CI'] QVE POSSÈDE LE CAPITALISME
capitaliste lire ;i la lois capital et revenu. C'est donc bien moins par la lihre concurrence, que par le monopole, que le capitalisme s'est formé et développé; et riiistoire du capitalisme naissant du libre jeu des forces économiques est à mettre au panier à côté du rabot et de la scie de Bastiat. En réalité, il en est de même dans toutes les manifestations particulières de la vie sociale. Trop souvent, quiconque parle de liberté, sous-entend sa liberté contre ceile d'autrui. On peut dire que le capitalisme a amplement joui de la liberté.
Il va de soi, en elTet, que le capitaliste étant le plus propriétaire des hommes, il en est aussi le plus liJjre. Il est à peine besoin de dire que son action sociale est considérable. Tel pauvre diable, qui n'approcha de sa vie un guichet de banquier, pourra vous dire avec orgueil le nom de l'hommele plus riche de France; ce malheureux, à qui une pensée élevée donnerait assez de dignité pour lui permettre d'apprécier le peu de valeur morale de la richesse, sera incapable de vous citer un nom d'écrivain ou de savant ; et, sans la découverte du virus rabique, le nom de Pasteur n'eût été appris à la foule que le jour de son enterrement; elle l'eût, d'ailleurs, oublié le lendemain. Rarement le capitaliste daigne diriger lui-même la politique, du moins ouvertement. Mais il n'en a pas moins ses préférences. Si, dans les Etats démocratiques, il juge prudent de ne pas faire montre de sa puissance, il n'en intervient pas moins d'une manière active et efficace dans le sens, non des intérêts réels du pays, mais des siens propres. Il est vrai qu'il possède une si grande partie de la richesse publique, qu'il peut se croire autorisé à identifier l'intérêt public au sien. Même dans les pays monarchiques d'apparence féodale et militaire, il exerce son action directrice ou modératrice. L'extension de sa puissance lui fait tenir les frontières pour de pures limites géographiques, et cela lui donne une sorte de caractère international, qui n'est pas fait pour déplaire à ceux dont la pensée sur ce point devance les temps. Le cosmopolitisme de la féodalité capitaliste est, du reste, fort accommodant. Volontiers elle fabrique pour ses gouvernements respectifs de formidables engins de guerre, qu'un progrès de l'armement fait jeter à la ferraille
au bout de cinq ou dix ans; mais elle ne permet ni aux gouvernements ni aux peuples de jouer avec cet outillage de mort, car une guerre européenne provoquerait une crise économique, dont les capitalistes auraient à souffrir.
Mais c'est surtout dans les États démocratiques que le capitaliste est tout-puissant. Il a su, parla presse qu'il soudoie, conquérir même l'opinion publique, et lui imposer les doctrines économiques dont il est le bénéficiaire. Quant aux doctrines philosophiques, morales et politiques, il les dédaigne volontiers. Car, en somme, le capitaliste est une force de la nature , une force plutôt physique , sans aucune cérébralité. Il lui importe peu que le peuple soit croyant ou athée ; si le peuple aime Feau-de-vie, le capitaliste en fera extraire de la betterave ou de la pomme de terre, et lui versera l'ivresse ; mais si le peuple entend ne plus payer les impôts deconsommation, le capitaliste achètera les journaux, et les journalistes avec, pour lui démontrer qu'il est nécessaire que l'impôt soit payé par les pauvres, attendu que les riches pourraient, si on grevait leur superflu, faire émigrer leur argent. Le capitaliste n'a pas de doctrines politiques, mais il soutient de préférence les conservateurs. Dans les deux grandes conspirations organisées en France, au cours de la seconde moitié de ce siècle, contre la forme républicaine, les féodaux du capital ont jeté leur or dans la balance. Mais ce qui réussit au Deux-Décembre échoua au Seize-Mai. Il s'est créé, au-dessus de la force matérielle que donne la richesse, une force morale que le capitalisme n'a pu atteindre, — faute de l'avoir connue.
Cl-; QUE POSSÈDE LA CLASSE MOYENNE
La classe moyenne est la benjamine des économistes, des moralistes, des publicisles, au moins en paroles. En fait, elle est la classe des [)ropriétaires par cxc(;llencc. Quand on veut décourager les socialistes, c'est elle qu'on leur jette à la