Locke à Molyneux. Gates, du 20 janv
3. Dans un passage assez mystérieux, X'Essai nous ouvre une échappée de grande métaphysique : • Peut-être que si nous voulions nous éloigner . un peu des idées communes, donner Vessor à notre esprit et nous engager . dans l'examen le plus approfondi que nous puissions faire de la nature des . choses, nous pourrions en venir jusqu'à concevoir, quoique d une manière
neuve, ou seulement quel procédé inédit de métliode a-t-il apporté aux hommes? Doit-on lui faire honneur d'avoir mis à l'ordre du jour des études philosophiques l'examen de notre faculté de connaître? Mais c'est à Descartes qu'en reviendrait le premier mérite, lui qui bannit à jamais de la logique l'autorité et assigna à la vérité l'évidence pour critérium unique I Quand il s'agit de démêler la provenance de nos idées, VEssai s'en tient à une double source : nos perceptions sensibles et nos idées abstraites. C'est, aux mots près, la division que le cartésianisme avait instituée.
Un savant critique, qui est lui-même trop bon métaphysicien pour se leurrer sur la valeur spéculative de Locke', juge que VEssai est à louer en ce que l'esprit qui anime ce livre est celui de la prudente doctrine de la relativité. Les mécomptes de l'humanité dans ses efforts pour se comprendre, elle et ce qui l'entoure, proviennent de sa disposition à embrasser dans ses recherches des matières qui dépas-
• imparfaite, comment la matière peut d'abord avoir été produite et avoir
» commencé d'exister par le pouvoir de ce premier être éternel
Certains philosophes, dont un maître Ecossais, se sont demandé s'il n'y aurait pas là comme une intuition de l'idéalisme, ou tout au moins de cet idéo-dynamisme dont nous trouvons un type accompli chez Boscovich, par exemple. Malheureusement pour Locke, l'explication est beaucoup plus simple et moins glorieuse. Coste nous dit tenir de Newton que l'hypothèse à laquelle il est ici fait allusion fut imaginée par ce dernier : Dieu n'aurait eu qu'à rendre impénétrable une partie de l'espace pur, en empêchant que rien y pût entrer, et à communiquer cette impénétrabilité à une autre portion : de la sorte serait obtenue la mobilité de la matière. — Locke n'aurait donc été, en tout ceci, qu'un timide écho du grand Newton.
1. « 11 lui manque l'imagination spéculative quand il rencontre le vaste et complexe problème de la connaissance humaine dons son unité organique et quand il est obligé de reconnaître le besoin pour la philosophie d'une recherche additionnelle à celle dans les limites de laquelle se tiennent les sciences spéciales. » Campbell Fraser. Encyd. Britaniij art. Locke.
sent la portée de notre intelligence* : telle est la maxime qui, s'il en faut croire M. Campbell Fraser, inspirerait tout le Traité. Nous n'y contreviendrons point. Toutefois, cette maxime, liobbes et Gassendi l'avaient tenue déjà^ Il y a plus. Au moment où méditait Locke, un médecin épris de métaphysique et de fine psychologie développait avec une ri-ueur d'analyse, une ingéniosité de dialectique qui ne le cèdent pas de beaucoup à l'habileté d'un Ilamilton, cette thèse de la relativité, si pâle et fuyante dans VEssaL Par malheur, à ce savant les agréments du beau langage, rart délicat et heureux de l'expression firent défaut. On ne sait quelle terminologie pesante accable ses pensées les plus originales comme d'un manteau de plomb. Aussi, tandis que le nom du facile John Locke pénètre partout où se répand la gloire des lettres anglaises, celui du profond Richard Burthogge est ignoré de ses compatriotes qui ne s'avisent même pas de lui laisser une petite place dans leurs plus accueillantes encyclopédies.