Liv. VI, II® partie, ch. vi
106 L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVlll^ SIECLE
Nous ne parvenons à concevoir notre essence spirituelle qu'à la condition de confondre notre âme avec ce à quoi elle est jointe, corps, sang et esprits *. Le matérialisme apparaît ainsi comme le trompe-l'œil auquel, à défaut d'idées qui éclairent Tliomme à ses propres regards, l'imagination se laisse abuser. « Je suis convaincu que je ne suis que » ténèbres à moi-même, que ma substance par elle-même » m'est inintelligible et que je ne saurai jamais claire- » ment ce que je suis, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de me V manifester l'archétype sur lequel j'ai été formé-. »
Pourquoi cette ignorance ? Quoi ! L'homme dont la raison embrasse de si sublimes vérités et sait dicter leurs lois aux astres les plus lointains, se verra interdire l'abord de celle des existences qui mérite, avant toutes autres, d'éveiller sa curiosité ! Il lui sera donné de tout contempler, tout si ce n'est lui-même I Quelle anomalie surprenante î Et quelle hypothèse déraisonnable pour une philosophie qui fait son seul oracle de la raison ? Arnauld ne cessera de s'en divertir comme de la plus plaisante inconséquence : quoi ! je dépends de Dieu pour la plus chétive de mes connaissances et ce Dieu me refuse l'intelligence de ce que je suis ! Les railleries ne sont pas pour arrêter Malebranche qui sait fort bien rendre trait pour trait : je vous prouverai à ce compte, déclare-t-il à son moqueur, que Dieu vous devait faire empereur ! Quoi ! vous voulez dépendre de lui pour dix mille livres de rente et vous n'en voulez pas dépendre pour tout l'empire du monde ^ : — Nos regrets n'y changeront rien : la notion précieuse par dessus toutes