‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 3 sur 89 · M. Schérer · texte numérisé non relu

M. Schérer

CHAPITKE I.

plus que des points mouvants qu’elle sent vaciller autour d’elle, que le flot emporte au milieu de cet écoulement des choses, entre les rives mobiles du temps.

Le mouvement de la Nature détruisant toute réalité fixe; l'objet de la j>ensée entraîné dans le torrent des phénomènes avec la pensée elle-même; l’homme devenant la mesure du vrai , non pas par sa raison générale, qui est une fiction des métaphysiciens, mais par ses impressions individuelles , cette doctrine, qui reparaît avec éclat au jour, sera reconnue sans peine par tous ceux qui ont eu quelque commerce avec l'antiquité. Cinq siècles avant l’ère chrétienne, Protagoras l’enseignait sous les portiques d’Athènes , aux applaudissements d’une jeunesse fatiguée des vieux dogmes, et qui trouvait, elle aussi, que la philosophie avait fait son temps. « L’homme est la mesure de toutes choses, disait l’audacieux novateur, des choses qui sont en tant qu’elles sont, des choses qui ne sont pas en tant qu’elles ne sont pas. »

On connaît l’admiration de Hegel , dans son Histoire de la philosophie^ pour cette célèbre maxime : nâvTwv [AÉfpov (xvSpwTCo;. 11 la commente

avec enthousiasme. C’est le retour de la pensée sur elle-même, dit-il. La dialectique tournée par les Éléates contre la nature se tourne maintenant contre les vérités rationnelles. Le sujet tend à s'ériger en principe absolu et à tout rapporter à lui. C’est une ère nouvelle qui commence en phi-

LES ORIGINES DE LA PHILOSOPHIE NOUVELLE. 13 losophie; c’est l’arrêt de mort des vieux dogmatismes.

Aujourd’hui la négation est la même; les conséquences sont les mêmes aussi : la vérité soumise à la loi du devenir^ rentrant dans la catégorie des phénomènes, toujours en voie de dissolution ou de formation, changeant selon les modes de l’esprit, ce qui revient à dire qu’il n’y a plus de vérités, mais des opinions; plus de couleurs fixes, mais des nuances.

Si l’on admet qu’il n’y ait pas de règle pour la raison , tout sera vrai à titre égal dans les mille conflits de l’opinion humaine, et rien ne sera vrai, aucune pensée ne saisissant l’ensemble complexe des choses. Chaque vérité est partielle, limitée, vraie et fausse à la fois. Pour être vraie autant qu’une approximation peut l’être, elle a besoin d'élre complétée par ses contraires. La’ contradiction devient ainsi un élément intégrant de la science. Les adeptes conservent pieusement ce culte pour la thèse et l'antithèse, pour l’affirmation et la négation, opposées par une sorte de symétrie logique dans les deux premiers moments de Vidée. Et ce n’est pas là un culte platonique, un stérile hommage au maître. Tous les écrits de la nouvelle école sont frappés au rhythme de cette dialectique des contraires. La contradiction étant, on l’a dit, en certaines matières, le signe de la vérité', on s’en est fait un procédé, une façon ha-

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