‹ L'idée de Dieu et l'esprit humainChapitre 14 sur 15 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

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Extraits d’une lettre de Sir Oliver Lodge sur certains passages de la IXe Conférence, concernant l’Energie et ses transformations.

Vous dites, à la page 226 de votre livre : « Il y a, à ce qu’on nous enseigne, deux espèces d’Energie : l’Energie Cinétique et l’Energie Potentielle ; l’Energie en acte, et l’Energie en puissance... »

Si vous appuyez sur les mots : « à ce qu’on nous enseigne », je suis d’accord avec vous. On a, en effet, enseigné cela, bien que je m’élève vivement contre cet enseignement, car je proteste contre toute espèce d’idée d’Energie en puissance ou d’Energie potentielle. J’enseigne, moi, l’identité de l’Energie, à peu près de la même façon que l’identité de la Matière, non pas simplement sa conservation, avec l’idée qu’une quantité peut disparaître, et une autre quantité reparaître. Ce n’est pas une autre quantité, mais la même, bien qu’elle ait pu être emprisonnée un temps indéfini. Mais il est vrai que ce n’est pas ce que l’on enseigne d’habitude, et je suppose que vous vous occupez des idées courantes .

De même, à la page 227, vous dites : « L’Energie fait penser à des choses que l’on produit ou qui se produisent »... Non, vous dirai-je, c’est V activité qui fait penser à cela, et l’activité est l’Energie en transformation. L’Energie, toute seule, est quelque chose de thésaurisé, comme le Capital. L’Energie rotatoire de la terre, par exemple, est thésaurisée, tout aussi réellement, et pour

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plus longtemps, que la végétation de l’époque carbonifère.

Plus bas, vous remarquez que « la Force peut s’exercer sans que rien ne bouge ». Certainement, elle le peut, quand une force égale lui résiste, mais j’admets volontiers qu’on a dit une foule de sottises sur l’accélération, mesure de la force, comme si c’en était la seule mesure, et qu’il est bon de critiquer cette manière de présenter les choses. Mais je ne parlerais pas, à votre place, de force latente ; c’est une force réelle que vous avez dans l’esprit, ou, à tout le moins, un effort réel: c’est-à-dire, l’opposition de deux forces égales. C’est l’Activité latente, qui devient active quand l’autre facteur, le Mouvement, lui est fourni, ou est libéré : par exemple, dans la détente d’un arc, ou d’un ressort, ou lorsqu’on laisse retomber un poids soulevé.

Il en est de même à l’égard de l’Energie d’un volant. Cela aussi, c’est de l’activité latente jusqu’à ce qu’un autre facteur, la Force, vienne s’y ajouter, c’est-à-dire quand on l’emploie à vaincre une résistance, et, par conséquent, à produire du travail. Sans cela, le Mouvement en serait thésaurisé pendant l’éternité.

Bref, l’activité, ou production de travail, a deux facteurs : la Force et le Mouvement. Quand ces deux facteurs sont présents, du travail est produit ; quand l’un ou l’autre seulement est présent, l’Energie est thésaurisée. L’Energie Statique est le facteur Force, avec la possibilité sous-entendue d’une certaine action. C’est le cas, par exemple, d’une source située au-dessus du niveau de la mer. L’Energie Cinétique est le facteur Mouvement, avec une certaine inertie ou possibilité de Force sous-entendue; non le Mouvement seul, mais une masse en mouvement, de telle sorte qu’elle puisse vaincre une résistance.

Il n’y a pas de bonne raison pour qu’une forme d’Enérgie soit jugée plus actuelle , ou réelle, que l’autre. Nos yeux perçoivent l’une, nos muscles pourraient percevoir l’autre.

... En considérant des cas d’Energie Potentielle, il est sage de se rendre compte que notre connaissance de la

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Gravitation est beaucoup trop vague, pour que le cas d’un poids soulevé soit un bon exemple à choisir; et notre connaissance de l’élasticité des solides, quoique moins insignifiante, est, cependant, trop faible, pour que l’exemple d’un arc tendu, ou d’un ressort monté, fournissent une très bonne matière à des considérations fondamentales. Un exemple d’Energie chimique, comme le coton-poudre, présente à peu près le même inconvénient.

Mais nous trouvons un exemple typique et satisfaisant d’Energie Potentielle dans un vaisseau renfermant de l’air comprimé. Voilà une Energie suffisamment stagnante, et, une fois libérée, suffisamment violente, que l’on peut emprisonner pour l’éternité, semble-t-il, ou libérer simplement en tirant un verrou. Nous avons là, cependant, un phénomène dont le mécanisme interne nous est, dans une certaine mesure, connu ; on nous a appris que, dans ce cas, la force statiquement exercée sur les parois du vaisseau est, en réalité, un bombardement cinétique de molécules. Dans d’autres termes, nous voyons, par cet exemple, que l’Energie Potentielle se résout, en dernière analyse, en Energie Cinétique. Il peut en être de même dans d’autres cas. Et, selon la Théorie Cinétique de l’Electricité de Kelvin, théorie que celui-ci a paru, plus tard, disposé à abandonner, toute énergie déployée dans l’Ether est peut-être due, en définitive, à son activité tourbillonnaire ultra-microscopique. Mais rien de cela n’est encore prouvé.

... Le but général de votre dernière conférence est de montrer la facilité avec laquelle certaines propositions générales sont admises, pour ainsi dire, intuitivement, sans preuves concluantes réelles. J’en suis entièrement d’accord avec vous. Et la façon dont nous éprouvons la certitude, à l’endroit des lois générales, tandis que la confirmation complète en est, en réalité, impossible, m’a souvent frappé comme digne de remarque. Quand les faits semblent contraires à ces lois, ce sont les faits que nous révoquons en doute, et nous constatons, en fin de compte, que nous avons eu raison d’en agir de la sorte.

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