I. Règle, c VIT
serrer intimement contre son sein. Ce qu'il y a à faire en ce cas, c'est de pénétrer plus avant et avec courage dans cette nuit obscure de la foi pratique. Sans crainte d'importuner notre Père spirituel, faisons-lui connaître sans détour cette situation particulière de notre âme. De lui-même, . il nous exhortera à chercher notre salut dans une obéissance plus plénière et plus intime. Dieu ne saurait refuser à l'âme qui le sert la lumière qui doit guider ses pas dans la voie de la paix. I^'incertitude non plus que le découragement ne sont jamais le fait de Dieu :" s'il nous y abandonne à certains moments, c'est pour nous contraindre amoureusement à chercher plus avant dans l'obéissance la raison prépondérante qui seule peut nous arracher à l'irrésolution. Ira Règle et la plupart des Constitutions monastiques contiennent fort peu de ces détails minutieux propres à faire sentir le joug du service de Dieu. Les plus sages fondateurs des congrégations bénédictines, à notre époque, ont voulu que, les grands principes une fois établis, tout le reste fût affaire de l'esprit, et ressortît plutôt de la règle vivante qui est l'Abbé, que de la lettre morte d'un règlement quelconque. Il en résulte que, si nous n'y prenons garde, si nous ne nous tenons près du Supérieur, nous aurons moins d'occasions de nous nourrir de ce pain de l'obéissance qui fut l'aliment de Jésus. Or, Dieu qui aime nos âmes, ne veut pas qu'il en soit ainsi ; c'est pourquoi il nous aiguillonne par moments, pour nous obliger à redire ce cri qui nous rappelle forcément que nous sommes moines, c'està-dire hommes d'obéissance : Quid faciemus ? Que
faut-il que nous fassions, à telle heure, dans telle situation, dans ces détails en apparence si secondaires ? Quîd faciemus ? Que cette demande soit toujours accompagnée de la sainte charité qui espère tout : et avec elle, comme dit le bienheureux Père ^, nous ferons même des choses impossibles, et jusqu'à des miracles s'il le faut. A mesure que nous cesserons de nous confier en nous-mêmes, nous sentirons davantage que vraiment nous pouvons tout en celui qui est notre force ^. C'est là un terrain tout spirituel, sur lequel nous ne devons point demeurer en arrière sur nos devanciers. Que l'obéissance fleurisse parmi nous comme aux premiers jours, abondante, simple, héroïque : et l'on ne tardera pas à s'apercevoir que le coenohitarum fortissîmum genus^, que la race des vrais et grands moines d'autrefois n'a point encore disparu complètement de l'Église de Dieu.