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des points de rupture qui s'opposent à ee que la richesse du passé aille tout entière à l'avenir.
Est-ce à dire que les expériences anccslrales soient totalement perdues, et qu'il n'y ait qu'une série de perpétuels recommencements dans l'effort que déploie le genre humain pour augmenter et son trésor de connaissance et sa capacité de connaître? Nous ne pouvons nous résigner à le croire.
Les civilisations ressemblent aux lames de l'Océan, qui rident le front de l'abîme sans en rompre l'immensité. A travers les hausses et les baisses que subit la vie intellectuelle à la surface du globe, l'humanité demeure et continue son cours: les peuples meurent, rhumanité est immortelle. Et dés lors, on conçoit que certaines idées fondamentales, qui sont toujours présentes à tout être raisonnable, telles que les notions d'être, de cause, d'effet, d'énergie, de temps et d'espace, finissent pars identifier avec l'âme humaine, se transmettent d'une certaine manière avec la \ ie et se trouvent au fond de chacun de nous comme un résidu de L'expérience ancestrale, antérieur à toute expérience individuelle. Le fait parait d'autant plus probable
qu'aucun homme ne peut jamais rien penser sans penser par là môme toutes ces choses et qu'elles deviennent ainsi connaturelles à notre esprit.
On peut aller plus loin. Le champ de la connaissance humaine va s'élargissant à travers le cours des âges. Quand une civilisation disparaît, elle laisse sur le sol où elle a fleuri des blocs épars, qui servent tôt au tard à l'édifice d'une science plus compréhcnsive. Socrate, Platon et Aristote ont utilisé les recherches des philosophes qui les avaient précédés, et se sont élevés par ce moyen à une synthèse supérieure d'idées. Le génie romain s'est allumé au contact des œuvres du génie grec. lMus tard, les Pères de l'Eglise ont construit la métaphysique chrétienne sur les principes corrigés de la philosophie gréco-romaine, à la façon dont Constantin bâtissait les basiliques sur les ruines des temples païens. Depuis plusieurs siècles, les chercheurs, las de syllogiser, se sont tournés du côté de L'expérience, 2t de là une suite prodigieuse de grandes découvertes qui ont transformé l'aspecl de la société et ne sont probablement que l'heureux début d'un savoir plus large et plus fécond. Le domaine de l'humaine pensée s'augmente à travers les siècles : nous savons ce'que savaient les anciens, et quelque chose de plus. Mais comprendre plus, e'esl mieux comprendre. Impossible qu'une science
plus vaste et également digérée ne se traduise pas à la longue par une puissance supérieure et d'assimilation et d'investigation, ne finisse pas par aboutir à quelque accroissement de vigueur intellectuelle. Cet accroissement n'est peut-être pas encore assez prononcé .pour être sensible, notre connaissance du passé étant à la fois courte et imparfaite. Mais il tient à la nature des choses et l'on peut en affirmer l'existence.
Le passé ne nous a pas seulement laissé des papyrus, des livres et des nécropoles. Il nous a légué quelque chose de plus intime. Nous en avons reçu un surplus de vie intellectuelle. Chacun de nous apporte en naissant comme des ébauches intérieures de ses expériences futures. En outre, le genre humain, pris en somme, possède une puissance plus grande d'intuition rationnelle ; et c'est là que l'hypothèse évolutionnistc retrouve ses droits.