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LA LIBERTÉ DE L'INDIVIDU ET LA. FAMILLE

LA LIBERTÉ DE L'iNDIVIDU ET LA FAMILLE

En se dépouillaQt de des attributions au profit de la société, jusqu'au point de n*ètre bientôt plus qu'une expression morale, la famille a libéré ses membres de la plupart des obligations qui les attachaient à elle. Il serait téméraire de prétendre qu'actuellement le gain soit très appréciable pour eux. Ce qu'ils ont gagné en indépendance, d'ailleurs limitée par les servitudes économiques pour le plus grand nombre^ ils l'ont perdu en sécurité. Quant aux droits qu'ils tenaient de la famille, et dont la société leur garantit l'exercice, ils sont généralement aussi indirects que précaires, le lien de la solidarité s'étant affaibli à mesure qu'il s'étendait. La société de jadis sacrifiait tout à la sécurité, et, même dans les démocraties de la Grèce antique, faisait bon marché de la liberté personnelle. En réaction naturelle, la société de ce tempsci sacrifie tout à la liberté personnelle, dût l'insécurité générale être une entrave effective à la liberté de l'immense majorité des individus. La mentalité générale étant toujours en retard sur les faits, et les phénomènes d'ordre moral étant moins sensibles à l'entendement des masses que les phénomènes d'ordre matériel, il s'ensuit que l'individualisme moral, provoqué par l'individualisme économique, est incapable de s'élever du premier coup à la notion de solidarité et de responsabilité. Seule, la pratique de la solidarité économique, dégagée du parasitisme capitaliste, pourra mettre d'accord le monde moral avec le monde matériel, et arrêter les déviations, trop fréquentes aujourd'hui, de liberté en libertinage.

L'individualisme moral, manifesté par le relâchement des liens de famille, est la principale cause de la crise de dépopulation que traverse la France, et que commencent à connaître les nations voisines, dans celles de leurs régions où se développent les idées de progrès et les aspirations au bien-

être. Or, même si, ce mouvement s'étcndant à toute l'Europe civilisée, tout risque d'infériorité relative était écarté pour notre pays, la dépopulation n'en serait pas moins un péril social. Aussi n'est-ce pas pour des raisons ethniques particulières, c'est-à-dire par patriotisme, qu'il est urgent de chercher un remède à la dépopulation, mais parce que, pour se développer normalement, la civilisation exige une certaine densité de population en deçà de laquelle il y a recul, comme, au delà, il y a paupérisme. Frappés directement par les inconvénients de l'individualisme économique, trop indirectement admis, et dans une proportion trop faible, aux avantages et aux bénéfices de la* solidarité capitaliste, les ménages se refusent d'autant plus à mettre des enfants au monde que l'esprit de prévoyance est plus développé en eux. Tel qui ne possède qu'un champ, un atelier, une boutique, prévoit le partage de ce chétif patrimoine entre de trop no m breux enfants ; tel autre compare son salaire au coût d'entretien de plusieurs enfants. Le résultat de ce calcul de prévoyance est l'enfant unique par ménage. Supposez l'enfant unique dans tous les ménages, il ne faudra qu'un siècle, c'est-à-dire trois générations, pour ramener la France à une population de dix millions d'habitants. La société ayant laissé les individus qui la composent abandonnés aux risques et périls de la lutte personnelle pour Texistence, il était fatal que, pour se défendre, les plus prévoyants devinssent les plus égoïstes, sacrifiant le devenir social à leur devenir personnel, et renonçant aux nombreuses familles, que continuent de mettre machinalement au monde ceux-là mêmes qui, précisément, sont les moins aptes à assurer leur subsistance. Une observation constante établit, en effet, que les ouvriers chargés de famille sont justement ceux que leurs bas salaires et leurs travaux de force rapprochent le plus de l'inconscience primitive ; mais combien de ces malheureux enfants dépassent le douzième mois, et, parmi les survivants, combien deviennent une charge pour la société, les statistiques de la mortalité infantile et des conseils de revision dans les centres industriels se chargent de nous l'apprendre. On voit par cet exemple de la dépopulation que l'homme,

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