‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 235 sur 235 · M. Campbell Fraser, Berkele;/, ch. v, note (rééd · texte numérisé non relu

M. Campbell Fraser, Berkele;/, ch. v, note (rééd

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essence aveugle, substance amorphe, quiddité étrangère à la sensibilité comme à l'intelligence, se dressait devant l'humanité, comme un sphinx impénétrable, décourageant la pensée et désespérant le cœur.

Si l'idéalisme ouvre devant la science une carrière infinie, il ne se montre guère moins libéral pour la philosophie proprement dite. Ce serait en effet une méprise grave de l'emprisonner dans les termes stricts d'une formule particulière, de le concevoir comme une petite chapelle hors laquelle il n'y aurait qu'hérésies. Loin de là : nulle doctrine n'est plus compréhensive. Son nom désigne une vaste tribu philosophique, parmi laquelle trouvent place bien des familles diverses. Aussi ne faudrait-il pas que la doctrine mère fût rendue solidaire des hypothèses secondes qui s'en sont détachées. La fortune de l'idéalisme n'est pas emportée toute en la nacelle d'un philosophe. On ne la saurait pas plus enchaîner aux destinées de la Vision en Dieu qu'au sort de l'iramatérialisme anglo-américain. On conçoit fort bien, au contraire, que cette doctrine se meuve sans cesse entre deux Ecoles extrêmes, dont chacune a ce seul tort de croire la traduire exclusivement. Pourquoi n'aurait-elle pas, qu'on nous permette la comparaison, ses tories et ses lohigs : les uns la concevant, sous la forme d'un haut rationalisme, assez semblable à celui que Platon, les Alexandrins, Malebranche et Norris professèrent; les autres, la phénoménalisant, si l'on peut dire, et la circonscrivant dans les bornes de la sensibilité, comme firent le Berkeley des Principes, David Hume et nos modernes associationnistes ? Selon ces derniers, le perceptif .seul apparaît à la connaissance directe et seul compose toute réalité ; selon leurs émules, le sensible, au moment où ma pensée s'en

empare, est déjà tout baigné d'intelligence. L'impression phénoménale : voilà le fait initial et vraiment intuitif, assurent les premiers. A quoi les seconds de répondre, comme fit le savant James Hutton : « Une personne, avant de » pouvoir dire ou penser : je vois ou y entends, etc., doit » avoir dit ou pensé : je sais. La sensation n'est une » source de connaissance que dans la mesure où elle est . une information de l'esprit ' . » A vrai dire, ni les uns ni les autres n'épuisent l'hypothèse commune et un Hégélien avancerait, non sans apparence, qu'ils se partagent la

vérité.

C'est cette élasticité remarquable qui a permis à la philosophie de l'idée de varier sans se démentir et, née sur la terre française, de prospérer sur le sol anglais. Il s'est produit, par suite de cette émigration, une adaptation complète du système au milieu nouveau, mais sans que se soit déformé le principe générateur. Par une dégradation continue, l'idée s'est faite sensible, de rationnelle qu'elle était, comme, de sensible, elle peut tout aussi aisément, sous une influence réactive, redevenir rationnelle. Des dissemblances superficielles ont pu parfois donner le change et aux contemporains et à la postérité. Si Taylor, John Norris Arthur Collier, ont mis leur gloire à placer leurs spéculations sous le patronage de l'initiateur cartésien, Berkeley et ses disciples immédiats ont cru de bonne foi avoir e nihilo créé leur monisme. N'avaient-ils pas fait table rase des notions abstraites, des vérités nécessaires, de la psychologie rationnelle, de la métaphysique pure et

, V son remarquable traité de philosophie générale : A» I«.estigatio,, oliu Principles ofknoMge and of the Progrès, or Bmon fron Sensé lo Science and PUlosophy. - Edimbourg, 1704.

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des axiomes innés ? Hé 1 oui, assurément, et c'est en cela qu'ils donnèrent la marque anglaise à la doctrine importée. Mais, en dépit de ce contraste, quelle influence n'exerça pas, sur la direction de leur pensée, Finspiration à laquelle ils se défendaient d'avoir obéi l Où cette influence cesse et oii leurs tendances propres prévalent, c'est quand ils infléchissent dans un sens tout épicurien une philosophie mentale directement empruntée au Platon Français.

Marquer la continuité du développement doctrinal qui, par Burthogge, Taylor, Norris, Collier, Berkeley, Johnson, Edwards, devait insensiblement aboutir, de la métaphysique la plus transcendante, au sensualisme le plus subjectif, tel a été l'objet de ce livre. Si de notre historique une conclusion se dégage, n'est-ce pas, qu'après tout, l'antagonisme est moins radical entre les spéculations de l'ontologie et les analyses de l'empirisme que ne le feraient supposer les controverses des Écoles? N'est-ce pas que tout espoir de concihation n'est point à jamais interdit? Ce qui a eu lieu peut se reproduire encore. Or, si philosophie au monde est en possession d'opérer cet accord, c'est assurément celle à qui se peut appliquer le mot de cet ancien : il y a plus d'une place dans la maison de Jupiter. L'idéalisme a prouvé, par son histoire, qu'il ne se laisserait confisquer à aucune secte. Un dans son principe, il a varié dans sa forme, à mesure que la pensée spéculative renouvelait elle-même ses points de vue. De Descartes à Hume, la théorie a oscillé -d'un pôle à l'autre de l'esprit humain : de la raison a priori, à la perceptivité contingente. De là vient qu'aujourd'hui encore elle donne satisfaction à des aspirations contraires. On a souvent répété que tout homme qui méditait sur l'énigme des choses et croyait en deviner le mot

CONCLUSION ''iSl

était, bon gré mal gré, disciple d'Aristote ou de Platon, n'eût-il de sa vie ouvert les livres de ces deux maîtres. De même, quiconque souscrit à l'hypothèse négative d'un monde matériel relèvera, quelques prétentions qu'il ait à l'indépendance, de Malebranche ou de Berkeley.

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