‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 1 sur 235 · AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

INTRODUCTION

Le mot idéalisme comporte dans le langage deux acceptions, l'une populaire, la plus accréditée, l'autre toute spéciale et la moins en faveur. Dans le premier sens, il désigne la tendance d'un homme , d'un art ou d'une époque à subordonner les choses de la vie présente aux objets que notre intelligence conçoit ou que rêve notre imagination, objets en qui nulle imperfection ne subsiste et que n*attriste aucune ombre. Cet au-delà réalisé par les poètes et dont la contemplation enchante l'humanité, on l'appelle l'idéal par opposition au réel. La seconde acception, que nous demandons à retenir, est tout à la fois parente de ce premier sens et le dépasse hardiment.

Cette philosophie prend le nom d'idéaliste qui aperçoit, au dessus du monde actuel, tout un autre univers que nos pensées composent et dont un esprit omniprésent, le

GEORGES LYON

nôtre peut-être, fournit le théâtre. Elle ose plus. An lien que, tout à l'heure, l'âme éprise du mieux se contentait d'inventer par delà les êtres ambiants des types embellis sur la consistance desquels elle ne se faisait nulle illusion, resprit maintenant prend en lui-même assurance et foi. Le réel prétendu devient pour lui signe et symbole, et ce sont désormais ses pensées avec leurs lois inflexibles, leur inépuisable variété de formes et de contours, qu'il estime seules de véritables existences.

A peine énoncée, une telle prétention soulève les protestations railleuses du sens commun. Le métaphysicien hésite devant la presque unanimité des sourires. Socrate lui-même, s'il en faut croire Platon, prit peur et recula devant l'étrangeté des corollaires que son maître Eléate dérivait de la formule idéale. « Tu es jeune, lui dit alors » Parménide, et la philosophie ne s*est pas emparée de « toi tout entier, comme elle fera plus tard*. » Peu à peu, en effet, la réflexion aidant, tombe cette fausse honte. L'observation intérieure confirme les résultats de la construction a priori. Tout ce que je croyais percevoir hors de moi, vivants et choses, où le trouvé- je au vrai ? Dans ma pensée et seulement en elle, puisqu'enfin je ne me puis quitter moi-même pour aller au dehors atteindre ce qui n'est pas moi. Quoi que je saisisse, je ne l'atteins qu'en ma conscience. Analysez la plus vaste, la plus compréhensive existence : en quoi consiste- t-elle? Bon gré, mal gré, il faut bien la réduire à ce qu'elle est réellement : une peinture en l'intelligence, c'est-àdire une idée. Mais, s'il en est ainsi, pourquoi ne pas

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