I. Rom. XII, I
qui mange ne méprise pas celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne méprise pas celui qui mange... Que chacun agisse d'après sa conviction, et en vue du Seigneur. Que celui qui mange, mange en vue du Seigneur, et que celui qui ne mange pas, s'abstienne aussi en vue du Seigneur. Nul de nous ne vit pour soi-même, et nul ne meurt pour soi-même. Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur par la sainte obéissance qui inspire et dirige tous nos actes. Comment, après cela, pourrions-nous juger notre frère, juger le serviteur d'autrui ? »
Au reste, en dehors même de ces inspirations particulières, nous trouverons tous dans la sainte Règle une invitation continuelle à nous mortifier, si nous saisissons bien un de ses traits caractéristiques, je veux dire cette habitude invariable de placer à côté des moindres délits le remède salutaire de la satisfaction. Comment des hommes qui se soumettent à chaque instant à ces sortes de satisfaction pour une infraction légère, pour quelque négligence involontaire, comme le bris d'un objet ou une inexactitude à l'office, comment ces hommes pourraient-ils faire bon marché de l'obligation de satisfaire à la justice divine pour les fautes intérieures et quotidiennes, pour celles surtout plus graves et plus nombreuses qu'ils sont peut-être venus expier au monastère ? Que si Dieu leur a fait la grâce de l'offenser moins que certains autres, la vue de cet océan de péchés dont le flot montant à nos côtés pesa un jour de tout son poids sur la tête d'une Victime chère et sacrée ne leur inspirera-t-elle pas quelque chose du
2èle qui remplissait le prophète Élie pour le Seigneur Dieu des armées^ ? Et sans affecter de se poser eux-mêmes en victimes, ne seront-ils pas bien aises de s'associer, du moins pour une part, aux efforts héroïques de tant d'âmes, qui cherchent à réparer les outrages faits à la Majesté divine, à implorer sa miséricorde pour un monde démesurément coupable, à essayer enfin sur elles-mêmes quelques épines de cette couronne sanglante, la seule qu'ait voulu connaître ici-bas leur Époux ?
Tout cela n'est certes aucunement réjouissant pour la nature. Mais n'oublions pas le mot de notre B. Père^: le cœur ne tarde pas à se dilater sous l'action bienfaisante de l'esprit de pénitence ; et bientôt l'amour règne, il règne à ce point, qu'il chasse à la fin tout autre mobile. Grâce à Dieu, nous en avons sous les yeux de touchants et quotidiens exemples : aussi n'avons-nous pas à craindre de voir de sitôt s'accréditer parmi nous ce refrain habituel aux âmes lâches de tous les temps, à savoir que nos constitutions affaiblies ne permettent plus de faire ce qui se pouvait autrefois. I^e fait est incontestable : aussi la discrétion de l'Église y a-t-elle pourvu, en tempérant considérablement la rigueur de la discipline primitive. Mais il est non moins vrai que Dieu, même à notre époque, continue d'inspirer aux âmes d'élite une égale ardeur pour les saintes austérités de la vie pénitente, et que la vie religieuse perdrait presque tout son lustre, si l'on consentait à la réduire à cet égard autant que le voudrait le courant de