I. Vie de la Mère Marguerite Hallahan. Trad. franc. p
Et baptisetur unusquisque vestruni in remissionem peccatorum.
Et que chacun de vous soit baptisé pour obtenir le pardon des péchés.
I^a pénitence, c'est-à-dire la faculté de changer ses dispositions intérieures, est pour l'homme un grand moyen de salut. I^'ange ne l'a point : et c'est pour cela qu'une fois tournés vers le mal, les esprits superbes s'y sont fixés sur-le-champ, sans pouvoir jamais se retourner vers leur Créateur. Iv'homme, au contraire, à cause même de son infériorité naturelle, n'adhère jamais ici-bas tellement au mal que, la miséricorde divine s'y mêlant, il ne puisse espérer de tout regagner, là même où tout semblait perdu pour lui.
Mais encore cette facilité de se repentir ne laisset-elle pas de constituer un véritable danger. Il est à craindre que l'homme, qui se repent si vite, ne se repente du bien comme du mal, et l'expérience de chaque jour prouve trop bien jusqu'à quel point cette crainte est fondée.- Pour prévenir de la part de ses fidèles ces retours déplorables, le Christ a voulu que nul ne fût admis à faire partie de son corps
mystique, qu'après s'être soumis à une initiation mystérieuse, dont le souvenir et l'efficacité rendît comme impossible tout mouvement de recul, toute apostasie. I^e terme de cette initiation, c'est le sacrement de baptême ; et c'est pourquoi saint Pierre, après avoir exhorté ses auditeurs à faire pénitence, leur conseille aussitôt de se fixer à jamais dans leurs nouvelles dispositions par la réception du baptême, leur promettant qu'ainsi tous leurs péchés leur seront remis : Bt haptisetur umisquisque vestrum in remîssionem peccatorum.
Le moine, lui aussi, avant d'être admis dans la famille monastique, doit subir une initiation aboutissant à l'acte qui le fixe définitivement dans la vie religieuse, à savoir la sainte profession. Nous traiterons brièvement ici des nombreuses analogies qui existent entre cette profession monastique et le baptême chrétien ; nous verrons ensuite comment la valeur expiatoire de la profession peut être, jusqu'à un certain point, assimilée à celle du baptême.
Le baptême chrétien exige d'abord une période plus ou moins longue de préparation : c'est le catéchuménat, sorte de stage pendant lequel les candidats subissent les exorcismes, écoutent les catéchèses faites par l'évêque ou son remplaçant. Vers la fin de ce temps d'épreuve, a lieu la traditîo legîs. christianae, avec les scrutins où doit être décidée l'admission des néophytes au baptême.
L'aspirant à la profession monastique doit aussi passer par une sorte de catéchuménat : c'est le noviciat, cette période de douze mois durant laquelle il lui faut subir en toute patience les épreuves et les
corrections auxquelles l'Abbé ou son représentant jugeront à propos de le soumettre. Que sont ces petites épreuves de toute sorte, sinon autant de formules irnprécatoires, de véritables exorcismes destinés à faire perdre tout droit au malin sur l'âme qui veut se consacrer toute à Dieu ? Rappelons-nous ces deux traits de la vie de notre bienheureux Père : le coup de verge qui délivre le moine vagabond de l'influence du petit négrillon, et le soufflet qui chasse le malin esprit du corps du bon vieux frère. Les réprimandes, les remarques, les pénitences infligées par le Maître des novices sont autant de coups de verges, autant de soufflets appliqués à notre ennemi. L/aissons-nous faire. Lorsque l'Église entreprend de consacrer quelque chose à Dieu, soit de l'eau, soit du sel, soit une cloche, soit un lieu de prière, elle commence par l'exorcisme, par l'expulsion complète du démon : elle ne peut moins faire, quand il s'agit de restituer pleinement à son service la créature raisonnable qui a fourni à Satan l'occasion d'exercer son empire en ce monde.
Un autre devoir de nos aspirants, c'est de prêter une attention religieuse aux instructions spéciales plus nombreuses qui leur sont faites durant l'année du noviciat. Il faut qu'ils sortent de là emportant dans leurs cœurs ce fermentum divinae justitiae dont parle la sainte Règle ^, et qui doit communiquer une saveur céleste à tous les actes de leur carrière monastique. Il faut qu'ils s'imprègnent profondément du véritable esprit chrétien, si peu compris aujourd'hui dans le monde, qu'ils s'éprennent