ARISTOCRATIE CAI»ITAL1STE HT DKMOCRATIK POLITIQUE
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litljirislo, qu'on sail ; clic s'en liiiL à rcconiinandci* réj)argnc aux prolétaires comme unique moyen d'émancipation personnelle, et la coopération comme uni(}ue moyen d'émancipation collective.
Le caractère social que les prolétaires entendirent imprimer à la révolution de 1<S48 donna le premier signal de la l'étrogradationdu libéralisme bourgeois ; on traita alors en pupilles ingrats et dénaturés ces ouvriers, qui prétendaient faire servir leurs droits politiques à l'acquisition de droits économiques qu'on ne pouvait leur accorder sans suicide. Pour garder ses biens menace's, la bourgeoisie renonça à son droit et à son devoir d'aînesse ; elle appela à son aide cette gendarmerie matérielle, l'armée, et cette gendarmerie morale, le clergé ; elle ôta aux prolétaires leurs droits de citoyens, dont ils avaient voulu si méchamment user, et elle ne fit qu'un simulacre de résistance quand tous ces reculs eurent rendu la dictature possible. Dès ce moment la mission historique de la bourgeoisie, en tant qu'instrument du progrès général, est terminée. Elle entre en pleine possession de sa conscience de classe, et, de sa situation privilégiée, elle n'accepte plus que les bénéfices. Sauf d'honorables exceptions individuelles, sauf les cas de pressions extérieures qui l'avertissent de céder à temps ce qui va lui être enlevé, elle devientconservatrice tout en gardant le vocabulaire libéral de sa période de gloire et d'action progressive. Et, trompée par les mots, d'ailleurs encore incapable de produire en nombre suffisant les individus d'élite nécessaires à la direction sociale, composée pour plus des deux tiers de ruraux en qui l'on a soigneusement entretenu des sentiments d'hostilité contre les urbains, — la masse maintient au pouvoir une classe qui ne la représente pas, qui ne représente qu'elle-même, dans ce que ses besoins, ses intérêts, ses appétits ont de moins élevé et de moins utile à l'ensemble de la société. Mais une classe ne peut, quand elle s'est élevée aussi haut, déchoir du premier coup et tomber aux derniers échelons. C'est par des capitulations intermittentes, c'est par des renoncements entremêlés de reprises, que s'est fait ce mouvement d'abaissement de la bourgeoisie française. Ce qui cède le dernier en elle, c'est le libéralisme
philosophique : il lui en coûte de renoncer à son libre jugement, et de se plier au dogme. De plus, le clergé forme une véritable puissance sociale, que la peur bourgeoise a consolidée au lendemain de la grande insurrection ouvrièi'e de Juin 1848. Si on laisse grandir cette puissance, elle mettra la main sur les pouvoirs publics, ce que la bourgeoisie ne veut à aucun prix : elle entend bien se servir de la religion, mais non servir les prêtres dans leur rêve de domination universelle. La bourgeoisie sera donc républicaine et librepenseuse, et elle organisera l'instruction publique en dehors de tout enseignement religieux.
Mais le péril, qu'elle a cru conjurer par un second massacre de prolétaires en 1871, reparaît plus menaçant que jamais. L'élite ouvrière des syndicats s'est mêlée aux hardis partisans des comités révolutionnaires, sous la ba nnière du socia lisme. Les rêves de libéralisme qui ont embelli l'adolescence de la bourgeoisie européenne, le socialisme les reprend, les assemble, prétend leur donner une réalité ; car il n'est pas seulement un résultat de la transformation des outils en machines, et du développement du régime de la propriété mobilière; le socialisme couronne son réalisme économique de tout l'idéalisme politique, social et philosophique, exprimé par les penseurs et les hommes d'action du passé et du présent. Tout ce que la bourgeoisie a abandonné pour garder la richesse, le socialisme s'en est emparé. Il s'est installé dans ce magnifique domaine d'idées, qui, demain, seront des faits, eA par elles il s'apprête à déposséder la bourgeoisie de l'étroit domaine matériel, à la conservation duquel elle a tout sacrifié; car elle en est venue au sacrifice suprême, précurseur de la diclaturc ou de la révolution. Son libéralisme philosophique n'a pas tenu longtemps devant l'emploi que le socialisme en a su faire : 11 était naturel qu'à la doctrine de ré^-ignation de l'Eglise le socialisme opposât sa doctrine d'espérance, et qu'à l'enseignement de soumission répondît un enseignement de libération. Il était non moins naturel que ceux qui contestaient la légitimité des modes actuels d'acquisition de la richesse, tous basés sur rex[)l()ilation du travail d'aulrui, ne reculassent pas devant le libre examen des dogmes, d'autant
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i\\\c Ton prt'tciulait opposer ces dogmes à leurs efforts (léinaiicipalioii. IVir les savants et les penseurs nés d'elle, et applaudis naguère par elle, la bourgeoisie avait ruiné tout espoir d'au-delà pour les prolétaires. Son retour à la religion ne pouvait donc être considéré ([ue comme une manœuvre politique, bien faite pour encourager le socialisme dans sa marche en avant, et pour discréditer les religions, tombées au rang d'expédient chargé d'assurer la sécurité des riches, en préchant la résignation aux pauvres.
La l)ourgeoisie va jusqu'au bout dans cette voie rétrograde. A son internationalisme de naguère, qui n'était pas du cosmopolitisme, mais un patriotisme éclairé, elle a substitué, sans plus de conviction, et pour les mêmes motifs que son renoncement à la liberté de penser, un chauvinisme hargneux et stupide, aussi dangereux pour l'intégrité des nations que pour les libertés publiques. En Allemagne, elle invoque la nécessité de conserver l'unité nationale opérée par le fer et le feu ; elle fait ainsi le procès de sa propre incapacité, puisqu'elle a dû laisser aux féodaux une entreprise qui constituait sa mission historique, et devant laquelle cependant elle a reculé, de peur de déchaîner le peuple, instrument nécessaire de toute révolution réelle. En France, elle invoque la revanche contre l'Allemagne, bien qu'elle n'y songe plus depuis longtemps; car, si elle eût sincèrement voulu réparer la violation du droit des nationalités commise à notre détriment en 1871 , elle n'avait qu'à fortifier en Europe et en France les sentiments démocratiques, grâce auxquels le droit des nationalités trouve ses sanctions et ses réparations ; elle s'est si bien gardée de le faire que notre pays a cessé d'être, depuis qu'il est en républii^ue, lasile ouvert aux proscrits de la démocratie, la seconde patrie de ceux qui aspirent à la liberté. Ceux qui la mènent ont des intérêts engagés dans tous les pays d'Europe, et si, depuis vingt-sept ans, la guerre n'a pas éclaté entre les grandes nations qui s'épuisent en armements, c'est que les féodaux du capital, s'ils trouvent leur profit à fournir des capitaux, des canons et des fusils aux gouvernements, n'en auraient aucun à l'emploi de ce matériel de destruction, au contraire. Le milita-
risme, qui préoccupe la bourgeoisie européenne, et complète son caractère réactionnaire, prend donc sa source dans une nécessité d'un autre ordre que la nécessité de défense nationale. L'armée est la sauvegarde matérielle de la bourgeoisie capitaliste contre le socialisme, comme les clergés des divers cultes sont sa sauvegarde spirituelle; les divers pouvoirs politiques de l'Europe sont dominés par le capitalisme tout puissant, désormais identifié avec toutes les forces conservatrices, et Ton s'explique ainsi que, dans une allocution aux soldats allemands, l'empereur Guillaume II ait pu dire : « Si Ton vous commande de faire feu sur votre père ou sur votre mère, vous devez obéir. » On sait qu'en France la première épreuve des nouveaux fusils à tir rapide s'est faite à Fourmies sur des poitrines ouvrières.
La bourgeoisie, en employant toutes les forces sociales à la défense du régime capitaliste, est désormais en état d'hostilité vis-à-vis du progrès général. Elle ne peut plus affirmer une idée sans que cette idée devienne une arme contre ellemême. Elle en est réduite à faire penser le prêtre et agir le soldat pour elle. Or, ce sont là des forces inférieures, qui ne peuvent avoir d'efficacité que dans les civilisations inférieures. Ce régime, qui peut convenir à des Turcs ou même à des Russes, est en trop violente contradiction avec les manières d'être et de penser des peuples occidentaux pour que cette réaction, amenée par la crainte du socialisme, ait la moindre chance de durée.