Recherche, liv. II, V part., ch. v
132 LMDÉALISME EiN ANGLETERRE AU XVIII' SIÈCLE
anatomiste et la psycho-physiologie découle logiquement de l'hypothèse des causes occasionnelles.
Un pas de plus et Malebranche atteindrait, bien au delà de Hartley lui-même, la psychologie comparée du xix^ siècle. S'il convient de suivre, parallèlement les uns aux autres, les faits de Forganisme cérébral et ceux de la conscience, devons-nous borner notre étude à la considération de l'individu contemporain, dans le milieu où l'observation actuelle nous le montre ? N'y aurait-il pas gros à gagner pour la science du moi à relier au passé le présent et à retrouver. en ses ancêtres l'homme moderne? Quelle belle intuition psychologique dans cette pensée de théologien : « il y a toutes les apparences possibles » que les hommes gardent encore aujourd'hui dans leur ), cerveau des traces et des impressions de leurs premiers )> parents 1 ' » Cette vive remarque , bien prise , ferait pressentir la théorie de l'hérédité.
On ne saurait assurément concéder à la physiologie une plus large part. Toutefois Malebranche n'aurait eu garde de sacrifier à cette science, comme le souhaite certaine Ecole contemporaine, la psychologie elle-même. Les communs principes qui lui ont interdit d'omettre ou d'atténuer le rôle de Torganisme par prédilection pour Tesprit, ne prohibent pas moins la confiscation de Tintellectuel et du moral au profit de l'organique. Il faut étudier l'être vivant et conscient sous ses deux faces avec un soin égal, car la contemplation de l'une ne saurait rien nous apprendre de
l'autre. La connaissance du dehors n'accroîtra point d'un
1. Recherche, ch. vu. N'exagérons rien, ce n'est là qu'une belle • fulgu-
ration
fétu la science du dedans. Les deux séries de faits sont isochrones, voilà tout. Mais synchronisme ne signifie pas identité, ni même similitude. Que personne donc n'empiète sur personne, et ainsi la psychologie se trouvera sauvegardée, à son rang, avec ses moyens propres de déduction rationnelle ou d'observation introspective : car, sur son objet à elle, nulles descriptions anatomiques ne jetteront aucun jour. « 11 n'y a nulle métamorphose, » déclare excellemment Théodore. « L'ébranlement du cer- » veau ne peut se changer en lumière ni en couleur, car ), les modalités des corps ne sont que les corps mômes de ^ telle et telle façon ^ » On ne saurait briser plus résolument avec ceux des psycho-physiologistes pour qui la méthode d'intuition directe par la conscience est non-avenue. Aussi bien les déplacements moléculaires, les actions réflexes , les vibrations de fibres, les ondes nerveuses, fluides, processus, etc., auraient-ils donc le privilège de nous rendre compte soit de ce qu'est subjectivement, en son ce étoffe^ », une impression sensible donnée, soit de l'agrément ou du déplaisir qu'elle cause, de l'idée qu'elle évoque, de la détermination volontaire qui la suit? Il y a plus. Comment le psycho-physiologiste est-il lui-même induit à rapprocher un événement organique quelconque de tel ou tel état mental déterminé qu'il se flatte d'expliquer par cet événement? Le pourrait-il enfin, s'il n'avait déjà lui-même et du dedans observé cet état mental, de manière à ne le confondre avec nul de ses congénères? Mais cette observation, de quelle manière l'a-t-il accom-