LE COLLECTIVISME
l'on compte, dans Tindustrie, l'agriculture et le commerce, les patrons dont raclivitc participe directement à la production, et justifie dans une certaine mesure la part majeure qu'ils s'attribuent dans la répartition des produits. Ces situations diverses, souvent, s'enchevêtrent et s'appuient mutuellement : tel commerçant confie son magasin aux soins de sa femme et s'en va, quoique patron, gagner un salaire chez un autre patron, dont la fille est employée chez ce commerçant et salariée par lui. Tel paysan, dont le champ est trop petit pour suffire à son activité, et surtout à ses besoins, loue ses bras pendant une partie de Tannée à son voisin plus riche. ' h Tel autre loue son champ à un voisin et, insuffisant rentier ^ d'une propriété trop chétive, s'en va travailler dans une usine ou dans une mine. Tel propriétaire ajoute à son revenu les honoraires de l'avocat ou du médecin, ou le traitement du fonctionnaire. On peut multiplier les exemples et les cpmbinaisons à l'infini ; aussi serait-il beaucoup moins simple qu'on ne le croit de « simplifier» le régime de la propriété en instituant, d'un coup, l'État propriétaire unique de tous les moyens de production.
Pour les organes de la circulation et du crédit, la possibilité de leur reprise par l'État ne présente aucune diffîcuté essentielle, théorique ou pratique, non plus que pour les mines, qui sont également exploitées en vertu d'une concession de la puissance publique. Il est des pays où ces moyens d'activité économique et sociale sont aux mains de l'État, et de nombreux hommes politiques ne se croient nullement socialistes ni révolutionnaires pour désirer qu'il en soit de même dans le nôtre. La difficulté est-elle plus grande pour les autres moyens de production et de circulation actuellement mis en valeur par la coopération capitaliste ? Évidem- ^jiient^ non. Le temps n'est plus des distinctions subtiles entre les forces économiques qui ont un caractère de service public, et celles qui conservent un caractère privé. A. vouloir maintenir ces distinctions, on obligerait les esprits malicieux à se demander en quoi les allumettes et les danseuses de l'Opéra, le tabac et la h^etterave protégée par des primes sont plus un service public, que les autres produits, sur lesquels
l'État ne songe pas pour le moment à étendre son monopole ou sa protection. La vérité est que quiconque offre un produit sur le marché l'offre au public ; si ce produit est une denrée alimentaire, il ne s'offusquera pas de voir un agent de l'autorité s'assurer que cette denrée est saine et ne peut nuire au consommateur ; il ne protestera pas si cet agent confisque sa marchandise, sa propriété, et la jette à Tégout. La vérité, encore, est que tout effort de l'activité humaine qui se résout en marchandise est un effet de la coopération sociale, et a pour objet de coopérer à la vie sociale. La vérité, toujours, est que, partout où l'effort individuel ou la coopération privée des efforts sont trop insuffisants, onéreux ou périlleux pour le public, la collectivité a le droit, — et elle se l'arrogé en principe sinon toujours en fait, — de prendre la direction des services économiques qui sont dans ce cas.
A quelles conditions l'État peut se substituer aux entreprises dont la féodalité capitaliste a pris possession, cela est une question à débattre. Un principe, né du régime capitaliste, doit nous éclairer sur ce point. Bien que ce régime soit issu de la perpétuité de l'intérêt, et qu'il repose tout entier sur elle, il a obligé la puissance publique à corriger les conséquences qu'une application absolue de la perpétuité de l'intérêt pourrait amener. Dans son système de crédit, donc, l'État a dû adopter le principe de la réduction du taux de l'intérêt, au moyen des conversions. De plus, il tend à ne plus emprunter à perpétuité, à ne plus s'engager à verser jusqu'à la consommation des siècles un intérêt, même abaissé progressivement par les conversions, pour une somme une fois reçue par lui. Les Communes et certaines grandes entreprises capitalistes ont également adopté le procédé de l'amortissement, qui peut devenir un correctif puissant de la perpétuité de l'intérêt. Ne pourra-t-on trouver dans le système de la conversion, combiné avec celui de l'amortissement, tous deux entrés dans nos mœurs financières, les éléments de reprise du matériel de production de circulation ? Si, d'autre part, on veut bien considérer que la société n'a pas le devoir de racheter les choses aux choses, mais d'indemniser les hommes qui en tirent leurs moyens