Anthony Wood, Athenœ Oxon, ; et Fasti Oxonicnses
RICHARD BURTHOGGE 73
grade de docteur en 1662, après avoir donné une thèse de litniasi et calculo'. Il revint en sa patrie, s'établit à Bowden (près Totnes), où il exerça avec succès la médecine. En ces temps troublés, il eut le mérite de prôner sans cesse la tolérance, et, ce qui était mieux encore, de la pratiquer. Wood lui en fait un reproche et rappelle avec mépris qu' (c il temporisa avec les papistes sous le règne de » Jacques II, fut fait pour cela juge de paix du Devonshire, » poste qu'il garda, sous le règne de Guillaume III, en » qualité de favori des fanatiques. On le tient, ajoute-t- )) il, pour une personne d'un savoir considérable et de non » moins d'orgueil et d'ambition. » Ses occupations de praticien n'excluaient pas le recueillement méditatif d'une âme spéculative. A la théologie, dont il paraît avoir été très curieux, il consacra divers ouvrages ^ La philosophie surtout, et la plus raffinée, fut l'objet constant de son étude : c'est à ce titre que son nom mérite de nous arrêter. Les rares historiens de la philosophie ^ qui ont soup-
1 . DisPUTATio MEDiCA inaugi'.ralis de Lithiasi et calculo , nec
. non amplissimi senatus académie! consensu alque almaî Facullatis medicœ
. decrelo, pro grada Doctoratus, etc., eruditorum examini subjicit
. Richardus Burlhoggius anglo-Brit. ad diem 27 tebr. Lugd Bat. 166- • A ceue thèse toute technique sont adjointes selon Vusage du temps ces curieuses propositions : 1. Sanguis nutrit. 2. Quolibet operatio animalis, quatenus est animal, ^«'/«^o est ah anima. 3. Amma est iota m toto et tota m ]ualibet parte corpons, 4. Li homine non sunt très animœ reaUter distmctœ . — Scolastique et science étaient encore étroitement liées.
- Ainsi • TAFAeON, or divine goodness, Lond. 1672. traité sur la volonté de Dieu et la finalité de l'univers, Thomme n'étant qu'un moyen en vue d un suprême but. Eu ce livre abondent les références, citations, allusions a 1 antiquité classique ou à TEcriture. . n , J A iA- r^livro Ainsi encore : Causa dei, or an apology for God, Lond. 16.o. Ce lure était composé pour justiûer les peines de l'enfer (peines qui s étendent au corps et à rame,) et les concilier avec la bonté divine. ^
3. Par exemple, M. Campbell Fraser dans une courte note a son Berkeley.
LIDÉAUSME EN ANGLETERRE AU XVIIP SIÈCLE
çonné en Burthogge un précurseur du criticisme n'ont eu égard qu'à son Essai sur la Raison publié en 1694, dédié à Locke et paru quatre années après VEssai sur l'entendement humain. Bien que le dessein et la méthode de ces deux ouvrages diffèrent du tout au tout, les admirateurs de Locke pourraient, avec quelque effort d'imagination, se flatter que celui-là ait dû à celui-ci sa naissance. Mais, ce qui prouve que les vues de Burlliogge étaient bien originales et qu'il fut à lui-même son seul précepteur \ c'est qu'en 1677, treize ans avant la première édition du livre de Locke, il donnait à l'impression un « Organum vêtus et 7iovum, » ou Discours de la Raison et de la Vérilc^, où il réunissait la plupart des idées que devait reprendre VEssai sur la Raison. Pourquoi ce titre : vieil et nouvel Organum ? Ne serait-ce pas que Burthogge se propose de mettre en contraste avec le dogmatisme des logiciens d'autrefois le subjectivisme dime moderne analytique ? Dans ce Traité, il s'applique à décomposer la Rai-, son en ses facultés et opérations principales. Son examen lui acquiert cette assurance que notre connaissance rationnelle n'est qu'une sensation sublimée en quelque sorte, laquelle nous instruit non de ce que les choses sont en ellesmêmes, mais de la manière dont nos vertus psychiques sont affectées par leurs apparences. L'entendement n'atteint pas plus en soi ce que ces apparences lui traduisent que l'œil ne voit en eux-mêmes les objets de la vision, ou l'oreille les objets de l'ouïe. Même on peut dire que l'en-
1. Nous admellrions cependant qu'il dùl quelque chose à Hobbes, souvent cité ou critiqué par lui.
2. Sous forme de lettre à Andrew Trevill, avec ce sous-titre : • Où la » logique naturelle commune à THumanilé est brièvement décrite. »
jii
RICHARD BUnTHOGGE ^o
tendement se trouverait plus en peine de comprendre ses objets que l'œil et l'oreille ne le sont d'atteindre les leurs, puisqu'il est moins près de la chose comprise que ces organes de la chose sentie. Plus on s'écarte de la perception sensible, plus on s'éloigne de l'existence et de la vérité.
L'acte primordial de la raison, celui qu'impliquent tous les autres, nous le nommerons Y appréhension, opération par laquelle l'entendement est dit voir ou percevoir les choses. Ces choses sont perçues selon qu'elles sont notées, soit par de simples mots, soit par des propositions : dans les deux cas, l'esprit n'appréhende rien, que s'il en a la signification ou le sens. « La signification est le » motif et Vohjet immédiat de l'appréhension, comme la >, couleur, de la vision. L'œil ne voit rien que sous la « couleur; l'Esprit n'appréhende rien que sous le sens. >> Je sais bien que d'ordinaire l'on fait de la vérité ). l'objet propre, adéquat, immédiat, formel de l'Intellect ; . rien de moins exact. Ce n'est pas la Vérité, mais le sens, >, ou la signification, qui constitue l'objet propre, adéquat, » immédiat de l'Esprit, quant à son premier acte, celui de « l'appréhension ; la Vérité n'en est l'objet propre adéquat, ,> immédiat, qu'à l'égard d'un acte diffèrent, que l'on » nomme AssentimeM et qui est une sorte de Jugement ' . » Si tel est, au vrai, le rôle de l'Entendement, et tel le caractère de ses actes, « pour nous hommes, les choses ne » sont rien sinon comme elles se présentent en notre ana- „ lo"ie ; c'est-à-dire ne sont rien pour nous qu'autant » qu'elles sont connues par nous, et elles ne sont connues >> par nous que comme elles sont dans les sens, l'Imagina-