LE SYSTEME NEHVEUX ET L'ADAPTATION
iincts primaires sont des façons de réagir, inséparables de la structure de ranimai. La définition de Spencer convient donc à eux seuls.
La base de Tinstînct primaire est ainsi la réflexe, c'est-àdire la manifestation d une des propriétés élémentaires de la cellule vivante : la contractilité. Soumettons un mollusque très simple chez qui le système nerveux existe à peine, à l'action d'une lumière intense : nous verrons les muscles de cet animal se rétracter violemment. La possibilité du réflexe ne reposait donc pas sur une organisation nerveuse développée ou même définie.
En revanche, si nous consultons la physiologie des réflexes, nous n'avons pas de peine à découvrir comment l'activité des centres nerveux peut faire apparaître les mouvements instinctifs.
Rappelons que les physiologistes constatent chez l'homme et les mammifères cinq lois auxquels les réflexes sont soumis : les lois de Tunilatéralité, de la symétrie, de l'intensité, de rirradiation et de la généralisation. Les deux dernières ont dans les précédentes leur condition. Elles nous expliquent comment une faible excitation peut déterminer une réaction générale de l'organisme comme par exemple le vol chez Toiseau, le plongeon chez la grenouille, bref toutes les manifestations défensives. Or l'irradiation et la généralisation d*une action réflexe dépendent de l'opération d'un centre nerveux déjà développé et spécifié, mais puisque l'organe n'a pu naître avant la fonction et sans elle, nous pouvons tirer de là la confirmation d'une de nos conclusions antérieures : la formation des instincts les plus simples prouve que l'adaptation n'est pas une simple équilibration mais une réaction de l'organisme, réaction qui devient supérieure à l'excitation.
L'étude des instincts secondaires pourrait-elle affaiblir cette conclusion ?
L'instinct secondaire est une adaptation intelligente de
rinslînct primaire à de nouvelles conditions d'existence. On n'y trouve pas d'autre origine que Tintelligence de lanîmal, c'est-à-dire selon Romanes, l'aptitude de l'individu à tirer parti de son expérience propre, rintelligence d'un animal ne fait qu'un avec sa mémoire et ses habitudes ; l'instinct secondaire est une mémoire fixée héréditairement.
Comme on le voit, il ne s'agit de rien moins ici que d'expliquer les manifestations les plus remarquables de la vie animale par l'action des représentations sur les mouvements ou de renoncer à en donner une explication.
On pourrait peut-être échapper à cette option si la formalion d'un cerveau puissant et volumineux était universellement la condition et l'antécédent des instincts secondaires. Mais l'on voit des instincts secondaires très remarquables apparaître chez des vertébrés inférieurs tels que les oiseaux ou même les poissons (épinoche). Les plus remarquables peut-être de ces instincts, ceux des hyménoptères sociaux se laissent observer chez des animaux que la structure de leurs centres nerveux rattache au type commun des invertébrés.
Ces instincts ne peuvent être expliqués ni par la concurrence vitale entendue au sens étroit, ni par un simple mécanisme héréditaire. Si l'on se refusait à admettre qu'une activité spontanée, fortifiée par la vie en société ait pu en provoquer l'apparition, ne serait-on pas conduit, comme l'entomologiste Fabre, à réhabiliter les conceptions théologiques de saint Thomas et des scolastiques ?
Aussi en présence de ce phénomène voyons-nous un profond physiologiste suisse, Forel, connu par ses études de psychiatre et ses travaux sur les neurones, conclure nettement au pampsychisme de Leibnitz.
« Partout dans l'univers, écrit-il,* nous retrouvons les deux lois de l'automatisme ou reproduction cyclique et de la
1. Année psychologique, 2» année. Un aperçu de psychologie comparée, in fine.