‹ L'idée d'évolution dans la nature et l'histoireChapitre 26 sur 95 · LE SYSTEME NERVEUX ET L'ADAPTATION · texte numérisé non relu

LE SYSTEME NERVEUX ET L'ADAPTATION

différenciation, variabilité ou plasticité. D'où viennent-elles? Si nous arrivons un jour à les analyser mieux, nous ne ferons que reculer la limite. Le mystère métaphysique demeurera le même. Ramenées à notre question première, ces considérations nous disent ceci :

« L'instinct social des insectes, en particulier des fourmis, appartient sans aucun doute à la catégorie des automatismes hérités complets, c'est-à-dire n'ayant pas besoin d'être appris par rindividu. Quoique fort complexe et fort gros relativement chez l'ouvrière qui seule a l'instinct social très développé, le cerveau d'une fourmi est une association bien petite de petits neurones. Mais l'automatisme spécialisé exige infiniment moins de neurones que la complexité des activités plastiques qui exige la possibilité d'adaptation à un nombre immense d'activités effectives et non pas seulement potentielles. Donc on peut comprendre que le petit cerveau de la fourmi opère automatiquement des choses que le cerveau humain a souvent peine à apprendre.... Nous avons cité deux extrêmes, l'extrême d'un instinct complexe et l'extrême de la plasticité ou faculté d'adaptation du cerveau humain. Etudions les faits d'un peu plus près et nous trouvons les passages. L'homme a aussi des automatismes hérités plus ou moins complets. Sans parler de l'habileté souvent fort défectueuse du nouveau-né à téter, nous pouvons citer les états affectifs, les appétits sexuels et leur assouvissement, les mouvements de défense et de fuite, le rire et les pleurs comme autant d'automatismes héréditaires bien près d'être complets. ))

« Passons aux chiens et aux singes et nous devrons accorder que leur faculté de saisir les volontés de leur maître, d'être dressés et apprivoisés, leurs joies et leurs tristesses, leurs sentiments à l'égard de leurs petits et de leur maître ne permettent pas de douter de leurs facultés plastiques très développées. »

« De plus, il est faux de croire que les animaux inférieurs

n'ont pas d'activité plastique ou adaptative. Une amibe est fort plastique et un leucocyte aussi. Ces simples cellules n'ont guère d'automatisme, » (Forel, loco citato, pp. 39 et 40).

La plasticité d'un cerveau est d'après Forel en raison directe du nombre des neurones, mais il faut donc que le neurone ait quelque plasticité. La croissance du système nerveux, sa différenciation graduelle, la constitution de centres de mieux en mieux spécifiés, loin d'attester simplement la constitution d'un état d'équilibre entre l'organisme et le milieu sont les preuves d'un empiétement croissant de l'être vivant sur le monde extérieur.

Nous sommes donc portés à conclure que le système nerveux est un organe de l'adaptation directe et que l'adaptation directe, loin d'être une simple équilibration, suppose une activité spontanée, liée à l'instinct, à la sensibilité et par suite aux formes obscures et simples de la vie consciente.

Page 1