Règle, prologue
L'Idéal Monastique. la
imperfections. Rien ne doit nous étonner, en fait de misères : ce serait une marque que nous ne nous connaissons guère nous-mêmes. Et ne soyons pas surpris que les autres constatent comme nous ces misères : elles sont notre bien commun à tous. Visons sans doute généreusement à la perfection de notre état ; mais aussi rappelons-nous que cette perfection consiste avant tout dans l'amour, et mettonsnous en garde contre cette tendance regrettable qui porte nombre de personnes dévotes à régler l'extérieur avant l'intérieur, le plus souvent à ses dépens. Ne cherchons guère directement à produire sur les autres cette sorte d'édification qui s'obtient par un maintien forcé, un certain agencement des membres, toutes choses dont le caractère conventionnel se trahit incontinent. Il est remarquable que s. Benoît a mis au degré suprême de son échelle la perfection du maintien, qui procède de la parfaite humilité intérieure. C'est là une preuve de sa sagesse et de son esprit d'obsei*vation : s'il avait obligé les commençants à s'y conformer, c'eût été à la fois intolérable et faux.
Or, et c'est par quoi nous finirons, rien n'est plus contraire au caractère du bénédictin que la fausseté et la duplicité. Le monde, même à notre époque, s'accorde à reconnaître en lui ce don spécial de franchise et de simplicité : il ne faut pas que la pratique de la prudence chrétienne, particulièrement indispensable à notre époque, porte aucune atteinte à cette vertu héréditaire de droiture et de sincérité, si justement appréciée et de Dieu et des hommes. Un écrivain anglais a dit : « Etre simple
et aimant, c'est comme si Ton était né roi. » I^' empire que le moine exerce dans le monde des âmes tient en grande partie à l'ascendant irrésistible de cette aimable simplicité. Au ciel aussi, après la résurrection, elle constituera une des qualités propres aux bienheureux, s'il est vrai, selon la belle définition de saint Augustin, que « la simplicité consiste à ne rien avoir qu'on puisse perdre : dicitur sîmplex, cui non sît aliquîd hahere, quod vel possit amittere ^. » Dans le sens rigoureux, une telle simplicité n'appartient sans doute qu'à Dieu seul ; mais quelle est la raison d'être de notre vie monastique, quelle fut celle de la vie chrétienne à ses débuts, . sinon de chercher à nous rapprocher sans cesse de Dieu, jusqu'à ce qu'enfin nous parvenions à le toucher : quaerere Deum, si forte attrectent eum ^ ?