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CHAPITRE PREMIER

L'idée n'est pas identique à l'être.

Nous avons examiné successivement comment l'idée se rattache à la pensée qui la pénètre et la saisit,

aux caractères généraux qu'elle présente, aux phénomènes empiriques qui lui servent de Oibstraium. Il nous reste à parler du rapport de l'idée à l'être. La question n'est pas de savoir s'il y a de l'être en toute idée; car la chose est trop évidente. « J'ai conscience de mes représentations, dit Kant ; elles existent donc, et moi-même avec elles \ » Et c'est là une parole à laquelle on ne saurait contredire. Que penser en dehors de ce qui est, vu qu'une illusion est encore quelque chose? Le problème que

I. Crit. (/<■ la raison pure, I. Il, Paralog., p. 452., édil. J. Baini.

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nous posons ici est à la fois plus foncier et plus ardu. Nous nous demandons si l'idée a la même frontière que l'être, ou si, au contraire, elle n'est qu'un coin lumineux dans l'immense réalité. Notre intention est de chercher si l'idée est identique ou non aux choses elles-mêmes. C'est l'idéalisme que nous rencontrons derechef sur notre route et dont il faut maintenant discuter le principe fondamental.

On conviendra qu'il est difficile de maintenir l'identité absolue de l'être et de l'idée. Si cette identité absolue existe, l'idée est adéquate à l'être. Or on ne peut poser une semblable équation : l'expérience suffit à démontrer que l'être déborde l'idée et de toutes parts. L'idéalisme subjectif, d'après lequel « l'essence de l'être est d'être perçu », ne résiste pas à l'épreuve des faits.

Ce système trouve un premier démenti dans la connaissance inadéquate que nous avons de nousmômè. Malebranche dit quelque part : « Je ne puis découvrir les rapports des modifications qui affectent mon esprit. Je ne puis en me tournant vers moimême connaître aucune de mes facultés ou do mes capacités. Le sentiment intérieur que j'ai de moi même m'apprend que je ^ni<. que je pense.

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que je veux, que je sens, que je souffre, etc.; mais il ne me fait pas connaître ce que je suis, la nature de ma pensée, de ma volonté, de mes sentiments, de mes passions, de ma douleur, ni les rapports que toutes ces choses ont entre elles '. » Kien déplus juste que cette vue tout empiristedo l'ingénieux et profond métaphysicien. Nous n'avons pas la claire vue, nous n'avons que le sentiment de nous-même : il y a un résidu d'obscurité jusque dans nos faits conscients. Je sais, il est vrai, distinguer mes désirs de mes volitions, mes volitions de mes émotions, mes émotions de mes pensées, mes représentations sensibles de mes notions abstraites. Mais, dans toutes ces choses que renferme le champ de ma conscience, je remarque un fond mystérieux que ma conscience ne pénètre pas.

D'abord, il nous arrive à chaque instant de faire des actions qui supposent le concours de l'intelligence et dont nous n'avons cependant qu'une connaissance fort obscure. <■ Je donne ordinairement à ma bote, dit Xavier de Maistre, les soins des apprêts de mon déjeuner ; c'est elle qui fait griller mon pain et le coupe en tranches. Elle fait à merveille le café, et le prend même très souvent, sans que mon à me s'en mêle, à moins que celle-ci ne s'amuse à la voir travailler; mais cela est très rare et très difficile

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