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C'est, on le sait, la méthode de TQrk et de Charcot

l'organe S ranatomie comparait les variations de sa structure depuis les vertébrés acraniens jusqu'aux singes anthropomorphes et à ^homme^ Or Tembryologiste retrouvait chez le nouveau -né l'abréviation de la série des phénomènes qu'avait conslaLés Tanatomiste, et le pathologiste découvrait dans la gamme des dégénérescences le renversement de cette série. — On peut dire que la science du cerveau est ébauchée et que les grandes lignes en sont nettement dessinées.

Tel que nous l'observons chez les mammifères et surtout chez Thomme, le cerveau est le dernier constitué des grands organes qui permettent à l'animal de s'adapter au milieu où il doit vivre. De l'amphioxus à Fhomme, l'encéphale croît sans cesse relativement au reste du corps; et chez les mammifères^ les hémisphères cérébraux croissent relativement au reste de Tencéphale. — Le cerveau réagit de plus en plus sur les tûQctions des autres appareils. Non seulement il modère l'activité réflexe de la moelle, mais il réagit sur la circulation du sang, sur la distribution de la chaleur animale etc. Sa nutrition prélève un lourd tribut sur l'ensemble de Torganisme ; en même temps c'est un organe délicat, bien vile surmené et dont les lésions troublent les fonctions les plus éloignées des siennes en apparences. L'acquisition du cerveau n'a donc pas été pour les animaux supérieurs un avantage sans compensation et nous devons en conclure que la constitution de cet organe est indispensable à l'adaptation.

Maïs pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi Tanimal doit-il faire les frais d'un organe aussi dispendieux et aussi délicat?

Nous î^erions-nous trompés en rejetant tout rapport entre la division progressive du travail et la concurrence vitale? Peut-on expliquer la genèse du cerveau autrement que comme une condition sine qud non de la victoire dans la compétilion pour les subsistances ?

i » Métliod*! de Paul Flechsig.

t. J^lÉthodc suivie par Charlton BasUan.

Un darwinisle montre sans peine que la conquête des aliments est plus facile à un animal possédant plusieurs appareils sensoriels qu'à celui qui est réduit à lusage du tact, et que de deux animaux, celui chez qui les sens se complètent et se suppléent, celui qui est capable de raisonnement et de mémoire a l'avantage sur Têtre dont les sens fonctionnent isolément. Or, si les sens et Taptitude à combiner les données sensorielles sont des fonctions utiles dans la lutte pour les subsistances, le cerveau, qui résulte de la réunion et de l'intégration dés organes sensoriels, le cerveau a dû se former chez les animaux soumis à la concurrence vitale la plus intense et la transmission héréditaire du cerveau a dû assurer la survie des variétés qui l'avaient acquis.

Bref, la lutte pour la vie a formé la perception sensible; la fonction a fait Torgane, et l'hérédité la fixée dans Torganisation. On conçoit qu'une explication aussi lumineuse et aussi simpliste ait pu séduire tous ceux qui contemplent les faits biologiques de très loin, sinon de très haut.

Mais un examen consciencieux des faits ne permet pas de l'adopter.

Nous avons précédemment montré combien il est difficile d'apercevoir un rapport entre la spécification des fonctions et la concurrence vitale. Or ici l'absence, l'impossibilité de la relation causale peut être expressément démontrée.

La loi de la lutte pour la vie a été un emprunt de la zoologie à l'économie politique ; le phénomène qu'elle généralise est l'effet d'une disproportion entre la natalité de chaque espèce et ses moyens de subsister. Or l'action que cette cause pourrait exercer sur le fonctionnement de l'organisme animal n'aurait pas une intensité toujours égale. Elle devrait agir sur la plasticité des tissus vivants d'autant plus que la compétition serait plus ardente. Les espèces qui auraient la plus grande natalité seraient les plus soumises à l'action éventuelle de la concurrence ; celles dont la natalité est faible seraient par contre moins contraintes que les autres

à spécifier leur organisation pour faire face à la pénurie de Talimentation.

Mais les espèces les plus simples sont celles qui ont la postérité la plus nombreuse et, selon Spencer, la fécondité décroît avec la complexité de l'organisation . « Si nous ramenons sous le titre à'fndividiiation tous les processus qui complètent et soutiennent la vie de Tindividu et sous le titre de Genèse ceux qui aident à la formation et au développement de nouveaux individus, nous nous apercevons que rindividuation et la Genèse sont nécessairement en antagonisme. Tout progrès qui élève d'un degré l'évolution individuelle a pour conséquence d'abaisser d'un degré la multiplication de l'espèce et vice versa. Le progrès dans le volume, la complexité ou Tactivité suppose une rétrogradation dans la fécondité et tout progrès dans la fécondité suppose une rétrogradation dans le volume, la complexité ou l'activité*.

Spencer apporte, il est vrai, à cette loi générale une restriction destinée à sauvegarder la loi de sélection naturelle : c'est que « la genèse ne décroît pas tout à fait aussi vite que rindividuation augmente*. » Mais nous avons d'autres raisons de penser que Spencer a aperçu la vérité quand il a formulé l'antagonisme de rindividuation et de la Genèse. Cet antagonisme est conclu de faits bien observés. Un protophyte se reproduit beaucoup plus rapidement qu'une plante; un protozoaire, qu'un métazoaire ; un insecte pond beaucoup plus d'œufs qu'un vertébré ; un poisson en pond beaucoup plus qu'un oiseau. La postérité des rongeurs est beaucoup plus nombreuse que celle des singes et à plus forte raison que celle des races humaines les plus fécondes. Les êtres vivants s'adaptent aux difficultés de l'existence en compliquant leur organisation et en limitant leur fécondité.

Au contraire la réserve apportée par Spencer à cette con-

i. Principes de biologie, ch. viii, III. — Howard Gollins, § 327 (Paris, F. Alcan). 2. ma., § 364.

clusion se tire d'une fausse conception du transformisme» de cette idée que les espèces supérieures remplacent les espèces inférieures. Est-il besoin de rappeler que la variabilité croissante des types végétaux ou animaux n'a nullement pour conséquence la disparition des formes les plus simples ? La comparaison des faunes actuelles aux faunes géologiques condamne absolument une telle interprétation. Les faunes et les flores primitives ont partagé la terre avec les faunes et les fleurs plus jeunes, mais puisque le tigre coexiste avec le crocodile, la faune tertiaire n'a pas fait disparaître la faune secondaire et puisque l'homme coexiste avec l'éléphant, la faune quaternaire n'a pas fait disparaître la faune tertiaire. Partout où vous trouvez le chêne près du sapin et de la fougère, vous avez la preuve que les flores récentes n'ont nullement éliminé la flore de l'époque paléozoïque pas plus que les organismes composés n'avaient éliminé les organismes unicellulaires. Seule la funèbre imagination des darwinistes fait de la nature un ossuaire.

Les organismes complexes sont donc moins soumis que les organismes simples à la loi de la compétition. Par suite comment attribuerait-on à une telle cause l'apparition du cerveau puisque la différenciation du cerveau et de la moelle n'a lieu que chez les vertébrés craniotes^ animaux d'une structure déjà très compliquée ?

Il y a une relation définie entre l'organisation du cerveau et l'individuation. On peut observer un ganglion céphalique chez les invertébrés. Mais Tonne peut comparer au cerveau des vertébrés cet organe sans risquer de méconnaître la distinction de l'homologîe et de l'analogie sur laquelle repose toute Canatomie comparée. Aussi la décapitation d'un invertébré n'a-t-ellepas la mort pour conséquence. Or on sait que la complexité d'un invertébré est tout autre chose qu une îndividuation. C'est tout au plus la prédominance d'un des métamères sur les autres sans que jamais la vie du métamère soit absorbée en totalité par la vie de l'individu. Au con-

traire, chez les vertébrés, le développement du cerveau correspond à la solidarité des fonctions. Plus le cerveau est développé et différencié, et plus Tensemble réagit sur le détail.

Allons plus loin : il est permis de penser que Taccroissement du cerveau est une dépense compensée par un affaiblissement de l'activité génésique. A cet égard, il est intéressant de comparer, non seulement les mammifères aux poissons, aux amphibiens et aux reptiles ainsi que les primates aux mammifères inférieurs, mais encore les races humaines les plus élevées en civilisation aux races incultes. Il est impossible d'oublier que si, chez les races noires, le développement intellectuel est très vile arrêté, c'est chez elles qu'on trouve la précocité sexuelle la plus grande. Il semble bien que l'élévation de l'intelligence soit incompatible avec une nubilité prématurée. Le cerveau d une femme qui est mère à huit ans est sans doute arrêté dans son développement; or c'est chez la femme que Ton trouve toujours le cerveau moyen de la race.

Les darwinistes conséquents seraient donc amenés à professer que le cerveau- n'est qu'indirectement une arme dans la lutte pour l'existence. L'organe central de la perception extérieure se développerait à la suite d'une excitation des sens due, non à une compétition entre individus du même type, mais h une guerre habituelle entre individus d'espèce différente. On pourrait admettre par exemple que la différenciation des sens favorise tour à tour soit l'attaque, soit la fuite et que la formation du cerveau assure ainsi la victoire de certaines variétés sur certaines autres.

Cette interprétation des faits resterait purement hypothétique. Rien absolument n'autorise à penser que les espèces actuelles possèdent en général un cerveau plus puissant que celles dont étaient composées les faunes prédominant à l'âge quaternaire ou tertiaire. Pourquoi attribuer à l'éléphant indien un cerveau mieux différencié qu'au mammouth, au

cheval une supériorité cérébrale sur rhipparion ? Il le faudrait cependant pour que la théorie de la sélection fût vraiment explicative.

Mais cette hypothèse vient positivement échouer sur un écueil inaperçu des darwinistes : l'existence des associations animales.

Les animaux qui possèdent un cerveau relativement difiTérencié sont les plus portés à vivre en société. L'association est un fait exceptionnel chez les invertébrés, un fait commun chez les vertébrés et chez ces derniers, des poissons aux mammifères, il y a un progrès constant de la sociabilité. Rien de moins explicable si le développement du cerveau est en effet de la sélection naturelle. Un animal jeune qui vit en société peut profiter de l'activité sensorielle de ses associés et de Texpérience du chef de Tassociation. Un animal isolé et qui doit compter sur lui seul pour saisir sa proie ou fuir ses ennemis doit exercer à un plus haut degré Tactivité de ses sens. Si la lutte était Tunique condition de révolution du cerveau, Tassociation ne devrait-elle pas amener un arrêt de développement? Les animaux solitaires ne devraient-ils pas être invariablement pourvus d'un cerveau mieux organisé que celui des animaux sociables?

L'observation met en lumière le fait contraire. Les cerveaux, et, en général, les encéphales les mieux différenciés se rencontrent plutôt chez les espèces sociables. Tout au moins jamais celles-ci ne présentent au regard la moindre infériorité, ce qui est déjà un indice suffisant, mais voici une preuve véritable : De deux espèces, sociables ou solitaires, celle qui vit de proie est plus soumise à la concurrence que celle qui vit d'un régime végétal. Il faut en effet qu'elle déjoue les ruses de sa proie et en même temps qu'elle triomphe des autres espèces carnassières . Les accipitres parmi les oiseaux, les carnassiers et les sirénides parmi les mammifères devraient donc avoir un cerveau beaucoup mieux organisé, les uns que les oiseaux grani-

n LK PROBLÈME BIOLOGIQUE

vores et notamment les passereaux, les autres que les primates, etc., mais il n'en est rien. Le cerveau des primates est, sans exception, beaucoup plus riche en circonvolutions que le cerveau des grands félins ; et ceux-ci restent encore inférieurs à un animal herbivore tel que Téléphant. La complexité de rinstinct est à défaut d'autres indices une preuve suffisante de la supériorité de l'organisation cérébrale ; or, parmi les oiseaux, c'est chez des passereaux et non chez des accipitres que l'on trouve les plus belles manifestations de l'instinct constructeur. Généralement les espèces solitaires se rencontrent parmi les animaux qui vivent de proie. On sait au contraire que la société domestique est développée chez les oiseaux granivores et que les mammifères herbivores forment presque toujours des peuplades plus ou moins nombreuses et bien organisées. La supériorité de l'organisation cérébrale chez les herbivores ne peut donc être attribuée qu'à la vie en société. On en a une confirmation quand on voit un animal carnassier, le chien, acquérir sous l'influence de l'humanité sociable un cerveau aux circonvolutions bien dessinées et les instincts secondaires les plus plastiques.

Il faut donc admettre que la vie en société stimule par elle-même l'activité sensorielle, la mémoire et la combinaison des perceptions. Spencer Ta complètement reconnu en nous montrant qu'une société animale a pour effet de multiplier les sens de chacun par les sens des autres ^ Plus cette observation est judicieuse, plus elle dément la théorie du darwinisme. Quand le cerveau d'une espèce est bien constitué et mis au service d'appareils sensoriels délicats et solidaires, elle est mieux adaptée aux conditions de son existence, mais les individus qui la composent ne sont pas mieux armés dans la « lutte pour la vie ».

C'est à rhistoire et à la psychologie sociale qu'il appartient

i. Spencer. Justice, § 8.

de décider si la guerre a concouru au développement de l'intelligence humaine. Il semble toutefois que dès maintenant Tanthropologie donnerait raison à la conclusion que nous venons d'exposer. Les cerveaux les plus volumineux et les mieux organisés ne se rencontrent pas chez les races les plus guerrières. Aucune race ne parait plus passionnée pour le carnage que celle des Papouas de la Nouvelle-Guinée, aucune race n'a montré dans toute son histoire un plus grand mépris des gens de guerre et une plus grande incapacité militaire que la race chinoise. Or le poids moyen du cerveau chez les Chinois serait, si nous en croyons les évaluations de Charlton Bastian, plutôt supérieur qu'inférieur à celui des rameaux les plus élevés de la race blanche. Au contraire Huxley a pu soutenir que l'observation du poids et de l'organisation du cerveau chez les Papouas oppose un obstacle invincible au dogme de l'unité et de l'invariabilité de l'espèce humaine*.

Nous avons vu que, d'après Forel, un ganglion nerveux est une association de neurones et remplit d'autant mieux les fonctions de l'adaptation que les neurones associés sont plus nombreux. 11 semble bien que cette vue puisse être généralisée. Le cerveau est f organe de la symbiose] c'est par excellence l'organe supplémentaire destiné à subvenir à l'insuffisante plasticité des autres. Il est ainsi en relation avec cette alliance des formes de la vie par laquelle l'activité de l'un est sans cesse substituée à l'activité de l'autre, l'activité de la génération adulte à celle de la génération en voie de croissance, l'activité du père à celle de la mère.

La lutte pour l'existence n'explique pas l'origine des fonctions cérébrales. Mais l'action directe des forces extérieures Texplique-t-elle mieux? Si le cerveau est l'organe de la vie collective, il est d'abord l'organe de la perception extérieure. Les deux fonctions sont donc corrélatives. 11 est aisé de le

i . Voir l'appendice C. Le cerveau de la femme et la théot'ie de la sélection.

comprendre. La vie collective exige le concours, la combinaison des activités musculaires. Il semble bien que les cont me Lions musculaires ne peuvent être combinées sans le concours des images ni les images sans le concours des concepts. Mais s'il en est ainsi, le cerveau n'est-il pas l'organe de ] adaptation consciente et réciproquement, n'avons-nous pas la preuve que la conscience a joué un rôle dans tous les progrès de l'adaptation auxquels le système nerveux a concouru?

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