‹ L'Idéalisme social (volume 3)Chapitre 35 sur 43 · ARISTOCRATIE CAPITALISTE ET DÉMOCRATIE POUTIQUE · texte numérisé non relu

ARISTOCRATIE CAPITALISTE ET DÉMOCRATIE POUTIQUE

que ron prétendait opposer ces dogmes à leurs efforts d'émancipation. Par les savants et les penseurs nés d'elle, et applaudis naguère par elle, la bourgeoisie avait ruiné tout espoir d'au-delà pour les prolétaires. Son retour à la religion ne pouvait donc être considéré que comme une manœuvre politique, bien faite pour encourager le socialisme dans sa marche en avant, et pour discréditer les religions, tombées au rang d'expédient chargé d'assurer la sécurité des riches, en préchant la résignation aux pauvres.

La bourgeoisie va jusqu'au bout dans cette voie rétrograde. A son internationalisme de naguère, qui n'était pas du cosmopolitisme, mais un patriotisme éclairé, elle a substitué, sans plus de conviction, et pour les mêmes motifs que son renoncement à la liberté de penser, un chauvinisme hargneux et stupide, aussi dangereux pour l'intégrité des nations que pour les libertés publiques. En Allemagne, elle invoque la nécessité de conserver l'unité nationale opérée par le fer et le feu ; elle fait ainsi le procès de sa propre incapacité, puisqu'elle a dû laisser aux féodaux une entreprise qui constituait sa mission historique, et devant laquelle cependant elle a reculé, de peur de déchaîner le peuple, instrument nécessaire de toute révolution réelle. En France, elle invoque la revanche contre l'Allemagne, bien qu'elle n'y songe plus depuis longtemps ; car, si elle eût sincèrement voulu réparer la violation du droit des nationalités commise à notre détriment en 1871, elle n'avait qu'à fortifier en Europe et en France les sentiments démocratiques, grâce auxquels le droit des nationalités trouve ses sanctions et ses réparations ; elle s'est si bien gardée de le faire que notre pays a cessé d'être, depuis qu'il est en république, l'asile ouvert aux proscrits de la démocratie, la seconde patrie de ceux qui aspirent à la liberté. Ceux qui la mènent ont des intérêts engagés dans tous les pays d'Europe, et si, depuis vingt-sept ans, la guerre n'a pas éclaté entre les grandes nations qui s'épuisent en armements, c'est que les féodaux du capital, s'ils trouvent leur profit à fournir des capitaux, des canons et des fusils aux gouvernements, n'en auraient aucun à l'emploi de ce matériel de destruction, au contraire. Le milita-

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risme, qui préoccupe la bourgeoisie européenne, et complète son caractère réactionnaire, prend donc sa source dans une nécessité d'un autre ordre que la nécessité de défense nationale. L'armée est la sauvegarde matérielle de la bourgeoisie capitaliste contre le socialisme, comme les clergés des divers cultes sont sa sauvegarde spirituelle; les divers pouvoirs politiques de l'Europe sont dominés par le capitalisme tout puissant, désormais identifié avec toutes les forces conservatrices, et Ton s'explique ainsi que, dans une allocution aux soldats allemands, l'empereur Guillaume II ait pu dire : « Si l'on vous commande de faire feu sur votre père ou sur votre mère, vous devez obéir. » On sait qu'en France la première épreuve des nouveaux fusils à tir rapide s'est faite à Fourmies sur des poitrines ouvrières.

La bourgeoisie, en employant toutes les forces sociales à la défense du régime capitaliste, est désormais en état d'hostilité vis-à-vis du progrès général. Elle ne peut plus affirmer une idée sans que cette idée devienne une arme contre ellemême. Elle en est réduite à faire penser le prêtre et agir le soldat pour elle. Or, ce sont là des forces inférieures, qui ne peuvent avoir d'efficacité que dans les civilisations inférieures. Ce régime, qui peut convenir à des Turcs ou même à des Russes, est en trop violente contradiction avec les manières d'être et de penser des peuples occidentaux pour que cette réaction, amenée par la crainte du socialisme, ait la moindre chance de durée.

LES ÉTATS DANS l'ÉTAT

Un des buts principaux de la Révolution française a été de remettre aux mains de l'autorité publique les attributions et pouvoirs divers que la monarchie n'avait pas encore réunis dans les siennes, ou qu'elle en avait laissé échapper. La monarchie française, qui fut en grande partie une création de la bourgeoisie, principalement par ses juristes et ses admi-

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