction de son district, il les battit plus complètement encore que la première fois ; et lorsque la Convention Nationale Républicaine se réunit, il fut victorieux aux élections du Congrès dans son district, et envoya deux délégués à Philadelphie. Ses succès ne se bornèrent pas du resle au « primary ». Sous sa direction, les votes républicains augmentèrent considérablement dans son district, où il a maintenant une influence plus grande que celle de tout autre «leader» de la cité. Il obtient cette popularité par l'emploi honnête des méthodes sociales de Taramany. Le « leader » de Tammany est puissant grâce au contrôle perpétuel qu'il exerce sur presque tous les

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