‹ L'Idéalisme social (volume 4)Chapitre 5 sur 57 · DÉSARROI DE LA JEUNESSE PENSANTE · texte numérisé non relu

DÉSARROI DE LA JEUNESSE PENSANTE

Pour s'être aimoncée et même, dès l'abord, manifestée par d'incohérentes révoltes, oi^i s'attestaient surtout des impatiences de paresseux intelligents, la revendication idéaliste en est-elle moins légitime? Pour avoir perçu les idées et les faits avec des yeux artistes, visse's à l'occiput et hypnotisés de visions caduques, et non avec un cerveau philosophique projeté en avant du front comme pour entraîner tout l'être vers les vérités à découvrir, — a-t-elle perdu tout droit à notre attention et à notre sympathie ?

Toute révolution s'annonce par des émeutes de gamins; en suit-elle moins son cours, nous prive-t-elle pour cela d'un seul de ses résultats? Le ridicule, et parfois l'odieux, qui toujours précède et longtemps côtoie les grandes poussées de l'humanité, ne doit pas nous masquer le but où elle tend, avec linconscience, mais aussi avec la sûreté de direction de la plante poussant ses racines vers une source nourricière. Ici, nous entrevoyons, sinon un but, du moins une direction que suivent avec une méthode neuve les intelligences naguère disciplinées et dirigées par l'Église, aujourd'hui abandonnées de l'Université. Celle-ci, d'ailleurs, comme celle-là, étant un produit du milieu mental et social, ne peut lui rendre que ce qu'elle en a reçu. Quand le navire sombre, le capitaine n'est pas plus en sûreté que le dernier des mousses.

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Si l'on veut assister aux péripéties de cette débâcle d'âmes, il faut observer d'abord le jeune homme contemporain et le suivre dès l'éveil de ses sentiments et de ses pensées. Dans la famille, il reçoit un enseignement tout de forme, d'attitudes et d'habitudes, qui peut se fixer dans cette courte formule : décence et probité, « Discute-t-on les règles du whist? » fait dire Stendhal à son politique modèle. Les règles du jeu social où notre jeune homme est appelé à faire sa partie ne comportent que ces deux vertus nécessaires, mais passives. Son hérédité, bien plus que les leçons, le plie à ce sommaire dressage moral, qui ne diffère pas beaucoup du dressage subi par les animaux familiers; excellente éducation! les petits chiens n'incommodent leur maître ni par des incongruités ni par des larcins, mais ils le laisseraient avec sérénité étrangler par un intrus. Notre adolescent a pour père un honnête homme, certes! plus préoccupé de batailler pour sa vie et celle des siens que de songer aux destinées de l'espèce; tous les actes de la vie de cet honnête homme, accomplis sous les yeux de son fils, seront trop souvent de cruels et ironiques démentis à ces maximes de morale active qu'on enseigne aux jeunes gens, qui passe des livres aux lèvres et s'évanouit en paroles... Sa mère, qui en doute! est une non moins honnête personne, qui ne pense à l'au-delà individuel que pour le faire osciller, selon le rythme réglé par son confesseur, entre ces deux pôles : le ciel et l'enfer, — avec une prudente résignation à un purgatoire d'oii l'on sort moyennant des prières marquées en chiffres connus.

Que peuvent édifier sur ce tuf incertain les écoles, même dites supérieures ? Rien, puisque, par malheur, les matériaux à leur disposition ne sont que débris dispersés de l'ancien édifice. Songez cependant au sérieux de la jeunesse en matière de certitude; à cet âge plus qu'à tout autre le besoin d'absolu est impérieux. Si l'esprit de notre jeune homme est de quelque valeur, ce sera le chaos, un douloureux chaos où tourbillonnera la pensée. Cet enfant prendrait bien volontiers dans la religion qu'on lui enseigna les règles de conduite qu'il sent indispensables et qu'il cherche avec tant d'ardeur, mais il lui faudrait du même coup accepter des dogmes que sa

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