NOTIONS PRÉLIMINAIRES
Je «-us, mais aussi je comprend*. Quand je considère un triangle donné, il se passe à la l'ois dans ma conscience deux faits d'ordre différenl : je me représente un triangle d'une forme déterminée, avec une certaine grandeur de ses angles et de ses côtés. Mais en môme temps je conçois ••('(Hic c'est que le triangle: je me tonne une représentation qui convient à tous les triangles, de quelque espèce et de quelque dimension qu'ils soient. De même, si je produis un acte de volition, ce phénomène se dédouble immédiatement sous le regard de ma conscience. D'une part, je sens l'acte réel et vivant don! je suis cause, qui a une intensité définie, des motifs el des effets également définis. De l'autre, je vois se dégager de cet
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acte une représentation qui n'enveloppe plus rien de vivant, où ma personnalité ne compte pas, qui n'a plus tel ou tel degré d'énergie, qui s'élève audessus des conditions de l'espace et du temps et s'applique à tous les cas du même genre. Cette représentation qui naît avec l'image et la dépasse en extension, qui contient encore les caractères de l'individu et n'en garde plus l'individualité : voilà ce qui s'appelle une idée.
Ainsi comprise, l'idée n'est pas en nous un phénomène isolé : elle est le principe régulateur de notre vie consciente; elle tient à toul le reste.
D'abord l'idée ne ressemble pas à l'empreinte qu'on trace avec une pointe de métal sur un morceau de cire. La comparaison poéli<|iie de Platon û'esl qu'une face de la vérité. L'idée vit, el de la vie la plus noble : elle es! perçue; elle contient une penséequi lapénètre et la saisit, elle suppose el enveloppe la conscience.
lai second lieu, l'idée m- révèle ti aous sous me triade de caractères généraux qui ue s'en séparent pas : die esl à In l'ois abstraite, universelle cl nécessaire. Antérieurement a l'acte intellectuel,
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la couleur d'une cerise esl un mode inhérent à ce fruit, qui ne peut exister qu'en lui. Dès que mon intelligence intervient, cette couleur devient la couleur, c'est-à-dire une chose qui est réalisable dans tous les temps et tous les lieux, autant de lois qu'on le voudra, qui ne peut cesser de l'être. Etc'esl là une transformation I >i«n mystérieuse; ce bond subit du relatif dans l'absolu a de quoi nous jelerdans l'étonnement. M ; i i - il non esl pas moins le l'ail le plus familier de noire activité consciente.
En troisième lieu, l'idée est inlimemenl liée à l'image, ou, si l'on veut, au phénomène empirique. Nous m1 pensons rien d'abstrait qui ne suppose du concret, rien de logique qui ne se fonde de quelque manière sur le réel : toute idée a pour substraium un l'ail : nous ne comprenons qu'autant que nous sentons.
Enfin, l'idée renferme de l'être, et cet être a une valeur objective : ou c'esl la réalité, une lace de l'immense et mystérieuse nature; ou c'en esl le substitut mental. Carnous sommes faits pour la vérité; or il n\ a que deux moyens de l'ai-
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teindre : il faut que nous en devenions la pensée ou que notre pensée en devienne l'image.
A ces différents aspects de l'idée se rattache (ouïe une série de questions qui se posent d'ellesmêmes.
P Quel est le rapport de l'idée à la conscience? Vy a-l-il pas un dernier ternie de l'opération intellectuelle où la pensée cesse d'informer son objet et ne fail plus que le percevoir ? Derrière la puissance délie;-, donl Kanl a gratifié L'entendement humain, ne se trouve-t-il pas un pouvoir d'intuition? Et s'il en est ainsi, n'est-ce pas l'absolu qu'on atteint dans L'idée?
±° Quel est le rapporl de l'idée à ses caractères généraux? Kanl a fail de ces caractères supérieurs à l'expérience sensible des tonnes a priori de h pensée rationnelle. Cette théorie est-elle juste ? Au lieu de situer les catégories dans la conscience, ne faut-il pas les situer dans l'objel ? N'est-ce pas du fond même de l'idée qu'elles jaillissent sous L'effort de L'intelligence?
3" Quel esl le rapporl de l'idée au* données de l'intuition sensible; oiii «i l'on préfère, au pliéno-
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mène empirique ? Ne vient-elle pas de ce phénomène? et, si elle en vient, comment? Est-elle un résidu passif de l'expérience ou bien le résultat de l'activité mentale?
4° Quel est le rapport de l'idée à l'être? On parle sans cesse de l'identité de la pensée et d< ta choses; on y croit de plus en plus : l'idéalisme semble derechef absorber peu à peu le Kantisme. Cette identité, si fortement affirmée, érigée en dogme dans notre société sceptique, a-t-eUe des preuves solides à son appui? Ne peut-on pas démontrer que l'être déborde la pensée et même qu'il en est séparable?
Ce sont ces questions que nous avons le dessein d'élucider; et dès lors on voit l'importance et l'actualité du sujet que nous abordons.
Ce qui a préoccupé les philosophes modernes, ce quien a fait et en fait encore le tourment, c'est le problème de la connaissance. Depuis Desenrtes, il s'est produit en philosophie une révolution analogue à celle qui s'est accomplie avec Kepler en astronomie. Ce n'est plus vers l'objet, c'est vers le sujet que convergent tous les efforts
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de la recherche ; c'est au sujet qu'on demande le secret de l'origine et de la valeur de nos idées. Et de cette orientation nouvelle de la spéculation sont sortis toute une pléiade de systèmes qui ont régné tour à tour sur les intelligences :1e relativisme, l'innéisme des idées, l'innéisme des formes, l'idéalisme, l'empirisme. Ces grandes théories se présenteront naturellement sur notre route ; et nous aurons l'avantage d'en faire la critique à la lumière d'un seul et môme fait auquel elles se rapportent toutes : Vidée.