‹ L'idée d'évolution dans la nature et l'histoireChapitre 3 sur 95 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

Irioe. La philosophie critique et la philosophie des sciences se partagent Tétude de l'idée d'évolution dans la nature et l'histoire, mais c'est la philosophie critique qui ouvre la discussion et qui prononce le verdict.

Lldée d'évolution semble d*abord être identique à Tidée de devenir ou de développement ; or Tidée de développement est ridée d'une succession régulière modifiée par ridée d'une complication régulière elle-même dans les rapports de succession. Ainsi définie cette idée est impliquée dans la notion empirique de la loi, c'est-à-dire du rapport de condition antécédente* à conditionné conséquent ; elle est même impliquée dans la notion du phénomène naturel ; elle n'est pas autre chose que la forme définie du rapport de causalité dans les sciences de la nature.

Si nous la définissons ainsi nous devrons nous garder d'y voir une loi objective, une conclusion de la science, encore moins une conception générale de Tunivers. Ce serait revenir k Tillusion des premières écoles philosophiques de la Grèce. L'évolution ne serait pas une loi, mais un concept directeur de l'expérience. Ce serait l'âme de la méthode qui doit présider à l'étude des rapports de succession entre les phénomènes naturels. Si cette méthode est féconde, elle devra enfanter des sciences définies et distinctes, sciences

Richard. -» L^évolution. 1

susceptibles de se hiérarchiser et d'éclairer raction, mais sous peine d'arriver à une pure tautologie celte méthode ne doit pas se contenter de nous apprendre que les phénomènes se succèdent du simple au complexe : elle doit nous faire connaître la filiation réelle et historique de chaque processus, de chaque ordre de phénomènes.

Bref, ridée d'évolution n'est pas autre chose que Ténoncé d'une question posée à Texpérience. La réponse est la connaissance des origines d'un processus donné. Mais la notion d'origine est elle-même relative. // n'y a pas (Torigine en soi. Faire connaître les origines d'un processus, c'est en faire connaître les formes primitives ainsi que les conditions au milieu desquelles le processus s'est d'abord manifesté. En d'autres termes, c'est en faire connaître la genèse. La question impliquée dans l'idée d'évolution reçoit sa réponse toutes les fois que l'étude génétique d'un processus a été poussée, dans le présent et dans le passé, aussi loin qu'il est possible.

Ainsi entendue, l'idée d'évolution ne peut inspirer qu'une méthode induclive. La genèse d'un processus réel ou observable, le processus de l'organisation par exemple, ne peut être construite. Plus compliqué est le processus, plus nombreuses sont les hypothèses que nous pouvons former sur les modes de son apparition. Mais, réciproquement, induire n'est pas, selon une vieille formule, remonter du fait particulier au cas général ; c'est remonter du conséquent à l'antécédent, du conditionné à la condition. Le géologue n'induit pas moins correctement que le physicien ou l'astronome. La recherche inductive définie est une recherche génétique ; c'est la recherche des conditions de l'apparition du phénomène. Que le résultat de la recherche puisse être étendu indéfiniment, c'est une hypothèse, légitime à coup sûr, mais qui ne devrait pas être confondue avec l'opération inductive elle-même*.

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