‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 23 sur 235 · Organum y § C · texte numérisé non relu

Organum y § C

» tion OU la Pensée ; en un mot, comme elles sont dans nos » facultés ^ » Dénombrer ces facultés, en dresser un exact inventaire, sera, on le sait, la tâche qu'entreprendra l'auteur de la Critique de la Raison 'pure. A vrai dire, Burthogge ne déflore point toute l'œuvre du grand idéaliste. Mais il voit aussi clairement que fera Kant les premières conséquences qui découlent d'une telle réduction. « Chaque » faculté prend une part, bien que non une part exclusive, » à la production de son objet immédiat : comme l'œil pro- » duit les couleurs et comme il est dit voir, comme l'o- » reille produit les sons, comme l'Imagination les idoles, w de même l'Entendement les conceptions ou notions sous » lesquelles il appréhende et voit les choses. En sorte que )) tous les objets immédiats de la pensée humaine sont » Eniia Cogitatlonis, sont tous des apparences-, les- » quelles ne sont pas proprement et (si l'on me permet » d'employer un terme d'École) formellement * dans les )) choses elles-mêmes conçues sous elles..., mais seule- » ment dans les Facultés de Tintellect. Pas de couleur que )> dans l'œil ; pas de son si ce n'est dans l'oreille ; point » non plus denotion, de sens ou de signification, sauf dans « l'Esprit. Tout cela a beau sembler dans les objets et » hors des pouvoirs de la pensée, ce «'y est pas plus que » l'image n'est dans le miroir où elle semble se trouver ^. »

1. Organum, § 9. Tout ce passage se retrouve presque mot pour mot dans V Essai sur la raison. Il formule admirablement le relativisme de Burthogge.

2. • Formellement •, « objectivement », sont employés par Burthogge au sens où les carlésiens, à la suite de la scolaslique, du reste, prennent ces mots. Ou sait que formel avait le sens de notre mot objectif et qn'ohjecti/ signifiait ce que nous désignons par subjectif, à quelques nuances près.

3. 73., § 10. — On nous saura sans doute gré de continuer ici la cita-

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Un criticiste contemporain s'exprimerait-il d'autre sorte ? Jamais le logicien de la relativité, William Hamilton, a-t-il plus fortement énoncé sa thèse favorite? Aussi comment ne pas s'étonner que le critique écossais, fureteur comme on le connaît et toujours heureux de découvrir aux doctrines contemporaines des ancêtres oubliés S ignore avec quelle sûreté de méthode lui avait frayé la voie un penseur

lion • . 11 — En sorte que tous les êtres immaiatement pensables (c'est-à-dire tous les objets immédiats de la pensée humaine^ sont ou bien des Entités des sens, comme les objets immédiats des sens, la couleur, le son, etc. ; ou bien de V Imaginât ion, comme les images qui s'y trouvent, les idoles qu'elle forme; ou bien de la Raison et de l'Entendement, des Entités Mentales sous lesquelles significations ou notions 1 Entendement^ appréhende ses objets; lesquelles (notions), bien qu'elles semblent a 1 Entendement être hors de lui et être dans la chose comprise, toutefois, (comme j'ai dit plus haut), ne sont pas plus hors de lui ou dans les choses elles-mêmes que les Couleurs ne sont hors de 1 œil, ou les Sons hors de l'oreille, ou les Saveurs hors de la langue, quoiqu'elles semblent ainsi aux Sens. - 12. Facultés et Pouvoirs, Bien, Mal, Vertu, \ice, Vérité, Erreur, Relations, Ordre, Ressemblance, Tout, Partie Cause Etfet, etc., sont des Notions, au même titre que le Blanc, le ^oir. 1 Amer, le Doux, etc., sont des Sentiments, et les premiers possèdent la même manière d'existence que les seconds, savoir (une existence objective. Notion qui affranchira TEsprit d'un grand embarras quand il forme des notions. Généralement nous concevons que les Facultés le Bien, le Mal et autres Notions (sous lesquelles l'Esprit appréhende les choses,; sont des réalités et ont une existence propre hors de l'Esprit et alors même qu'il n'y aurait aucun Esprit pour penser à elles, tandis qu en realité ce ne sont que des Noemata, des Conceptions, et que tout 1 être formel que chacune d'elles possède est seulement en lui. Et il n y a pas a s'étonner si celui qui prend des Noemaia pour des réalités se trouve luimême confondu par cette méprise quand il forme ses conceptions a leur sujet C'est pourquoi les notions sont très exactement, quoique d un style quelque peu barbare, appelées par les hommes de TEcole conceptusohjec iivi, des Notions de la Pensée, encore que paraissant être dans 1 objet. Celui qui chercbe des notions dans les choses, cherche derrière la glace

rimage qu'il y aperçoit. » . j- »

1 . Il aima à prouver son érudition supérieure en revendiquant pour le's philosophes anciens et oubliés les doctrines attribuées aux auteurs modernes » M'Cosh, The Scottish philosophy, art. 57.

dont le nom ne parait cependant pas lui avoir totalement

échappé * V

Le travail de sublimation que la pensée accomplit sur les impressions sensibles, lorsqu'elle les soumet à ses notions et concepts, fait subir aux choses, si choses il y a, une altération bien plus grave que ne font nos sens. Les objets, après cette nouvelle élaboration, sont, d'un degré de plus, éloignés de leur origine, par conséquent, d'un degré de plus, distants de la réalité. Ces considérations amènent Burthogge à prendre, en psychologie, le contrepied de la classification cartésienne. Ces qualités premières énumérées par les cartésiens, il les nommerait bien plutôt qualités premières et vice versa : plus les propriétés sont voisines de nos sensations, plus elles sont proches des objets qui les supportent-. Chaque pas en avant dans Fabstraction fait reculer d autant loin du réel. Cette théorie toute subjective de la connaissance reste donc éminemment empiriste et Burthogge n'accorde pas aux idées abstraites

1. V. Hamiltons Reid, t. II, p. 928 et 938. Hamilloa mentionne Bur- Iho'^^e au nombre des philosophes qui ont employé le mot id<fe au sens de notion et comme opposé à image. Quelques pages plus loin, dans uuo longue note sur la Conscience, il cite un passage assez étendu de YEssai sur la Raison, passage remarquable, en effet, où la conscience est donnée comme ayant pour origine les différences qui se trouvent dans les conceptions de l'esprit.

2. • Plus près sont nos Sensories des Objets qui les affectent (pourvu » que ce ne soit pas trop près), plus claire et distincte est la sensation qu'ils » produisent ; de même que nous voyons plus clairement et distinctement » un objet à une distance plus proche qu'à une plus éloignée : de même » plus l'Esprit et l'Entendement est près des Sentiments, plus claires, dis- » tiuctes et évidentes sont ses Perceptions : je veux dire plus sont sensibles

» les Notions, plus elles sont proches de leurs fondements — En con-

» séquence, la connaissance et appréhension des choses est mieux acquise » et transmise par les premières notions^ qui sont tout près des sentiments,

-*-que par les secondes qui sont plus éloignées » (7^., § 25-26).

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plus de consistance que ne leur en attribuera Berkeley.

Un second point où YOrganum, et cela par suite de la

première dissidence, se met en désaccord avec les Médila-

' lions, est en ce qui touche les 'perceptions claires et distinctes proposées par l'école française comme le critérium du vrai '. En effet celle-ci raisonne comme si cette clarté et cette distinction produisaient notre assentiment. Mais non, ce n'est là qu une condition à laquelle la cause de cet assentiment doit satisfaire. Qui donc connaît la vérité en elle-même et autrement que par l'impression qu'elle produit sur l'esprit? Il y a tant de choses que l'on voit clairement et qui n'en ont pas plus de réalité pour cela î Nous apercevons clairement et distinctement dans une glace l'image qui ne s'y trouve pourtant pas. Nous voyons l'aviron courbé dans l'eau, bien qu'il y reste parfaitement droit. « C'est une erreur (et très dangereuse) de donner » l'apparence, ou la signification intellectuelle (car la » claire et distincte perception ne veut dire rien de plus), » pour la mesure de la vérité -. »

IL Cette conception, à laquelle notre siècle réservait une si grande faveur, ne se réduisit pas chez Burthogge à un heureux hasard de pensée. Dix-sept ans plus tard, elle reparaissait élargie, plus solidement appuyée, dans la première partie de son principal ouvrage publié sous ce titre : Essai sur la raison et la nature des esprits'. Livre bizarre et inégal, d'où l'art de composer est absent et qui, à côté d'observations d'une force rare et de vues d'une

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