Matth. XIV
C'est un grand mystère que le développement et la puissance que prend cette foi dans les âmes, à mesure qu'elles se rapprochent de Dieu. Il y a des moines qui remplissent à peu près ce qu'il faut pour ne violer sensiblement ni le vœu ni même la vertu d'obéissance ; mais, pour le reste, ils ne songent guère à s'élever plus haut, ils sont heureux ainsi. Gardons-nous de les accuser témérairement : souvent il n'y a pas en cela de leur faute ; peut-être Dieu ne les a-t-il point destinés à gravir plus avant l'échelle sainte de l'obéissance. Car, là aussi, l'appel divin a disposé des degrés bien divers : diversos gradus vocatio divina ascendendos înseriiit ^. Il en est toutefois dont Dieu réclame manifestement davantage, et voici un des signes auxquels on peut reconnaître cet appel. Il y a certaines âmes qui, sans manquer des dons naturels que le monde estime, se trouvent parfois en proie à une sorte d'abandon douloureux : elles, qui sembleraient devoir être pleines d'expédients et de grands projets, se sentent intérieurement privées de toute initiative. On se figure au dehors qu'elles pourraient habilement diriger les autres, et peut-être en certaines circonstances étaient-elles tentées de le croire elles-mêmes : mais le moment est venu où elles ne peuvent faire un pas toutes seules, même lorsqu'il s'agit simplement de choisir entre plusieurs manières indifférentes d'accomplir un même ordre du Supérieur. Oh ! que ces âmes se réjouissent de cet état en apparence si humiliant : Dieu n'abandonne jamais ainsi ceux qu'il aime, que pour les rapprocher et les