V. E. Rambaad. Le transformisme et V expérience
téléologique inhérente au préformisme serait, dit-on,
écartée * !
Est-il vrai que radaplation, ce ferment de l'évolution, n'éveille aucune pensée de finalité ? Prenons un exemple. La Littorine litlorta habite les confins de la zone littorale et n'émerge que pendant les grandes marées ; la littorine riidis se trouve au contraire à sec, par suite de son habitat, pendant la quinzaine qui sépare deux gTandes marées. La première a besoin de branchies, la seconde de poumons. L'interréaction organisme X milieu pourvoit à ce besoin. On aperçoit dans la littorine « littorea )> en face des branchies, des lacunes sanguines disposées en réseau (poumons). Ces formations, déjà marquées chez la L. littorea le sont à un degré très accusé chez L. rudis, sans que cependant les branchies disparaissent". Le poumon s'est donc formé pour remplacer les branchies, par ce qu'on appelle l'adaptation ^
4. A l'appui de cette prétendue inutilité de germes préformistesonfait remarquer que, souvent, le germe, le nucléus,la larve, ou l'œuf mutilés produisent un individu complet et sain. D'autres expériences tentées sur les segments de l'œuf conduisent au même résultat. N'est-ce pas la preuve quMI n'existe pas de germe indispensable dans les parties enlevées !
2. V. E. Rabaud. Le Transformisme et Vexpérience. V. aussi Le Transformisme et le monde animal^ G. Deperret.
3. Adaptation signifie id» habitude à supporter (adaptation des Européens aux pays chauds) ; 2° variation consécutive à une empreinte (le dentier s'adapte à la mâchoire). Le mot prend un sens dvnamique en évalutioTi, il veut dire « sujet
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Voici Tœil : lorsque la tache pigmentaire des organismes inférieurs se transforme en œil, nous devons admettre que par des changements brusques ou insensibles dus à Tinfluence du miheu, grâce à des variations identiques continuées et converc^entes diepuis un temps indéfini, les phénomènes suivants se sont accomplis. Il faut que la sclérotique devienne transparente en un point de sa surface, afin de permettre aux rayons ce lumineux de la traverser... « que la cornée se trouve correspondre précisé- « ment à Fouverture de lorbite de l'œil;... que Cl derrière cette ouverture transparente se trouvent « des milieux convergents... qua Textrémité de « la chambre noire se trouve la rétine, etc. * ».
Plaçons-nous à présent en arrière, dans l'atelier, près de l'ouvrier et considérons le processus de l'évolution ; observons la genèse et la formation de ces détails toujours identiques sur des lignes divergentes, se prosentant à leur place, à leur rano* parfaitement façonnés, parfaitement adaptés, qu'il s'agisse d'im organe savant et complique tel que Fœil, ou de Thumble Littorine soit littorale soit terrestre. Comment ne pas apercevoir dans cet ordre admirable, la nécessité d'une intention, par conséquent la finahté ! Kant même faisant exception
agissant qui se conforme en se transformant aux circonstances extérieures ». La différence est essentielle. 1. V. P. Janet. Les Causes finales.
aux règles par lesquelles, un instant auparavant, il proscrit en science pure l'argument finaliste, confesse l'importance du principe léléologique dans Tétude des corps organisés * ! Tout récemment un physiologiste renommé, de tendances modernes et avancées, Wundt, reconnaît et admet la finalité non seulement dans les « qualités » des corps organisés mais encore dans leurs processus organiques internes, ce qui revient à poser l'existence d'une pensée directrice dans les manifestations du principe vital, et le savant philosophe ajoute : « il n'est pas aisé de comprendre « le moment où la biologie pourra se passer de « cette hypothèse ou d'une hypothèse analogue ».
La tendance interne à la conservation, au perfectionnement, fût-ce par l'adaptation et les variations insensibles, est donc au premier chef indice de finalité.
Cependant le facteur lamarckien organisme X milieu^ érigé par quelques-uns en principe unique et suffisant de l'évolution, ne répond pas, loin de là, à tous les besoins, bien que souvent, le fétichisme de ses partisans en arrive à le doter, dans les cas difficiles, de vertus plutôt métaphysiques que biologiques. Il a besoin d'être complété
\. V. Kant. Critique delà faculté de juger.
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et quelquefois remplacé. D'autres processus d'évolution sont donc à considérer.
On sait à quel point la sélection Darwinienne' est aujourd'hui déchue de son ancien rang comme ferment d'évolution; à peine est-elle mentionnée tant son rôle est insignifiant et son influence secondaire. Qu'elle soit ou non prédominante, son caractère nettement finaliste vaut la peine d'être signalé. Chez les organisés, animaux, plantes, hommes, ne se présente-t-elle pas comme l'indice et Feff'et d'une inchnation, d'une tendance à accomplir les fins de la nature? L'être vivant, parles impérieuses exigences de l'instinct de conservation, se conforme malgré lui au dessein de la puissance suprême, son vouloir vivre, comme dirait Schopenhauer, l'insère de gré ou de force parmi les chaînons de la finalité ! La sélection inconsciente existe donc en vue d'une fin ; la sélection intelligente également car le rôle de l'intelligence au service d'un être vivant n'est-il pas d'ajouter à la connaissance des fins le moyen de les atteindre ! N'insistons pas sur ces considérations évidentes par elles-mêmes et sujets fréquents d'éloquentes dissertations. Des ouvrages récents, parmi lesquels nous citerons la
1. Lamarck et Geoffroy Saint-Hilaire proposaient l'adaptation au milieu comme facteur d'évolution, Darwin en appelait à la sélection naturelle. N'oublions pas cependant qu'une sorte de sélection, sous l'influence des lois préétablies, intervient dans l'adaptation.
Logique de Wundt et les Causes finales de P. Janet ont épuisé le sujet : nous y renvoyons le lecteur ^
Aux variations insensibles, qu'elles viennent de l'adaptation ou du hasard - s'opposent les mutations brusques et, parallèlement, à Tépigénèse^ base biologique de Tadaptation, s'oppose la théorie des germes préformistes. En un mot mutations brusques et germes préformistes ne sauraient être séparés.
La finalité est ici à ce point évidente que Ion nous en voudrait d'insister. Elle est dans le nom même « germe préformiste » ; elle est dans la soudaine irruption des variations utiles, impossible à comprendre, s'il n'existe pas, au préalable, un
1. V. V Essai critique sur VEstliélique de Kant par V. Basch où la doctrine de Wundt se trouve clairement résumée.
2. Que faut-il entendre par le hasard ? Hors de la liberté humaine, rien n'est fortuit. L'appellation répond à un état subjectif, tst pour nous fait de hasard ce qui résulte de l'entre-croisement de lois qui nous sont inconnues où dont le développement nous échappe. Le fortuit n'existe pas en biologie déterministe. Gonsidère-t-on l'ordre téléologique, il n'est pas une défaillance de la finalité, mais un accident normal de sa réalisation. — Pour les monistes le hasard équivaut à l'absence d'idées directrices dans l'ensemble des lois naturelles.
3. La théorie des mutations brusques et des germes préformistes suppose un déterminant actif situé dans la substance germinale. L'adaptation progressive par l'influence du milieu se contente d'un pouvoir de reproduction inhérent à la substance totale du corps, y compris le germe, d'où le nom d'épigenèse donné au processus physiologique corres* pondant.
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agencement finaliste des lois naturelles ; elle est enfin dans la métaphysique du système qui, sans dépasser le cadre de relations causales préétablies, par conséquent hors du miracle, en appelle à Tunité d^me conscience supérieure, ordonnatrice du monde.
Ce n'est pas tout de rencontrer la finalité à titre de stimulant ou d'indispensable armature dans les processus essentiels du transformisme ; que dironsnous à ce point de vue des sciences jumelles, la biologie et la paléontologie, champs d'action par excellence de l'évolution ?
N'est-ce pas Kant, répétons-le, qui, il y a deux siècles, excluant de la science pure, comme sentimentale et décevante, toute considération de finalité, précise aussitôt une exception de fait, et s'empresse de reconnaître que pour des corps organisés l'appoint du principe téléologique est indispensable ^ Ces considérations, de nos jours, conservent toute leur valeur, ou plutôt, à vrai dire, les progrès des sciences d'observation, de Thistoire naturelle dans toutes ses branches, rendent de plus en plus évidente, pour l'observateur impartial, la téléologie des processus biologiques, dans le détail et l'ensemble.