‹ L'idéalisme socialChapitre 4 sur 96 · JI | PRÉFACE · texte numérisé non relu

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ver des motifs suffisants de.s’extérioriser et de se projeter dans l’espace et dans le temps, par une plus exacte connaissance des relations de l’individu avec le milieu, et de l’évolution solidaire des phénomènes sociaux et des concepts particuliers et généraux relatifs à ces phénomènes. | D'autre part, l’auteur a vécu ainsi moins absolument dans son rêve. Mêlé aux affaires publiques, qui sont une rude école de réalisme, il a dû sans cesse reprendre pied dans les réalités. Si utopiques que puissent paraître ses conclusions ultimes, les faits dont elles sont le prolonsement idéal constituent le terrain solide sur lequel il les a toujours élevées, et 1l a tâché qu'elles ne manquassent jamais d’être appuyées sur eux et tirées d'eux-mêmes. Ces pages sont adressées à la jeunesse ; elle les entendra et les comprendra Les aînés qui, depuis vingtcinq ans, ont entrepris de la conduire l'ont égarée par des sentiers fleuris; mais les fleurs étaient de papier colorié et elles recouvraient d’arides buissons, où se sont déchirés les meilleurs, ceux qui poussaient la conscience jusqu'à s’en approcher de trop près. Le buisson rendit semblables à lui ceux qu’il meurtrit, et par leurs blessures s’écoula le meilleur d'eux-mêmes : la faculté d'enthousiasme, la foi aux grandes entreprises, l’espérance dans l'avenir, la bonté pour tous les êtres vivants et souffrants.

Ce livre ne prétend pas conduire la jeunesse. Il lui dit plus simplement : Apprends à te conduire toi-même. Sache que tout essor vers une conception plus élevée, loin de t'isoler dans le rêve, te donnera courage et force pour en tenter la réalisation. Sache qu'aujourd'hui est l'héritier d'hier, et que cette solidarité des œuvres dans

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le temps te donne la certitude que la tienne sera utilisée, achevée, magnifiée par la génération qui te suit. Sache enfin qu’en répandant par la connaissance la personnalité sur un plus grand nombre d'objets, en associant pour l’action ton geste au plus grand nombre de tes semblables qui exécutent le même geste, tu augmentes ton pouvoir de tout le renfort que tu apportes au leur propre. Que ton rève fasse descendre les cieux sur la terre, et l'avenir verra ce prodige, qui sera si réellement le fruit de ta volonté éclairée par la connaissance, que nul ne s’avisera de crier au miracle.

Ce n'est pas à proprement parler une construction sociale idéale qui est tracée dans ces pages, mais plutôt une indication des possibilités futures, tirée de l'observation comparée du présent et du passé. Cha- cun peut donc à son gré, au gré de sa connaissance du réel dans le passé et dans le présent, emplir ce cadre de ce qui lui plaira le mieux, sans que l’auteur s'en tour- mente, au contraire. Nos constructions idéales, tout comme nos constructions réelles, ontun caractère provisoire, qui doit nous porter à la modestie. Ne suffirait-1l point, par exemple, d'une invention, pour modifier le cours de l’évolution économique, et, par conséquent, faire dominer telle forme de propriété plutôt que telle autre ? Mais il y a des lois, des principes généraux, qui sont les règles et les conditions du bonheur de chacun et de tous : cela ne se perd jamais, une fois que l'esprit en a pris possession. Toute vérité scientifique acquise par le cerveau humain est assurée de l'éternité. En attendant que, par les sciences, la sociologie se constitue à l’état de métascience, des constructions provi- soires telles que celle-ci ont leur utilité. Et l’auteur ose

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croire que celle utilité ne disparaîtra point, même quand la sociologie aura pris son rang dans les sciences. Toujours la pensée s'élancera du connu vers l'inconnu, par les voies du probable et du possible, pour accroître sa connaissance et sa possession du réel. « L’idéalisme est la forme pensée de l'évolution. » La mort du désir serait un signal de décadence immédiate et de fin prochaine.

Le lecteur trouvera dans cet ouvrage une quantité de pensées, qui sont pour lui de vieilles connaissances. Qu'il ne s’offusque pas de ce manque d'originalité d’un auteur qui, en sa qualité de communiste, n'admet pas la propriété des idées. S'il en a présenté de nouvelles qui vaillent la peine d’être volées, il sera le premier à s'excuser auprès du voleur de n’être pas plus riche, et d'avoir si peu de chose à laisser prendre.

Pille donc, ô bon voleurinconnu; pille, si tu y trouves

ton compte, celui qui ne craignit pas de piller autrui et l'avoue sans effronterie comme sans honte. Mais, on. t'en avertit ici, si tu t'avisais de transformer ces honnêtes

outils de l'esprit en armes perfides contre l'esprit, ce bien désormais mal acquis ne te profiterait point, et ces pages vivantes ne seraient plus entre tes mains que des feuilles sèches où se liraient ta fraude et ta confu- Sion.

Guise, le 8 septembre 1898.

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