‹ L'idealisme anglais; étude sur CarlyleChapitre 4 sur 8 · SA PHILOSOPHIE, SA MORALE ET SA CRITIQUE · texte numérisé non relu

SA PHILOSOPHIE, SA MORALE ET SA CRITIQUE

« Ceci n’est pas une métaphysique, ou quel*- » que autre science abstraite ayant son origine » dans la tête seule, mais une philosophie de la » vie, ayant son origine aussi dans le cœur, et » parlant au cœur (1). «Carlylea conté, sous le

(1) * However it may be with Metaphysics, and other abstract science originating in the bead ( Verttund, ) alone, no Life-Philosophy ( Lebensphilotophie ) , sueh as this of Clothes prétends to be, whiih originales equally in the Character ( Gemüih ), and equally speaks thereto, can a» tain its significaoce till the Cliaractcr itself is known and seen. »

nom de Teufelsdroekh, toute la suite des émotions qui y conduisent. Ce sont celles d’un puritain moderne ; ce sont les doutes, les désespoirs, les combats intérieurs, les exaltations et les déchirements par lesquels les anciens puritains arrivaient à la foi : c’est leur foi sous d’autres formes. Chez lui comme chez eux, l’homme spirituel etinférieur se dégage de l’homme extérieur et charnel, démêle le devoir à travers les sollicitations du plaisir, découvre Dieu à tra- ‘ vers les apparences de la nature, et au delà du monde et des instincts sensibles aperçoit un monde et un instinct surnaturels.

Le propre de Carlyle, comme de tout mystique, c’est de voir en toute chose un double sens. Pour lui, les textes et les objets sont capables de deux interprétations : l’une grossière, ouverte à tous, bonne pour la vie usuelle; l’autre sublime, ouverte à quelques-uns, propre à la vie supérieure. « Aux yeux de la vulgaire » logique, dit Carlyle, qu’est-ce que l'homme? » Un bipède omnivore qui porte des culottes. Aux » yeux de la pure raison, qu’est-il? Une âme, un » esprit, une divine apparition. » — «11 y a un » moi mystérieux caché sous ce vêtement de

» chair. Profond est son ensevelissement sous ce » vêtement étrange, parmi les sons, les couleurs » et les formes, qui sont ses langes et son lin- » ceul. Et pourtant ce vêtement est tissé dans le » ciel et digne de Dieu (1). » — « Car la matière » est esprit, manifestation de l’esprit. La chose » visible, bien plus la chose imaginée, la chose » conçue, de quelque façon que ce soit, comme » visible, qu’cst-elle, sinon un habit, le vêtement » de quelque chose de supérieur et d’invisible, » d’inimaginableet sans forme, obscurci par l’cx- » cès même de son éclat (2). . . . Toutes les choses » visiblessont des emblèmes: ceque’tuvois n'est

(1) Sartor, 75, 76, 83, 259.

(2) n For Malter, were il never so despicable, is Spirit, lhe manifestation of Spirit : were it never so honourable, can it be more? The thing visible, nav the tbing imagined, the thing in any way conceivcd as visible, vvhat is it but a garment, a clothing of the higher, celestial invisible « unimaginable, formless, dark witli excess of bright ? »

t Ail visible ihings are emhlems ; what thou seest is not » there on its own account; strictly taken, is not there at » ail : Malter exists only spiritually, and to represent some » Idea, and body it fortb. «

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» pas là pour son propre compte. À proprement » parler, il n’y a rien là. La matière n’existe que » spirituellement, pour présenter quelque idée » et l’incarner extérieurement. Est-ce que l’ima- » gination n’est pas obligée de tisser des vête- » meuts, des corps visibles par lesquels les inspi- » rations et les créations invisibles denotre raison » sont révélées comme le seraient des esprits, et » deviennent toutes-puissantes? « Le langage, la poésie, les arts, l’Église, l’État ne sont que des symboles. « Ainsi, c’est par des symboles (1) que » l’homme est guidé et commandé, heureux ou » misérable ; il se trouve de toutes parts enveloppé » de symboles reconn us com me telsou non recon- » nus. Tout ce qu’il a fait n’est-il pas symbolique? » sa vie n’est-elle pas une révélation sensible du » don de Dieu, de la force mystique qui est en

(1) « In the Symbol proper, what we can call a Symbol, » there is ever, more or less dislinetîy and dircctly, somel » embodiinent and révélation of the Infinité; the Infinité is » made to blend itself with the Finite, to stand visible, and j > as it were, attainable there. Uy Symbols, accordingly,

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» lui ? » Montons plus haut encore, et regardons le temps et l’espace, ces deux abîmes que rien ne semble pouvoir combler ni détruire, et sur lesquels flottent notre vie et notre univers.

« Ils ne sont que les formes de notre pensée... Il » n’y a ni temps ni espace, ce ne sont que de gran- » des apparences » , enveloppes de notre pensée et de notre monde (1). Notre racine est dans l’éternité; nous avons l’air de naître et do mourir, mais véritablement nous sommes.

» is man guid>*d and commanded, made happy, made » wretch- d. He everywh^re finds himself encompassed with » Symbols, recognised as such or not recognised : the » Universe is but one vasl Symbol of God ; nay if thou » wilt hâve it, what is man himself but a Symbol of God? Is » not ail thaï he does symbolical ; a révélation to Sense of » the mystic god given Force that is in him? »

(1) « But deepes' of ail illusory Appearances, for hiding » Wonder, as for many olher ends, are your two grand » fundamental world enveloping Appearances, Space and » Time. These, as spun and woven for us from before t Birth itself, to cloihe our celestial Me for dwelling liere, i and yet to blind it, — lie all-embracing, as the universal b canvass, or warp and woof, whereby ail minor Illusions, i in this Phautasm Existence, weave and paint themselves. «

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« Sache bien que les ombres du temps ont » seules péri et sont seules périssables, que la » substance réelle de tout ce qui fut et de tout ce » qui est existe en ce moment même et pour » toujours. » Tels que nous voilà, avec notre chair et nos sens, nous nous croyons solides ; mais tout cet être extérieur n’est qu’un fantôme. « Ces membres (4), cette force tempétueuse, » ce sang vivant avec ses passions ardentes, ce » ne sont que poussière et ombres, un système » d’ombres rassemblées autour de notre moi.

» Nous y glapissons, nous piaulons dans nos dis- » putes et nos aigres récriminations de hiboux » criards; nous passons sinistres, et faibles, et » craintifs, ou bien nous hurlons et nous nous dé- » menons dans notre folle danse des morts, jus- » qu’à ce que l’odeur de l’air du matin nous rap- » pelle à notre demeure silencieuse et que la » nuit pleine de songes s’éveille et devienne le » jour (‘2). »

(4) Sarlor, 313, 412.

(2) « 0 Heaven, it is mystcrious, il is awful lo consider

Qu’y a-t-il donc au-dessous de toutes ces vaines apparences? Quel est cet être immobile dont la nature n’est que « la robe changeante et vivante» ? Nul ne lésait; si le cœur le devine, l’esprit ne l’aperçoit pas. « La création s’étale » devant nous comme un glorieux arc-en-ciel ; » mais le soleil qui le fait reste derrière nous, » horsde notre vue (1). » Nous n’en avons que le sentiment, nous n’en avons point l’idée. Nous

» that we not only carry each a future Ghost within him ; 4 but are > in vcr y de ed, Ghosts! These Limbs, whcnce had » we llicm ; this stormy Force ; (his Iife-blood wilh ils burn-

* ing Passion ? They are dusl and shadow ; a shadow-

* System gathered round our Me; wherein, through sonie » moments or years, the Divine Essence is to be revealed in » theflesh.

* And again, do we not squeak and gibber (in our discordant, scrcech-owlish debalings and recriminalings) ; » and glide bodeful, and feeble, and fearful ; or uproar

» (polfern), and revel in our mad dance of tbe Dead,

» till the scent of the morning-air summons us lo our slill » home ; and dreamy night becomes awake and day ? »

(I) « Création, says one, lies before us like a glorious » rainbow ; but the sun that made it lies bchind us, hiddcn » from us. »

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sentons que cet univers est beau et terrible; mais « son essence restera toujours sans nom (1). » Nous n’avons qu’à tomber à genoux devant cette face voilée; la stupeur et l’adoration sont notre véritable attitude. « La science sans vénération » est stérile, peut-être vénéneuse. L’homme qui » ne peut pas vénérer, qui ne sait pas habituelle- » ment vénéreret adorer, quand il serait le prési- » dentdecentSociétésroyalesetquand il porterait » dans sa seule tête toute la Mécanique céleste et » toute laphilosophiede Hegel, et l’abrégé de tous » les laboratoires et de tousles observatoires avec » leurs résultats, — n’estqu’une paire de lunettes » derrière laquelle il n’y a point d’yeux (2). Vos

(1) Pasl and Présent, 76. — Sartor, 78, 304,314.

(2) <t The man who cannot wondcr, who does not habi- » lually wonder (and worship), were lie president of innu- » merable P«oyal Societies, and carried the whole Mécanique » Céleste and Hegel's Philosophy, and lhe epitome of ail * laboratories and observatories with thcir results, in his » single head, — is but a pair of spectacles behind which » there is no cyc Let those who bave eyes look through » him, then lie may be useful.

» Thou wilt hâve no Myslery and Mysticism ; wilt waik

l’idéalisme anglais.

» Instituts, vos Académies des sciences luttent » bravement, et, parmi les myriades d’hiérogly- » phes inextricablement entassés et entrelacés, » recueillent par des combinaisons adroites quel- » ques lettres en écriture vulgaire qu’ils mettent » ensemble pour on former une ou deux recettes » économiques fort utiles dans la pratique (1). »

» through thy world by lhe sunshine of what thou calles » Trnlh, or even by the Iland-lamp of wliat I call Attorney- > Logic; and « explain » ail, « aocount » for ail, or believe » nuthing of it ? Nay, thou wilt attempt langbter ; who so » recognises lhe unfatliomable, all-pervading domain of ï Mystery, which is everywhere under over feet and î among our hands; lo whom lhe Universe is an oracle and » temple, as well as a kitchen and catllc -stall . — he shalt » be a délirions Mystic; to him Ihou, with snifllng charity, s wilt prolusively proffer tliy Iland-lamp, and shriek, as ono » in jured, whcn lie kicks bis foot through it? b

« We speak of lhe volume of Nature : and truly a vo- » lume it is, — whose author and writer is God. To b read it! Dost thou, docs man, so much as well know the ï Alphabet thereof? With its words, sentences, and grand » descriplive pages, poelical and philosophical, spread out » through Solar systerns, and thousands of years, we r> shall not try thee. It is a volume written in celestial j hieroglyphs, in the true Sacred wriling; of which even

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Croient-ils par hasard « que la nature n’est » qu’un monceau de ces sortes de recettes, quel- » que énorme livre de cuisine? » Ote les écailles de tes yeux, et regarde. « Tu verras que ce su- » blime univers, dans la moindre de ses provin- » ces, est, à la lettre, la cité étoilée de Dieu; qu’à » travers chaque étoile, à travers chaque brin de

î Prophets are happy that they can read here a line and ï there a line. As for your Institules, and Academies of

* science, they strive bravely; and, from amid the thick- » crowded, inextricably interlwisted hieroglyphic writing, î pick out, by dexterous combination, some letters in the » vulgar character, and therefrom put together tliis and the » other économie recipe, of high avail in practice. That » Nature is more than some boundless volume of such re~ > cipes, or huge, well-nigh inexhaustible domestic cookery- » book, of which the whole secret will in this manner one » day evolve itself, the fewest dream.

s And what is that Science, which the scientific head » alone, tvere it screwed off, and (like the Doctor’s in the » Arabian taie) set in a basin, to keep it alive, could prose- » cute without shadow of a heart, — but one other of the x mechanical and menial handicrafts, for which the Scien* » tific Head (having a soûl in it) is too noble an organ?I » meanthat Thought without reverence is barren, perhaps

* poisonous. »

» gazon, surtout à travers chaque âme vivante J » rayonne la gloire d’un Dieu présent. — Géné- » ration après génération, l’humanité prend la » forme d’un corps, et, s’élançant de la nuit » cimmérienne, apparaît avec une mission du » ciel.

» Puis l’envoyé céleste est rappelé; son vête- » ment de terre tombe, et bientôt devient pour » les sens eux-mêmes une ombre évanouie.

» Ainsi, comme une artillerie céleste pleine de » foudroiements et de flammes, cette mysté- » rieuse humanité tonne et flamboie, en fdes » grandioses, en successions rapides, à travers » l’abîme inconnu.

» Ainsi, comme une armée d’esprits en- » flammés, créés par Dieu, nous sortons du vide,

» nous nous hâtons orageusement à travers la » terre, puis nous nous replongeons dans le » vide.

» Mais d’où venons-nous? ô Dieu, où allons- » nous? Les sens ne répondent pas, la foi ne » répond pas; seulement nous savons que c’est

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d’un mystère à un autre mystère, et de Dieu à Dieu (1). »/

( 4 ) « Génération after génération takes to itself the form » of a Body ; and forth-issuing from Ciramerian night, on » Heaven’s mission appears. What Force and Fiie is in » each he expends : one grinding in the mill of Industry ;

» one- hunier like climbing the giddy Alpine heiglüs of » Science ; one madly dashed in pièces on the rocks of » Strife, in war with lus fellow : — and then the Heaven- » sent is recalled ; his earthly vesture falls away, and soon » even to Sense becomes a vanished Shadow. Thus, like » some wild-flaming, wild-lhundering train of Heaven’s » arlillery , does this mysterious Mànkind thunder and sflame, in long drawn , quick- succeeding grandeur, » through the unknown. Deep-Thus, like a God-crealed, » fire-breatliing Spirit-host, we emerge from the Inane ; » haste stormfully across the astonished Earlh , then » plunge again into the Inane.

» But whence? — 0 Heaven, whilher? Sense knows » not ; Failli knows not ; only lhat it is through mystery to » mystery, from God and to God. »

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