DÉFINITION DE LA UBEIITÉ
nuMit mesquin aux philosophes du libre arbitre ; mais il ac(piierl un caractère de précision et de réalité qu'ils n'ont jamais su donner au vague et trop vaste empire sur lequel est censée régner leur figuration idéale. Ainsi conçue, la liberté ne peut être abstraite des moyens sur et par lesquels nous l'exerçons. Thysiologiquement, un homme bien portant est plus libre de se mouvoir qu'un valétudinaire; politiquement, un citoyen est plus libre qu'un esclave ou un étranger ; socialement, un riche est plus libre qu'un pauvre. Mais, parmi les hommes bien portants, celui qui connaîtra les lois de son organisme, qui mesurera son effort, qui évitera les excès et les privations en appliquant les règles d'une hygiène bien entendue, sera plus libre de se mouvoir dans l'espace et dans la durée que celui dont se gaspillent la force et la santé. En sorte que l'on reconnaît la liberté à ce signe, qu'elle ne se tourne jamais contre celui qui l'emploie; au contraire, elle le met à même de se procurer le maximum de satisfaction conforme à son organisme.
Il ne s'agit ici que de cette liberté, évidemment toute relative, et qu'on pourrait appeler plus exactement autodétermination, puisqu'elle est subordonnée à notre degré de connaissance, et aux objets dans lesquels nous cherchons nos satisfactions. De plus, ne l'oublions pas, afin de ne pas nous égarer dans les déserts de la métaphysique, il ne s'agit pas de la liberté en soi, mais de la liberté de l'homme mis en contact avec ses semblables et avec les choses, et des garanties ou des obstacles que cette liberté trouve dans l'état de société. En demeurant à ce point de vue, nous pouvons empruntera Renan une formule qu'il appliquait au divin, et dire que l'homme a créé la liberté et l'a développée selon le degré de son propre développement. Les sauvages qui vivent dans l'état de société le plus rudimentaire nous ont été présentés, par les philosophes du dix-huitième siècle, comme les plus libres des hommes; en réalité, ils sont au plus bas degré sur l'échelle de la liberté : ils ne peuvent se garder ni des animaux féroces ni des intempéries ; les épidémies et les famines les trouvent sans défense comme sans prévoyance : ils sont à la merci de plus forts qu'eux, l'homme opprimant la FouRMÈHE. — Idéal, soc. 15
femme, l'homme opprimant l'homme, sans que ces tristes oppresseurs, chétifs tyrans, puissent échapper à la servitude de vingt fatalités naturelles, que nos civilisations ont vaincues, ou tout au moins atténuées, dans la personne du dernier d'entre nous. Plus les hommes sont civilisés, plus nombreuses sont les manifestations de leur activité, plus variés les moyens de satisfaire leurs besoins et de réaliser leurs désirs. Mais aussi plus étroits sont les liens de solidarité qui les unissent sans les enchaîner. L'instrument essentiel de leur liberté est la loi, la loi prise dans son acception réelle, la loi qui est l'équilibration et la garantie des rapports entre les individus appartenant à la même communauté ; sans elle, la masse des individus, retournant à l'indépendance primitive, perdraient rapidement toute liberté au profit des plus forts et des mieux armés, placés désormais sur le qui-vive, pour échapper à la mésaventure générale. 11 s'entend du reste que. quand nous parlons de la loi, il ne s'agit pas seulement des codifications écrites, mais de l'ensemble des conventions acceptées par les individus vivant en société. C'est la loi, prise dans ce sens général, qui permet au sauvage d'aller et de venir librement sur le territoire de sa tribu. En sort-il? il s'expose à ce que sa liberté soit anéantie par la loi de la tribu voisine, qui traite en ennemis tous les étrangers; car moins nous sommes développés, et plus étroit est le cercle de protection qui garantit notre liberté d'aller et venir. Tandis qu'un Papou ne peut dépasser les quelque vingt ou cinquante kilomètres du territoire de sa tribu, un Français, un Allemand, un Anglais peut parcourir le monde civilisé en toute sécurité. L'état purement primitif et inorganique d'indépendance n'a donc rien de commun avec l'état de liberté, qui est par excellence un produit social.
Pourtant, bien des hommes s'y trompent, et, au lieu de placer leur idéal dans la liberlé, aspirent à l'indépendance. Les nations elles-mêmes, si éclairées soient-elles, au moins dans la personne de ceux qui les gouvernent ; les nations surtout, pourrait-on dire, connaissent l'indépendance et non la liberlé, à (juohpKî degré de liberté civile et polilifjue (juc soient d'ailleurs j)arvenu3 les citoyens dont elles