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CHAPITRE VIII

LA GENÈSE DU CERVEAU {Suite), — LES FONCTIONS CÉRÉBRALES ET L'ADAPTATION DIRECTE

Si le développement du cerveau n'est pas l'effet de la sélection naturelle et de la concurrence vitale, nous sommes conduits à penser que l'adaptation résulte d'une réaction spontanée des organismes sur le milieu extérieur et que cette spontanéité est inséparablement liée à une activité consciente. Il est en effet impossible de rendre compte des fonctions cérébrales et de leur spécification si l'adaptation n'est qu'une équilibration, régie par les lois de la mécanique.

Mais attribuer à une activité spontanée et surtout à une activité consciente la genèse des fonctions cérébrales, et avec elle, la direction de la division du travail, c'est mettre en question le concept mécanique de l'évolution universelle. L'unique fonction du cerveau doit être de « libérer du mouvement^ », si l'adaptation est une équilibration des forces organiques et des forces inorganiques, et l'adaptation ne peut pas être autre chose si l'évolution de la vie n'est qu'une concentration de matière et une dissipation de mouvement.

Entre le développement du cerveau et l'activité spécifiée des organes sensoriels, la relation est directe. I! y a là une donnée positive qu'aucun système ne peut écarter ou feindre d'oublier. Mais peut-on la coucher dans le lit de Procuste

1. spencer. Pinncipes de psychologie, ch. m. Les fonctions du système nerveux (Paris, F. Alcan).

RiCH.viu>. — L*évolution. 7

du mécanisme universel? En d'autres termes, oubliant le coup de quarte de Lange et Vignorabimus de Dubois-Raymond, peut-on, sans renoncer à une étude génétique des organismes, considérer les fonctions sensorielles comme les aspects de fonctions motrices qui seules auraient présidé à révolution du cerveau et à l'adaptation qui en est résultée? L'activité cérébrale est sans doute en relation avec les sensations kînesthétiques qui accompagnent et dirigent la réaction des animaux sur le milieu extérieur : témoin le rapport de la paralysie et de Tanesthésie. On a pu expliquer la perfection relative du cerveau de certains cétacés, les marsouins et les dauphins, par l'intensité et la variété de leur activité motrice'. Bien que le savant auquel nous devons cette explication ait nié systématiquement les sensations musculaires, il n'est pas douteux que les sensations kinesthétiques ne forment une partie importante du contenu de la conscience chez les mammifères et les oiseaux. Si donc les sensations de cet ordre pouvaient être considérées comme le fond de toutes les autres, la théorie des mécanistes surpporterait encore l'examen. Le mouvement musculaire serait le phénomène objectif; la sensation consciente raccompagnerait sans ajouter quoi que ce soit à ses efTets sur l'organisme. Mais cette explication est révocable en doute. La sensation kinesthétique n'est pas la forme la plus simple des états de conscience, puisque l'on reconnaît l'existence de sensations viscérales ; on ne peut non plus sans témérité ne voir dans les données des sens chimiques ou les données du tact, que des sensations kinesthétiques modifiées. L'analyse psychologique, et même la physiologie refuseraient de ratifier une rédaction de ce genre. Sans aucune contraction musculaire, l'excitation de l'épilhélium interne ou externe occasionne en nous des sensations guslatives, ol£actives ou tactiles.

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